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4.
La « guerre
des
Capitaines » ! Après
la mort du
président J.
Habyarimana et
du chef
d'État-Major
de l'armée
rwandaise dans
l'attentat du
06 avril 1994,
il n'y avait
plus de
« commandant
en chef »
capable de
s'imposer à la
tête de la
même armée
déchirée par
des divisions
partisanes
internes :
certains
militaires
avaient des
liens directs
avec les
partis
politiques
d'opposition ;
d'autres
étaient des
« partisans »
du Colonel A.
Kanyarengwe en
exil et
président de
circonstances
du Front
Patriotique
Rwandais ;
d'autres
s'étaient
engagés tout
simplement
pour trouver
du travail,
après la
première
attaque du
Front
Patriotique
Rwandais en
1990 ! Bref,
il existait
plusieurs
courants de
« partisans »
au sein de
l'armée
nationale.
Ainsi, seul le
Général-Major
D. Nsabimana
avait réussi à
imposer
l'ordre, et
toutes les
unités de
l'armée lui
obéissaient.
Malheureusement,
il n'était
plus là !
Néanmoins,
depuis le
début de la
guerre civile
en 1990, une
nouvelle
génération
d'officiers
supérieurs
avait émergé :
lorsqu'on
interroge les
Rwandais -
ceux qui
étaient au
courant des
affaires
militaires -,
il y a des
noms
d'officiers
très respectés
qui reviennent
régulièrement.
C'est le cas
du
Général-Major
A. Bizimungu,
qui a été
nommé chef
d'État-Major
après le 06
avril 1994 ;
le nom du
Général de
Brigade G.
Kabiligi, qui
commandait la
région
militaire de
Byumba ; le
nom du Colonel
M.
Bivugabagabo,
qui aurait
remplacé le
Général-Major
A. Bizimungu
au
commandement
de la région
militaire de
Ruhengeri -
après que ce
dernier ait
été nommé chef
d'État-Major.
Toutefois,
le 06 avril
1994, ces
trois
officiers
supérieurs se
trouvaient
tous dans le
nord du pays -
ou du moins,
avaient tous
des
responsabilités
ailleurs qu'à
Kigali.
Ainsi,
dans l'attente
de la
nomination
d'un nouveau
chef
d'État-Major
et dans le
chaos général
à Kigali, ce
sont des
« Capitaines »
qui ont pris
les choses en
main !
J.
Habyarimana,
lâché par les
siens ?
Alors
que les
« Capitaines »
essayaient de
protéger la
capitale
rwandaise
ravagée par
des combats,
on n'a pas
entendu parler
d'anciens
« compagnons
de la
Révolution »
de 1973 -
« Révolution »
militaire qui
a renversé le
premier
président
rwandais G.
Kayibanda.
Selon des
témoignages
concordants,
d'anciens
dignitaires du
régime (dont
des
haut-gradés de
l'armée)
auraient
plutôt
commencé, dès
le petit matin
du 07 avril
1994, à
préparer les
bagages pour
quitter le
Rwanda !
L'armée
rwandaise face
au dilemme
stratégique
Au
problème de
commandement
militaire
s'est ajouté
le problème de
la stratégie à
adopter. Avant
le 06 avril
1994, l'armée
rwandaise
semble avoir
préparé une
« bataille
décisive » qui
aurait été
menée pour
répondre à une
attaque lancée
à partir de
l'Ouganda - au
nord du pays.
Pour cela, les
trois
officiers
« guerriers »
ci-dessus
cités avaient
été nommés
dans le nord,
et du matériel
militaire
aurait été
acheminé dans
la même
région.
Cependant, à
partir du 06
avril 1994,
l'adversaire
[le Front
Patriotique
Rwandais et
ses soutiens]
n'a pas
attaqué à
partir de là
où on
l'attendait :
en revanche,
les combats
ont eu lieu
directement
dans la
capitale
rwandaise !
Pis encore,
dans les jours
qui ont suivi,
le Front
Patriotique
Rwandais a
contourné
l'obstacle
militaire du
nord pour
aller attaquer
à partir de
l'est du pays,
loin de sa
base arrière
historique !
Ainsi,
la stratégie
militaire de
l'armée
régulière fut
très difficile
à mettre en
place : d'un
côté, il était
très risqué
d'abandonner
les positions
du nord au
profit de la
capitale ; de
l'autre, il
fallait tout
faire pour
protéger la
capitale.
Un
problème
supplémentaire :
l'embargo sur
les armes !
