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Titre : Essai sur l'autosuggestion Auteur : Déogratias SEBUNUMA  ; Publié le 05 mars 2014 ; ISBN : 9791091904117 ; Format : 24 X 16 (cm) ; Nombre de pages : 140 pages ; Editeur : Umusozo |
INTRODUCTION
Dans
son texte Psychologie
des foules et
analyse du moi1,
à l'opposé
d'autres
chercheurs qui
s'étaient
intéressés
avant lui sur
la même
question, S.
Freud a pris
en compte les
premières
relations du
sujet dans
l’étude de la
« psychologie
des foules » :
En effet,
celle-ci
étudie l’homme
isolé, « en
tant que
membre d’une
lignée, d’un
peuple, d’une
caste, d’une
classe, d’une
institution
(…) ou en tant
que membre
d’un agrégat
humain qui
s’organise en
foule pour un
temps donné,
dans un but
déterminé ».
Mais, on a ici
l’impression
que le facteur
« nombre »
prime sur
l’importance
accordée aux
relations
particulières
de l’individu.
Freud constate
que l’on a
longtemps
supposé que le
fait d’être
dans une
foule, donc
dans des
conditions
particulières,
conférait une
« pulsion
particulière »
dite pulsion
sociale
qui ne se
manifeste pas
dans d’autres
conditions.
Certes,
reconnaît S.
Freud, le
facteur nombre
peut éveiller
dans la vie
psychique de
l’homme une
pulsion
nouvelle et
ordinairement
non activée.
Mais l’origine
se trouverait
ailleurs. Pour
cela, deux
pistes sont
possibles :
-
« La pulsion
sociale peut
être non
originaire et
non
décomposable »
;
-
« Les débuts
de sa
formation
peuvent être
trouvés dans
le cercle plus
étroit, comme
par exemple
celui de la
famille »2.
Pour
cela, S. Freud
a posé la
question du
« sujet » là
où d'autres
auteurs ne
s'intéressaient
qu'à la masse,
à la foule et
aux phénomènes
collectifs au
détriment de
l'implication
individuelle
de chacun des
membres des
mêmes foules.
Néanmoins,
l'observation
du même auteur
ci-dessus
exposée mérite
une attention
particulière :
« la pulsion
sociale peut
être non
originaire et
non
décomposable » ;
« les débuts
de sa
formation
peuvent être
trouvés dans
le cercle plus
étroit, comme
par exemple
celui de la
famille ». Si
la
« psychologie
des foules »
peut être
« expliquée »
et comprise à
partir de la
« psychologie
individuelle »,
pourquoi
existerait-il
une « pulsion
sociale » qui
pourrait
« être non
originaire et
non
décomposable » ?
C'est à cette
question que
nous
essayerons de
répondre dans
la présente
réflexion :
En
effet, le
caractère
« non
originaire »
et « non
décomposable »
de la pulsion
sociale
renvoie à
l'étiologie-même
de la
psychologie
des foules :
la
« psychologie
individuelle ».
Autrement dit,
au sein même
de la foule,
c'est la
question du
« sujet » qui
est posée :
lors de la
survenue des
violences
collectives
par exemple,
si on séparait
les membres du
groupe, à quel
« sujet »
individuel
aurions-nous
affaire ?
I.
Observations
préliminaires
Comme
je l'ai déjà
exposé dans ma
thèse de
Doctorat « La
compulsion de
répétition
dans les
violences
collectives »3,
la survenue de
la violence
collective
résulte de la
mutualisation
des
« violences
individuelles »
sous
l'influence
d'un meneur :
un personnage
historique ou
une idéologie.
Dans
la continuité
de nos
précédentes
recherches et
à partir du
cas du Rwanda,
nous allons
formuler de
nouvelles
hypothèses de
réflexion - en
nous appuyant
sur des
observations
cliniques -
afin de mieux
comprendre les
mécanismes
psychiques qui
sur-déterminent
le passage à
l'acte
collectif lors
de la survenue
des violences
collectives.
1.
Du point de
vue
phénoménologique
Même
s'il est le
plus souvent
difficile de
déterminer
l'identité des
protagonistes
lors des
conflits
collectifs, il
nous est
néanmoins
facile de
déterminer
l'identité des
victimes des
mêmes
conflits :
cela à partir
des séquelles
physiques
et/ou
psychiques,
mais aussi,
malheureusement,
à partir du
constat du cas
des victimes
ayant perdu la
vie. Ainsi,
sur le plan
phénoménologique,
il existe deux
camps
distinctifs :
le camp des
victimes et le
camp des
bourreaux.
Le
camp des
victimes
Les
victimes des
violences
collectives
n'ont pas
d'âge, de
sexe, ou
d'appartenance
à une classe
sociale
spécifique :
on y trouve
aussi bien les
riches et les
pauvres, les
vieillards et
les enfants,
les hommes et
les femmes,
les personnes
handicapées,
les malades et
les individus
en bonne
santé, etc.
Cependant, à
partir du cas
du génocide au
Rwanda de
1994, nous
constatons
certaines
spécificités
dans les
massacres
collectifs :
par exemple,
les enfants et
les vieillards
ont été le
plus souvent
brûlés vifs,
tandis que
certaines
femmes ont
subi un double
crime, à
savoir le viol
suivi du
massacre des
victimes.
