|
|
3. Des enquêtes qui n'aboutissent pas !
Il est très étonnant de constater que, depuis près de 20 ans, aucune enquête n'a pu déterminer l'identité des auteurs de l'attentat du 06 avril 1994, attentat « déclencheur du génocide » qui a emporté près d'un million de personnes dans seulement 3 mois ; sans oublier environ un million de Rwandais qui ont péri dans les pays voisins de la région suite au même génocide. Par ailleurs, le drame qui a ravagé le Rwanda n'a pas épargné les pays limitrophes, en particulier le La République Démocratique du Congo - ex Zaïre.
Il y a eu quelques enquêtes initiées ici et là mais, aucune à ce jour n'a abouti. Pour quelle raison, mystère !
L'enquête française
Du fait que des citoyens français ont été aussi assassinés dans l'attentat du 06 avril 1994, suite à une plainte de leurs familles, la France a initié une enquête pour faire la vérité sur le même attentat. Les Rwandais attendaient beaucoup de cette enquête : mais, ils ont très vite déchanté ! Car, ce n'est qu'en 2011, soit 17 ans après l'attentat en question, que la France a envoyé ses « Juges » et « experts » pour « reconstituer » les circonstances de l'attentat en vue d'en déterminer les auteurs. Comment pourrait-on déterminer les circonstances exactes de l'attentat près de 20 après ? Étant donné que les traces éventuelles auraient été effacées par le temps, le matériel des restes de l'avion détérioré et la plupart des témoins étant déjà décédés ou disparus dans la nature ?
L'enquête rwandaise
Les autorités rwandaises actuelles, accusées par la Justice française, ont réagi en procédant à leurs propres investigations. Cependant, même si je ne suis pas expert en matière judiciaire, les conclusions de l'enquête rwandaise semblent constituer, en quelque sorte, la « réponse du berger à la bergère » ! Cela en réaction à l'accusation initiale de la Justice française contre le Rwanda.
L'enquête des organisations internationales
Il semblerait que l'O.N.U. Et l'Union Africaine (anciennement O.U.A.) aient mené, elles aussi, différentes enquêtes sur l'attentat déclencheur du génocide de 1994 au Rwanda. Mais, à ce jour, aucune de ces enquêtes n'a jamais été rendue publique. Pour quelle raison ? Peut-on taire le contenu d'une enquête concernant un événement qui a déclenché un génocide aux conséquences que nous connaissons ? Là-dessus, c'est à nouveau un « mystère » qui plane sur ces affaires judiciaires !
J'ai déjà développé ailleurs les aspects « héroïques » de différents protagonistes des violences collectives au Rwanda en 1912 et 1994. Je voudrais ajouter un commentaire qui démontre combien « le piège de l'histoire » au Rwanda est subtilement entretenu par les Rwandais eux-mêmes, mais aussi par des observateurs étrangers qui auraient des intérêts à défendre dans cette région :
Du côté de certains Hutu proches de l'ancien régime de J. Habyarimana, je l'ai déjà souligné, après que le « contre-mythe » 54 de la « révolution hutu » de 1959 se soit étiolé, c'est finalement la « lutte héroïque » de la Garde Présidentielle en 1994 qui servirait de point de repère pour sauver la face devant l'histoire !
Du côté de certains Tutsi proches du régime actuel de P. Kagame, les éloges viennent non seulement de l'intérieur du régime mais aussi de l'étranger : le Front Patriotique Rwandais revendique avoir « libéré » le pays et compte en tirer profit autant que possible ! Tandis que dans certains milieux diplomatiques occidentaux et au sein de différentes organisations non-gouvernementales, P. Kagame y est désigné comme « celui qui a mis fin au génocide » de 1994 au Rwanda ! La réalité c'est que, le génocide a pris fin parce qu'il ne restait plus personne à tuer. C'est cela, malheureusement, la triste vérité.