Afin
d'obliger tous
les
belligérants à
respecter les
Accords
d'Arusha, un
embargo sur
les armes
avait été
décidé par la
communauté
internationale.
Cette
disposition
diplomatique
expliquerait
d'ailleurs en
partie
pourquoi le
Camp Militaire
de Kanombe
était mal
protégé le 06
avril 1994 :
afin
d'échapper au
contrôle des
« experts » et
l'éventuelle
saisie des
armes et des
minutions,
l'armée
régulière
aurait déplacé
son matériel
militaire dans
les montagnes
du nord ! Cela
rendait
vulnérable la
capitale et
l'est du pays.
A cette
vulnérabilité
du Camp
Militaire de
Kanombe - le
plus ancien et
le plus
important à
l'époque des
faits -
s'ajoutait la
vulnérabilité
de l'aéroport
de Kanombe :
selon
plusieurs
témoignages
concordants, à
partir du 07
avril 1994,
les armes
lourdes
positionnées
sur le Mont
Rebero
bombardaient
jour et nuit
le camp
militaire de
Kanombe et
l'aéroport.
Or, avant le
06 avril 1994,
le site du
Mont Rebero
avait été
« loué » à la
Mission des
Nations-Unies
au Rwanda
[MINUAR] !
Finalement ce
site
stratégique,
comme ceux du
Conseil
National de
Développement
[CND] et celui
du Stade
Amahoro, tous
ces sites sous
le contrôle
officiel des
forces
onusiennes
étaient
devenus des
« bases
arrières » du
Front
Patriotique
Rwandais !
Par
ailleurs, à
partir du 06
avril 1994,
étant donné
que les
« Capitaines »
résistaient
mieux aux
attaques du
Front
Patriotique
Rwandais et
ses alliés -
une résistance
surprise selon
tous les
commentateurs
-, l'embargo
sur les armes
a été réactivé
et renforcé
contre un seul
camp : celui
de l'armée
régulière ! En
effet, le
Front
Patriotique
Rwandais
acheminait des
armes et des
minutions, à
partir des
pays voisins,
alors que les
Hutu étaient
asphyxiés de
tous les
côtés !
Un
exploit
militaire,
malgré la
défaite !
La
chronologie
des massacres
pendant le
génocide de
1994 au
Rwanda, la
défaite
militaire de
l'armée
régulière, la
chute de
Kigali et la
fuite massive
des Rwandais
vers
l'étranger,
tels sont les
événements que
la mémoire
collective a
retenus au
sujet de la
guerre civile
qui aura
entraîné la
mort de plus
de deux
millions de
Rwandais.
Voici l'un des
rares
témoignages
sur la période
du génocide
selon la
version des
Hutu :
« Abazungu
bashatse
kudufata
mpiri ;
ibyamahirwe
aba G.P.
baratugoboka !
(...)» [« Les
Blancs ont
voulu nous
prendre comme
des rats ;
heureusement,
il y avait la
Garde
Présidentielle
pour nous
protéger !
(...) »].
Lorsque
on interroge
les Rwandais
sur
l'événement de
l'exode massif
pour quitter
la ville de
Kigali, au
début du mois
de juillet
1994, tous les
témoins
deviennent
intarissables !
Il
existe
plusieurs
commentaires
sur la défaite
de l'armée
rwandaise et
surtout, sur
la chute de
Kigali et la
prise du
pouvoir par le
Front
Patriotique
Rwandais au
moyen de la
force. Mais,
loin d'être
une simple
affaire de
défaite
militaire,
l'exode massif
pour évacuer
la capitale
rwandais aura
été un
véritable
exploit sur le
plan
militaire :
En
effet, le
secret de
l'évacuation
générale
aurait été
gardé jusqu'à
la dernière
minute. Et
pour cause :
il ne fallait
pas alerter
les troupes du
Front
Patriotique
Rwandais qui
combattaient
déjà dans
plusieurs
quartiers de
la capitale
rwandaise
Kigali,
surtout à
l'est et au
sud de la même
ville. Le
« Jour J »,
jusqu'à 17h00,
personne ne se
doutait d'une
éventuelle
évacuation
générale
devant
l'avancée des
troupes du
Front
Patriotique
Rwandais et
ses alliés !
Ce
serait entre
18h00 et 19h00
que le signal
a été donné
sur toutes les
barrières qui
avaient été
installées
partout dans
la capitale
rwandaises [et
ailleurs dans
tout le pays].
