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COMMUNAUTARISME ET AUTOCHTONIE
Du cas du Rwanda à l’universel
INTRODUCTION
« Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre » ! Cette observation pertinente et célèbre de K. Marx résume parfaitement le fondement et l'objet de notre recherche en psychopathologie, à partir du cas du Rwanda, depuis ma thèse de Doctorat93. Cette recherche doctorale a été suivie par la publication d'une première partie complémentaire, dont le titre de l'ouvrage est « Rwanda : Crimes d'honneur et influences régionales »94.
Dans la continuité de ces deux publications ci-dessus présentées, la présente recherche constitue une deuxième partie complémentaire à la thèse de Doctorat déjà citée. En effet, lors de la soutenance de ma thèse doctorale, plusieurs questions m'ont été posées par le Jury concernant l'histoire du Rwanda, les aspects anthropologiques de son peuple, les circonstances de la survenue du génocide de 1994, l'actualité et la situation actuelle compte tenu du passé récent de ce pays, etc. En même temps, ces différentes questions constituaient autant de pistes et d'ouvertures pour envisager une réflexion complémentaire future.
Pour cela, j'ai entrepris des recherches complémentaires afin de poursuivre et d'approfondir certains thèmes majeurs dont j'avais déjà introduit le contenu dans ma thèse de Doctorat.
1. Spécificité de la présente recherche La thèse de Doctorat déjà citée m'a permis de présenter une vue d'ensemble au sujet du cas du Rwanda. Cela à la lumière d'autres situations cliniques similaires dans différents pays du monde. Du point de vue théorique, nos observations ont été formulées à partir de certains concepts de la psychopathologie fondamentale d'orientation analytique. Par la suite, dans l'ouvrage « Rwanda : Crimes d'honneur et influences régionales », j'ai limité ma recherche aux aspects historiques relatifs au contexte géopolitique de la région des Grands-Lacs d'Afrique. Cette étude a permis d'approfondir ma recherche sur certains aspects de l'histoire récente du Rwanda en tenant compte de son environnement dans la sous-région : en effet, les guerres civiles récurrentes au pays des Mille Collines, dès le début de l'ère coloniale, sont la conséquence de facteurs multiples liés en grande partie à l'héritage du colonialisme. Mais, cela ne devrait pas minimiser la responsabilité indéniable des Rwandais eux-mêmes dans la survenue des guerres civiles endémiques qui ravagent leur pays à chaque fin de règne !
Dans ce troisième ouvrage sur le Rwanda, nous allons nous intéresser en particulier à l'évolution des institutions traditionnelles de ce pays et leur transformation historique. Cela permettra, in fine, de mettre en évidence l'origine des failles identitaires qui sur-déterminent le recours à la violence collective chaque fois que le régime est contesté ou tout simplement renversé par la force.
2. La « dimension historique » des « cadres sociaux de la mémoire » Dès la soutenance de ma thèse de Doctorat déjà citée, j'ai formulé la thèse principale de ma recherche en psychopathologie comme suit : « il n'y pas d'interaction entre individu et collectivité sans la dimension historique ». En effet, sans la dimension historique qui constitue le fondement du lien social, il n'y aurait pas d'institutions qui servent de
« cadres sociaux de la mémoire » selon M. Halbwachs. Autrement dit, notre recherche concerne principalement l'étude des processus socioculturels qui sur-déterminent le maintien du lien entre l'individu et la collectivité, entre la vie psychique individuelle et la mémoire collective. Par conséquent, la « continuation de l'existence » du « sujet » dépend des « cadres sociaux de la mémoire » qui précèdent toute vie psychique et qui lui servent de matrice pour éclore.
Par ailleurs, la « dimension historique » est un élément collectif fédérateur dont le contenu constitue la source du patrimoine identitaire de chaque individu : le sujet, pour construire sa singularité, s'appuie sur un corpus socioculturel que nous appelons « culture ».
En plus de l'espace représenté par les « cadres sociaux de la mémoire » - des institutions -, il y a un autre élément essentiel : le « facteur temps » : celui-ci confère aux institutions leur dimension évolutive à travers les générations. D'où il appert que la transmission est l'une des caractéristiques d'une communauté enracinée dans le passé, soutenue par ses institutions actuelles et apte à offrir à ses membres des perspectives d'avenir.