Le
cas des
bourreaux
Les
bourreaux,
c'est
« Monsieur »
et « Madame »
tout le monde.
Cependant,
contrairement
à l'identité
des victimes -
qui
appartiennent
à toutes les
couches de la
société -,
lors des
violences
collectives,
les bourreaux
appartiennent
particulièrement
à la tranche
d'âge dite de
« population
active ».
Autrement dit,
les enfants et
les vieillards
sont très peu
représentés
dans le camp
des bourreaux.
Cela
s'explique par
deux
facteurs :
d'abord, pour
commettre des
crimes, il
faut avoir la
force ! En
effet,
certaines
victimes
potentielles
étant
elles-mêmes
des hommes et
des femmes
capables de se
défendre
physiquement,
il va de soi
que les
bourreaux
soient
majoritairement
des personnes
en bonne santé
et appartenant
à la tranche
d'âge de la
maturité. Le
deuxième
facteur, c'est
celui de la
manipulation
idéologique :
les enfants ne
sont pas
encore assez
mûrs pour
adhérer à des
slogans
idéologiques
qui
galvanisent
les foules !
Quant aux
vieillards,
ils sont
limités
physiquement,
ou bien,
certains
possèdent une
certaine
expérience de
la vie qui
leur permet
d'avoir un
certain recul
vis-à-vis des
discours de la
haine.
2.
Du point de
vue clinique
Sur
le plan
clinique, nous
constatons à
nouveau deux
camps
distincts :
celui des
victimes et
celui des
bourreaux.
Le
camp des
victimes
Parmi
les victimes,
nos
observations
actuelles sont
les
suivantes :
ceux qui se
souviennent de
tous les
événements
qu'ils ont
vécus et de
tous les
préjudices
qu'ils ont
subis ; ceux
qui se
souviennent
partiellement
des événements
dont ils ont
été victimes -
lorsqu'ils
essayent de
raconter leur
histoire, le
récit est
régulièrement
interrompu par
des silences
et des trous
de mémoire - ;
ceux qui ne se
souviennent de
rien au sujet
des faits dont
ils ont
réellement été
victimes.
Le
camp des
bourreaux
Parmi
les bourreaux,
nous
distinguons à
ce jour trois
catégories :
-
la catégorie
des suiveurs :
ce sont ceux
qui auraient
adhéré au
discours de la
haine sans en
être
totalement
convaincus.
Mais, comme
tout le monde
participait à
la « chasse à
l'homme »
contre des
« ennemis »,
eux aussi ont
suivi la
foule ! Le
plus souvent,
les
« suiveurs »
n'auront
commis aucun
crime.
Cependant, ils
auront été
témoins des
crimes commis
par d'autres
membres du
groupe.
-
la catégorie
des
« rabatteurs » :
ce sont ceux
qui sont
chargés de
« débusquer »
l'ennemi ! Ils
sont ainsi
beaucoup plus
« zélés » que
les
« suiveurs » !
Néanmoins,
sauf en cas de
nécessité
extrême - par
exemple,
lorsque la
victime essaye
de se défendre
-, le plus
souvent, les
« rabatteurs »
ne passent pas
à l'acte
ultime de
tuer.
-
le cas des
tueurs : c'est
finalement une
poignée
d'individus,
au sein d'une
foule, qui se
charge
d'exécuter le
geste ultime
de tuer ou de
violer les
femmes ! Cette
dernière
catégorie est,
selon le terme
utilisé par un
des patients
que j'ai
suivis, la
catégorie des
« plus zélés
qu'il ne
faut » !
Conclusion
Que
l'on soit
victime ou
bourreau, les
observations
ci-dessus
exposées nous
confrontent à
une question
théorique et
clinique
essentielle :
la question de
la singularité
et de la
subjectivité,
voire même
celle de la
« responsabilité »
individuelle
en ce qui
concerne le
camp des
bourreaux.
Afin
d'apporter une
modeste
contribution à
cette question
complexe du
point de vue
théorique et
clinique,
notre présente
recherche sera
consacrée à la
« théorie
fondamentale
sur
l'autosuggestion » :
un essai sur
l'autosuggestion
à partir des
situations de
violence
collective.
1 FREUD S., (1921), texte « Psychologie des foules et analyse du moi », in Essais de Psychanalyse, Paris, Payot, 1981, pp. 119 - 204.
2 Ibid.
3 SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis aux Éditions Umusozo, Paris, 2013.
Déogratias
SEBUNUMA : Psychologue
clinicien - Auteur
Titulaire du Doctorat de "Recherche
en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".
Le
jugement de l'histoire : effets du néocolonialisme multinational au Rwanda
Synthèse
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Le
génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires
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Essai sur l'autosuggestion
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Psychopathologie
descriptive I : Essais sur les violences collectives
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Communautarisme et autochtonie – Du cas du Rwanda à l'universel
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Rwanda : crimes d'honneur et influences régionales
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Rwanda : crise identitaire et violence collective
Synthèse
La compulsion de répétition dans les violences collectives
Synthèse
Commander
La compulsion de répétition dans les violences collectives Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.
Rwanda : crise identitaire et violence collective Cet ouvrage est désormais édité par les EDITIONS UMUSOZO.