|
|
Chapitre
V. J.
HABYARIMANA ET
F. RWIGEMA :
DEUX MYSTÈRES,
UN MÊME
DESTIN !
Une analyse attentive sur le début de la guerre civile au Rwanda en 1990 permet de s'apercevoir que ce conflit armé présente des « zones d'ombre » : celles-ci témoigneraient de la présence d'influences extérieures - à l'instar des violences collectives des années 50 - 60 au Rwanda.
Officiellement, F. Rwigema et son mouvement politico-militaire (Le Front Patriotique Rwandais) auraient envahi le Rwanda le 1er octobre 1990. Cependant, certains témoins affirment que la première attaque du Front Patriotique Rwandais aurait plutôt eu lieu le 30 septembre 1990 dans l'après-midi. Mais, étant donné l'absence de l'Armée Nationale régulière à la frontière pour défendre le pays, c'est la date du 1er octobre 1990 - date de la première « contre-offensive » - qui aurait été choisie comme date officielle de l'invasion du Rwanda. Cette contradiction n'est pas un simple détail car, tous les observateurs informés se demandent pourquoi la frontière du Rwanda avec l'Ouganda n'était pas protégée alors que des signes d'une attaque imminente des réfugiés rwandais de l'époque, à partir de l'Ouganda, avaient été observés et communiqués aux autorités compétentes du pays.
Plus particulièrement, un an avant la première attaque du Front Patriotique Rwandais, certains journaux indépendants publiaient régulièrement des articles sur d'éventuels préparatifs d'une attaque armée dont le Rwanda allait être la cible. Mais, au lieu d'être pris aux sérieux par le pouvoir en place, ces journaux furent plutôt accusés de propager des « rumeurs » et certains journalistes furent poursuivis en Justice et condamnés. Plus tard, lorsque l'attaque annoncée devint une réalité, le feu président J. Habyarimana et son entourage furent accusés par certains radicaux d'être des « traître » : ils auraient « vendu le pays », en laissant la frontière ouverte au Front Patriotique Rwandais ! Il nous est difficile aujourd'hui d'apporter une appréciation sur ces hypothèses plus ou moins fantaisistes, hypothèses qui étaient en grande partie suscitées par l'émotion et le désarroi devant le danger de la guerre. Néanmoins, comme nous allons le développer dans la partie qui suit, le début de la guerre civile au Rwanda en 1990 cacherait certains secrets :
1.
Le mystère
autour de la
mort de F.
Rwigema
Comme
je l'ai déjà
développé dans
ma thèse de
Doctorat44,
lors de sa
première
attaque contre
le Rwanda, le
Front
Patriotique
Rwandais a
pris le soin
d'éviter les
zones habitées
du pays : les
combats se
déroulaient
dans un parc
national à
l'est du
Rwanda (le
Parc National
de l'Akagera).
Cette
stratégie a
surpris
beaucoup
d'observateurs
car, pour
l'Armée
Nationale
régulière, le
parc national
était un
endroit idéal
permettant de
mener
facilement une
« contre-offensive ».
Toutefois,
la grande
surprise aura
été, quelques
jours
seulement
après le début
des
hostilités,
l'annonce de
la mort du
chef et
fondateur
historique du
Front
Patriotique
Rwandais, le
Général F.
Rwigema et son
staff
militaire.
Cette
disparition de
F. Rwigema fut
plus
surprenante
lorsqu'on a
appris la
liste des
chefs
« guerriers »
de son staff
militaire qui
seraient morts
avec lui. Tout
récemment, un
spécialiste de
la région des
Grands-Lacs
d'Afrique m'a
confié : « En
1990, l'Armée
Rwandaise ne
disposait pas
de moyens
militaires de
localisation à
longue
distance ; et
encore moins
des moyens
militaires
d'intervention
aéroportée qui
auraient
permis de
surprendre
tous ces chefs
de guerres
« aguerris »
au maquis,
réunis au même
endroit ».
Après
la mort de F.
Rwigema, la
guerre civile
a pris un
nouveau
tournant : un
nouveau chef
de guerre, P.
Kagame, a pris
la tête du
Front
Patriotique
Rwandais et a
changé la
stratégie de
la guérilla.
Désormais, les
attaques ont
concerné les
régions
habitées du
nord du
Rwanda ; et la
conséquence
fut immédiate
parmi les
populations
civiles : ce
fut le début
de la « chasse
aux
sorcières »,
certains
Rwandais étant
désignés comme
des
« Ibyitso » ou
« ennemis de
l'intérieur ».
2.
L'attentat du
06 avril 1994
et le début
Dans
mes précédents
ouvrages, j'ai
déjà développé
différents
points sur
cette période
de guerre
civile au
Rwanda de 1990
à 1994.
Intéressons-nous
à présent aux
circonstances
de l'attentat
du 06 avril
1994 -
attentat
contre l'avion
du feu
président
rwandais J.