3. Nouvelle hypothèse sur l'étiologie des violences collectives : le cas du Rwanda Dès lors que les membres d'une communauté ne se reconnaissent plus dans leur passé commun et ne partagent plus les mêmes valeurs institutionnelles et/ou socioculturelles, il devient difficile de concevoir des perspectives d'un avenir commun. Cette rupture du lien entre le passé et le présent au sein d'une même communauté peut entraîner la perte des repères identitaires et l'éclosion des troubles de comportement individuel et/ou collectif.
Notons que, du point de vue historique, l'effondrement des institutions peut déclencher l'irruption soudaine des violences identitaires : le cas du Rwanda illustre malheureusement cette réalité. Du moment où chaque « clan », tribu ou lignage essaye de revendiquer sa propre « identité » mythique pour se distinguer des autres groupes, c'est le chaos général ! Ainsi, afin de dépasser des clivages claniques préhistoriques pour créer un État moderne, les Rwandais ont eu recours à la création d'un « chef » suprême, un monarque dont le rôle était celui de « représenter » et de « fédérer » les lignages autonomes et « autochtones » d'autrefois.
Par conséquent, à chaque fin de règne tragique du régime, le Rwanda est ravagé par des violences intestines suite aux rivalités claniques archaïques qui ont été réveillées et entretenues par le colonialisme.
4. Le plan que nous allons suivre La présente recherche comporte trois parties qui seront développées autour des thèmes suivants :
Dans la première partie, nous présenterons la méthodologie qui est la nôtre ainsi que les fondements conceptuels de nos observations.
La deuxième partie sera consacrée à la présentation de l'évolution des institutions socioculturelles au Rwanda, des lignages préhistoriques à la formation d'un État moderne centralisé sur le plan politique et administratif.
Enfin, dans la troisième partie, nous approfondirons le matériel des deux premières parties sous forme de synthèse générale.
Première partie MÉTHODOLOGIE DE RECHERCHE ET FONDEMENTS CONCEPTUELS Deuxième partie RWANDA : LA « QUÊTE PERPÉTUELLE D'IDENTITÉ » Chapitre I. RWANDA : DES ORIGINES MYTHIQUES
AUX MUTATIONS SOCIOPOLITIQUES COMPLEXES A la veille du génocide au Rwanda de 1994, plusieurs courants politiques sont nés, dans l'arrière-plan de la guerre civile qui sévissait depuis octobre 1990. Parmi la multitude de formations politiques naissantes, certaines étaient plus « idéologiques » que d'autres en ce qui concernent la pseudo « appartenance ethnique » des Rwandais. Intéressons-nous à présent à deux conceptions extrêmes de la « rwandité » selon certains politiciens Rwandais à la veille du génocide de 1994 : Réunis au sein d'un courant idéologique dit « Hutu Power », certains Hutu ont essayé de résister à la pression politique et militaire du Front Patriotique Rwandais en faisant recours aux méthodes extrémistes ethnocentriques. Quant au Front Patriotique Rwandais et ses adeptes, même si toutes les précautions d'usage avaient été prises pour masquer la couleur, l'idéologie de la supériorité naturelle de l'ancienne dynastie royale sur les autres Rwandais était à peine voilée dans les discours des responsables de ce mouvement. J'ai déjà développé différents points sur cette question d'ethnocentrisme au Rwanda dans mes précédents ouvrages95. Néanmoins, je me permets d'introduire le présent chapitre par quelques observations sur la « quête perpétuelle » de l'identité qui serait à l'origine, du moins en partie, des violences collectives récurrentes au Rwanda : Selon les membres du « Hutu Power » - à la veille du génocide de 1994 et jusqu'à ce jour-, il existerait une identité « hutu » qui permettrait de « distinguer » un Hutu d'un Tutsi à la seule vue de deux individus appartenant respectivement aux deux communautés idéologiques en question. Pendant le génocide, certaines victimes auraient été exécutées sur des barrières à la seule vue de leur taille ou de leurs traits morphologiques ! Je ne voudrais pas ressasser tous les arguments que j'ai déjà présentés ailleurs pour démontrer que toutes ces conceptions sont purement « idéologiques » au sens négatif du terme. Cependant, je m'arrête sur un détail qui permettra d'étayer le fondement des hypothèses et observations que nous allons approfondir dans les paragraphes qui suivent :