A
ce jour,
personne
n'arrive à
expliquer
comment la
Garde
Présidentielle
et quelques
unités
combattantes
de
parachutistes
ont réussi à
exfiltrer plus
de 300 000
personnes de
la ville de
Kigali en
quelques
heures ! Or,
les combats
avaient lieu
dans toute la
ville !
Surtout, les
routes
principales
qui auraient
permis une
évacuation
rapide de la
foule étaient
déjà sous le
contrôle du
Front
Patriotique
Rwandais. Il
ne restait
qu'une
possibilité :
se battre pour
sortir par la
force !
Le
rendez-vous
fut fixé vers
19h00 au
lieu-dit
« feux-rouges »
de Nyabugogo,
à la sortie
ouest de la
ville de
Kigali.
Malgré
le fait que le
secret avait
été gardé
jusqu'à la
dernière
minute, il
semblerait que
le Front
Patriotique
Rwandais ait
placé des
hommes en
embuscade au
lieu-dit
« Giti
k'inyoni », un
endroit où la
route est très
étroite à la
sortie ouest
de la capitale
rwandaise :
c'est à ce
carrefour que
l'on peut soit
se diriger
vers le sud,
soit vers le
nord et
l'ouest du
pays. Le lieu
était donc
stratégique.
Selon
les différents
témoins que
j'ai pu
interroger,
les combats
auraient été
très « durs »
pour « forcer
le passage ».
Par ailleurs,
il y aurait eu
plusieurs
morts et
plusieurs
blessés.
Un
jour, j'ai
reçu en
entretien
clinique une
patiente qui a
vécu les
événements de
cette
évacuation
musclée de la
capitale
rwandaise.
Dans le chaos
général, l'un
de ses enfants
s'est égaré et
elle ne l'a
plus revu.
Selon son
témoignage,
d'autres
parents
auraient
assisté au
naufrage de
leurs
enfants : en
effet, cette
localité est
marécageuse ;
la rivière
Nyabugogo
arrose toute
la zone !
Ainsi, suite
aux combats,
tous ceux qui
s'égaraient de
la route se
retrouvaient
piégés par la
boue ou bien,
ils tombaient
dans la
rivière !
L'implication
des pays de la
sous-région
Depuis
l'assassinat
du premier
président
burundais élu
démocratiquement
M. Ndadaye, en
octobre 1993,
le Burundi
était ravagé
par une guerre
civile. Or, la
classe
politique au
pouvoir au
Burundi,
excepté
l'armée, était
constituée
essentiellement
par d'anciens
réfugiés
politiques :
certains
d'entre eux,
comme le
président M.
Ndadaye
lui-même,
avaient vécu,
étudié et
travaillé au
Rwanda. Pour
cela, la
guerre civile
au Burundi
aura empêché
ce pays de
venir en aide
à son voisin
du Nord, le
Rwanda : en
effet, étant
donné la
situation
géopolitique
du moment,
après le 06
avril 1994,
les Hutu au
pouvoir au
Rwanda étaient
complètement
isolés ! Sur
ce point,
certains
Rwandais
n'hésitent pas
à établir un
lien de cause
à effet entre
l'assassinat
du président
M. Ndadaye au
Burundi et
l'attentat du
06 avril 1994
au Rwanda.
De
plus, ce n'est
pas seulement
le Burundi qui
fut empêché
par les
circonstances
de venir en
aide au
Rwanda :
« Même le
président
Mobutu a été
mis au garde-à-vous ! »,
a commenté
récemment un
spécialiste de
la région des
Grands-Lacs
que
j'interrogeais
sur la
question.
Enfin,
selon
certaines
sources, des
combattants en
provenance des
pas
limitrophes
auraient
pénétré au
Rwanda pour
épauler le
Front
Patriotique
Rwandais dans
la bataille
décisive de
Kigali [mai -
juin 1994].
Puis, comme
par hasard, le
temps du
génocide au
Rwanda aura
coïncidé avec
les événements
de changement
politique en
Afrique du
Sud. Or, avant
le 06 avril
1994, ce pays
était devenu
le principal
fournisseur
d'armes et de
minutions au
Rwanda. Ainsi,
le
Gouvernement
Intérimaire
formé après la
mort de J.
Habyarimana
n'avait plus
d'autre choix
que « se
rendre » ou
fuir le pays :
dans la fuite,
les
populations
civiles
suivirent les
dirigeants
politiques et
militaires
vers les pays
voisins !