A partir de sa théorie sur la « relation primitive d'objet », M. Klein nous aidera à formuler de nouvelles hypothèses sur l'étiologie des violences collectives. Plus particulièrement, certains de ses concepts fondamentaux tels que « l'envie », « la jalousie » et « l'avidité » permettront de comprendre la nature des représentations collectives à l'origine du passage à l'acte individuel et/ou collectif.
Selon M. Klein, « Aux expériences heureuses se mêlent des griefs inévitables qui viennent renforcer le conflit inné entre l'amour et la haine, ou, plus radicalement, le conflit entre les instincts de vie et de mort, donnant ainsi naissance au sentiment qu'il existe un bon et un mauvais sein. La vie affective précoce se trouve alors caractérisée par la sensation de perdre et de recouvrer le bon objet. Par conflit inné entre l'amour et la haine, j'entends que la capacité d'éprouver à la fois l'amour et les pulsions destructives est, dans une certaine mesure, constitutionnelle bien que son intensité puisse varier selon les sujets et être influencée dès le départ par les conditions extérieures » 55 .
L'auteur poursuit : « A plusieurs reprises, j'ai déjà avancé l'hypothèse selon laquelle le bon objet originel, à savoir le sein maternel, constitue le noyau du moi et contribue à sa croissance de façon vitale ; j'ai souvent décrit comment l'enfant ressentait qu'il intériorisait concrètement le sein et le lait maternel. Dès lors s'établit dans son psychisme un rapport mal défini entre le sein et les autres parties ou les autres aspects de la mère.
Je ne dis pas que le sein représente simplement pour l'enfant un objet physique. L'ensemble des désirs et des fantasmes inconscients tend à parer le sein de qualités qui dépassent de loin la fonction de nutrition en tant que telle » 56 .
Dans la suite des observations ci-dessus présentées, M. Klein développe sa théorie et nous permet d'en saisir le noyau qui répond aux attentes de notre recherche :
« J'aborde dans cet ouvrage un aspect particulier de ces toutes premières relations d'objet et des processus d'intériorisation, dont la source réside dans l'oralité. Je veux parler des effets qu'exerce l'envie sur le développement de l'aptitude à la gratitude et au bonheur. L'envie contribue à rendre l'élaboration du bon objet difficile à l'enfant : il sent que le sein s'est emparé à son propre profit de la gratification dont il a été, lui, privé ; le sein est ainsi vécu comme responsable de sa frustration » 57 .
« Il convient d'établir une distinction entre l'envie, la jalousie et l'avidité. L'envie est le sentiment de colère qu'éprouve un sujet quand il craint qu'un autre ne possède quelque chose de désirable et n'en jouisse ; l'impulsion envieuse tend à s'emparer de cet objet ou à l'endommager. La jalousie se fonde sur l'envie mais, alors que l'envie implique une relation du sujet à une seule personne et remonte à la toute première relation exclusive avec la mère, la jalousie comporte une relation avec deux personnes au moins et concerne principalement l'amour que le sujet sent comme lui étant dû, amour qui lui a été ravi - ou pourrait l'être - par un rival (…) ». 58
Déogratias
SEBUNUMA : Psychologue
clinicien - Auteur
Titulaire du Doctorat de "Recherche
en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".
Le
jugement de l'histoire : effets du néocolonialisme multinational au Rwanda
Synthèse
Commander
Le
génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires
Synthèse
Commander
Essai sur l'autosuggestion
Synthèse
Commander
Psychopathologie
descriptive I : Essais sur les violences collectives
Synthèse
Communautarisme et autochtonie – Du cas du Rwanda à l'universel
Synthèse
Commander
Rwanda : crimes d'honneur et influences régionales
Synthèse
Commander
Rwanda : crise identitaire et violence collective
Synthèse
La compulsion de répétition dans les violences collectives
Synthèse
Commander
La compulsion de répétition dans les violences collectives Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.
Rwanda : crise identitaire et violence collective Cet ouvrage est désormais édité par les EDITIONS UMUSOZO.