Selon certains témoignages, pour adhérer au courant idéologique de « Hutu Power », le nouveau candidat devait – ou « doit », car ce courant n'a pas disparu ! - prouver l'appartenance à une famille des Hutu de souche, c'est-à-dire des Hutu qui n'auraient jamais appartenu à la communauté des Tutsi. Car, certains Hutu d'aujourd'hui furent d'abord des Tutsi, puis, ils changèrent la carte d'identité après la « Révolution » de 1959 ! Pour cela, dans le nord du Rwanda, le candidat au courant idéologique « Hutu Power » devait décliner sa généalogie et démontrer que sa famille a toujours été hutu. Dans les mois qui ont précédé le génocide, certains Hutu du sud du Rwanda ont rejoint l'idéologie du courant « Hutu Power » pour des raisons de circonstances : après la mort de E. Gapyisi et les divisions idéologiques au sein du Parti politique MDR (Mouvement Démocratique République) dont les leaders étaient essentiellement des intellectuels du sud du pays, la peur de « tout perdre », entre le radicalisme de l'Akazu de J. Habyarimana et l'intransigeance Front Patriotique de P. Kagame, cette peur amena certains « politiciens » du sud du Rwanda à rallier la cause des radicaux Hutu au sein du « Hutu Power ». Différentes questions restent sans réponses au sujet du radicalisme de certains Rwandais dans la période qui a précédé le génocide de 1994. Dans la présente recherche, notre but n'est pas celui d'expliquer l'« inexplicable ». Cependant, nous pouvons formuler quelques hypothèses qui permettraient de comprendre, jusqu'à un certain degré, la nature des facteurs historiques et socioculturels à l'origine de l'extrémisme ethnocentrique. Nos différentes hypothèses seront étayées par les observations scientifiques du chercheur L. De Heusch sur les « mythes bantou » : « Ce n'est pas par hasard que tant de traditions mythiques, en Afrique occidentale comme en Afrique centrale, présentent le fondateur de la royauté comme un chasseur étranger, détenteur d'une magie plus efficace (…). Quelle que soit l'origine historique de cette institution politico-symbolique, la diachronie mythique fait toujours intervenir des événement extérieurs, que le bruit des armes les accompagne ou non. La royauté apparaît d'abord comme une révolution idéologique, dont la société ancienne n'ignore pas les dangers (…). La prétention à gouverner et à contrôler la nature est émise chez les Pende par un « clan noble » qui s'affirme distinct des autres groupes de parenté : il aurait amené le principal attribut du pouvoir magique sur la nature, le kifumu, d'une lointaine patrie d'origine. La souveraineté, la source magique du pouvoir, vient toujours d'ailleurs, d'un prétendu lieu originel, extérieur à la société (…). Les Luba du Zaïre situent ce lieu extérieur dans le ciel. Le héros fondateur qui apporte une nouvelle conception de la royauté est un chasseur, c'est-à-dire un être déterritorialisé. Le souverain luba s'affirme comme l'héritier ambigu de ce héros céleste aux mœurs raffinées et d'un ancien roi autochtone qui abusait de l'inceste comme du pouvoir. Il s'accouple en secret au moment de son avènement avec sa mère et ses sœurs dans une hutte sans porte ni fenêtre, qualifiée de « maison du malheur ». Cet édifice fermé, sans ouverture sur le monde extérieur, est symboliquement coupé du circuit de l'échange exogamique. Il est par excellence le lieu de la transcendance maudite, le lieu où s'acquiert la sacralité du pouvoir comme élément étranger à la société. Cette opposition entre le ciel, d'où vient la royauté et une première forme de pouvoir, enracinée dans la terre, nous allons la retrouver au cœur de la pensée mythique du Rwanda. La transcendance céleste du souverain est clairement affirmée cette fois par le mythe d'origine. L'inceste rituel, que les rois luba réalisent lors de leur intronisation, apparaît au Rwanda sous deux formes : la réunion de la mère et du fils, d'une part, l'endogamie du lignage royal, de l'autre. Le protocole royal, les interdits, étaient de la plus grande rigidité »96. L'auteur poursuit son observation sur les piliers de la royauté au Rwanda : « Pour en savoir davantage, il faut analyser attentivement l'ensemble des récits dynastiques à vocation historique qui constituent l'un des genres majeurs de la littérature orale (…) ; il faut aussi tenter de découvrir l'organisation symbolique du Code