Troisième
partie
RÉFLEXION
DE SYNTHÈSE
Chapitre
I. LE POIDS DU
LEGS
IDÉOLOGIQUE
(...)
1.
L'idéologie,
par-delà le
brassage
ethnique !
Au
Rwanda, tous
les attributs
idéologiques
ont disparu
sauf un :
l'idéologie du
pouvoir. Ce
constat est
confirmé par
la survenue
des violences
collectives
récurrentes,
en particulier
le génocide au
Rwanda de
1994.
Dès
le 06 avril
1994, les Hutu
ne se sont pas
précipités
pour mettre en
place de
nouvelles
institutions
politiques.
Certes, des
combats
violents
opposaient
l'armée
régulière aux
guérilleros du
Front
Patriotique
Rwandais.
Cependant,
cela n'aurait
pas empêché
aux
responsables
des partis
politiques et
à l'armée de
nommer des
dirigeants de
transition. Il
y avait aussi
des problèmes
diplomatiques
à régler.
Néanmoins,
tous ces
éléments ne
suffisent pas
pour justifier
l'attentisme
et le « vide
politique »
qui ont été
observés
pendant
plusieurs
jours.
Il
me semble que
les
considérations
idéologiques
archaïques
aient joué un
grand rôle
dans les jours
qui ont suivi
l'attentat du
06 avril
1994 :
l'idéologie
politique
ancestrale des
Hutu n'est pas
celle du
pouvoir
incarné par un
« chef
suprême ». Ce
qui est juste
le contraire
de l'idéologie
politique des
Tutsi. Pour
étayer nos
observations
par des faits,
prenons
l'exemple du
Front
Patriotique
Rwandais :
après la mort
de F. Rwigema
sur le champ
de bataille en
1990, cette
fin tragique a
été gardée
secrète
jusqu'à ce
qu'un nouveau
chef soit
nommé, à
savoir P.
Kagame. Bien
entendu, le 06
avril 1994,
les Hutu ne se
trouvaient pas
exactement
dans la même
situation.
Néanmoins,
même dans les
jours qui ont
suivi cette
date, personne
ne s'est
précipitée
pour occuper
le poste de
« chef
d'État » !
Il
est par
ailleurs très
intéressant de
remarquer que,
dès lors que
les Hutu n'ont
pas de chef
désigné, ils
deviennent
très soudés
collégialement
et
transforment
le « vide
politique » en
énergie de
mobilisation
collective.
Malheureusement,
cette
mobilisation
concerne non
seulement des
actions
d'intérêt
commun, mais
aussi et
surtout, des
actes
criminels !
Très
récemment,
j'ai interrogé
certains
Rwandais sur
la question de
l'impunité
dont jouissent
des personnes
qui ont
participé au
génocide de
1994. De mon
point de vue,
il aurait été
facile
d'identifier
les coupables
car, leurs
voisins sont
nécessairement
au courant de
ce qui s'est
passé sur
telle ou telle
colline. A ma
grande
surprise, j'ai
découvert que
les Hutu sont
solidaires
jusqu'au bout
- même 20 ans
près le
génocide au
Rwanda ! En
effet, de
village en
village, tout
le monde
connaît la
musique :
personne n'a
rien vu,
personne n'a
rien entendu !
Évidemment,
nous ne
pouvons pas
ignorer la
menace des
représailles
dont certains
témoins
pourraient
être victimes.
Toutefois, les
coupables ne
sont pas aussi
puissants et
redoutables au
point de faire
taire tout le
monde ! Il
existe
nécessairement
une volonté
délibérée, une
adhésion
commune à
l'idéologie du
silence pour
protéger le
groupe.
Déogratias
SEBUNUMA : Psychologue
clinicien - Auteur
Titulaire du Doctorat de "Recherche
en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".
Le
jugement de l'histoire : effets du néocolonialisme multinational au Rwanda
Synthèse
Commander
Le
génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires
Synthèse
Commander
Essai sur l'autosuggestion
Synthèse
Commander
Psychopathologie
descriptive I : Essais sur les violences collectives
Synthèse
Communautarisme et autochtonie – Du cas du Rwanda à l'universel
Synthèse
Commander
Rwanda : crimes d'honneur et influences régionales
Synthèse
Commander
Rwanda : crise identitaire et violence collective
Synthèse
La compulsion de répétition dans les violences collectives
Synthèse
Commander
La compulsion de répétition dans les violences collectives Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.
Rwanda : crise identitaire et violence collective Cet ouvrage est désormais édité par les EDITIONS UMUSOZO.