Habyarimana.
Le mystère
autour de cet
événement
tragique
ressemble aux
circonstances
mystérieuses
de la mort de
F. Rwigema et
son staff
militaire au
début de la
guerre civile
en 1990 :
Dès
le lendemain
de l'attentat
contre l'avion
du feu
président
rwandais J.
Habyarimana -
attentat dans
lequel ce
dernier a été
tué ainsi que
président
burundais de
l'époque C.
Ntaryamira et
leurs
délégations
respectives -,
deux
hypothèses ont
été présentées
par différents
chercheurs et
observateurs
au sujet des
auteurs
présumés de
l'attentat en
question :
Pour
certains Hutu
qui étaient au
pouvoir et/ou
partisans de
la politique
de J.
Habyarimana,
le Front
Patriotique
Rwandais et
son chef P.
Kagame
seraient les
auteurs
présumés de
l'attentat du
06 avril 1994
contre l'avion
président J.
Habyarimana.
Tandis que
pour le Front
Patriotique
Rwandais et
ses soutiens,
ce serait
plutôt
l'entourage de
J. Habyarimana
- l'Akazu -,
déçu par la
signature des
Accords de
Paix d'Arusha
en 1993, qui
aurait
commandité
et/ou exécuté
l'opération du
même attentat.
Dans
mon ouvrage « Rwanda :
Crimes
d'honneur et
influences
régionales »
déjà cité,
j'ai présenté
différentes
observations
personnelles
sur cet
événement
considéré par
tous les
observateurs
comme étant
l'« événement
déclencheur du
génocide » de
1994 au
Rwanda. Je me
permets de
rappeler ma
conclusion
provisoire sur
ce sujet :
A
l'époque des
faits, c'est à
dire en 1994,
les deux camps
en conflit
armé ne
disposaient ni
des moyens
logistiques ni
des moyens
diplomatiques
de dissuasion
pour
s'autoriser à
assassiner
deux
présidents
dans un même
attentats.
Puis, comme je
l'ai déjà
indiqué dans
mon ouvrage
cité
ci-dessus, la
seule présence
des militaires
français dans
le même avion
- qui ont été
tués aussi -
constituait un
obstacle quasi
infranchissable
pour les deux
camps.
Après
ce bref rappel
qui permet de
situer le
débat dans le
contexte
historique des
faits, nous
allons
maintenant
approfondir
nos
observations
et aller un
peu plus loin
pour essayer
de comprendre,
à notre
niveau, ce qui
a pu se passer
dans le ciel
de Kigali le
06 avril 1994.
Remarques
préliminaires
-
Comme nous
l'avons
indiqué
précédemment,
il existe
plusieurs
théories et
hypothèses sur
l'attentat du
06 avril 1994
qui a
déclenché le
génocide au
Rwanda : dans
la présente
recherche,
nous ne
citerons pas
la multitude
d'ouvrages
et/ou écrits
qui ont été
publiés sur le
sujet. En
effet, notre
démarche vise
à proposer un
autre regard,
une autre
piste de
réflexion et
d'observation
au-delà des
deux camps qui
s'affrontent
depuis des
siècles pour
le pouvoir.
Ainsi, je ne
cherche ni
l'approbation
ni le
consensus sur
le sujet en
question.
-
Mes
observations
s'appuient sur
des
témoignages
que j'ai pu
rassembler et
analyser dans
le cadre de
mon métier de
psychologue.
Par ailleurs,
je me servirai
de mon
expérience
personnelle
car, même si
je ne vivais
pas au Rwanda
à l'époque du
génocide de
1994, je
connais
néanmoins mon
pays et la
ville de
Kigali - là où
se sont passés
les événements
qui nous
intéressent.
Puis, jusqu'en
1993, j'ai
observé
certains faits
historiques
qui
constituent
des
« repères »
dans ma
recherche sur
le phénomène
des violences
collectives au
Rwanda.
du génocide au
Rwanda
Déogratias
SEBUNUMA : Psychologue
clinicien - Auteur
Titulaire du Doctorat de "Recherche
en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".
Le
jugement de l'histoire : effets du néocolonialisme multinational au Rwanda
Synthèse
Commander
Le
génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires
Synthèse
Commander
Essai sur l'autosuggestion
Synthèse
Commander
Psychopathologie
descriptive I : Essais sur les violences collectives
Synthèse
Communautarisme et autochtonie – Du cas du Rwanda à l'universel
Synthèse
Commander
Rwanda : crimes d'honneur et influences régionales
Synthèse
Commander
Rwanda : crise identitaire et violence collective
Synthèse
La compulsion de répétition dans les violences collectives
Synthèse
Commander
La compulsion de répétition dans les violences collectives Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.
Rwanda : crise identitaire et violence collective Cet ouvrage est désormais édité par les EDITIONS UMUSOZO.