ésotérique de la royauté. Établissons d'abord le statut de ce « texte ». Le rituel royal (ubwiru) se compose de dix-huit morceaux, appelés « voies », dont seul le dernier demeure inconnu. La transmission intégrale de ce savoir était confiée à la mémoire de quatre hauts dignitaires. Les autres membres du collège abiru en connaissent seulement un fragment. Ces charges étaient héréditaires. Trois abiru portaient le titre de « rois rituels ». Le souverain organisait des séances de récitation et tout manquement de mémoire était payé du prix de la vie, à moins que le ritualiste défaillant ne puisse présenter un parent plus qualifié. La parfaite connaissance des rituels royaux était, en effet, vitale pour la survie du pays, identifié au corps même du souverain. Ne disait-on pas que le Rwanda se rétrécirait comme une peau de chagrin si le souverain ployait les genoux ? Une tradition orale invérifiable rapporte aussi que l'émissaire de l'empire allemand avait trop vigoureusement serré la main du roi lors de leur première entrevue ; celui-ci aurait dit à son interlocuteur, non sans une remarquable prescience de l'avenir : « Vous avez fait trembler la terre du Rwanda » 97. 1. La dynastie : du mythe des « origines célestes » à la domination « terrestre » « Toute l'histoire dynastique, traduite en termes symboliques, apparaît (…) comme la perpétuelle recherche d'un équilibre entre la Terre et le Ciel, entre les fonctions politiques et mystiques de la royauté ». L'auteur en résume les points essentiels :
« Les deux premières séries dynastiques sont fondées sur une symétrie inverse. Les ancêtres « tombés du ciel » finissent par s'enraciner de telle sorte que Gihanga, le premier « roi de la ceinture », puisse fonder la royauté terrestre, apporter la prospérité économique. Mais deux rois de cette seconde série renouent discrètement avec le ciel par leur mariage, dotant le dernier souverain, Samukondo, d'un nombril céleste. Bwimba inaugure la troisième série, celle des rois « historiques ». A partir de ce moment les chroniques se font plus abondantes et les événements se précisent. La toile de fond est constituée par les luttes que ces souverains mènent contre de petits États voisins, d'une part, des envahisseurs venus du nord, d'autre part. Les revers se multiplient, et nous n'avons nulle raison de contester l'historicité de ces événements. Le fait remarquable est que le travail symbolique mis en œuvre à propos des deux séries précédentes se poursuit. Cette période agitée sert de prétexte à la mise en place des trois dernières fonctions de la royauté sacrée selon un schéma structural. La série des rois « historiques » se construit en effet sur une opposition rigoureuse entre Ruganzu Ier (Bwimba) qui l'inaugure par le sacrifice salvateur de sa personne, et Ruganzu II (Ndori) qui la termine par ses exploits guerriers. Si Bwimba est un roi mystique et passif, Ndori est le restaurateur actif de l'État. Mais (…) le même dualisme fondamental se retrouve dans les propriétés symboliques opposées de Kigwa, le fondateur céleste de la dynastie, et Gihanga, le premier roi de la ceinture, qui dote la royauté de ses assises terrestres »98.
Selon L. De Heusch, il y eut une évolution dans la conception du pouvoir au sein même de la dynastie rwandaise d'après le récit des événements historiques : « Né d'un cœur de vache au ciel, Kigwa est associé à une fonction religieuse éminente, la consultation divinatoire pratiquée au moyen des animaux témoins du ciel. Roi mystique du sacrifice, Ruganzu Bwimba renonce symboliquement à son cordon ombilical terrestre et renoue avec l'origine céleste de l'ancêtre. Gihanga, le premier souverain véritablement enraciné, fonde la royauté terrestre en introduisant les techniques, la richesse bovine et la fécondité. Ruganzu Ndori reprend cette fonction économique en charge sur le mode magique, en l'affermissant sur le plan politique : il symbolise la fonction guerrière.
La structure ternaire du découpage historico-mythique est véritablement dialectique. Au sein de chaque série dynastique une opposition se dessine entre le premier et le dernier terme. En outre le souverain qui inaugure la seconde série (Gihanga) s'oppose à celui qui inaugure la première (Kigwa), comme les fonctions terrestres aux fonctions célestes. L'ensemble de ces données est reprise à l'intérieur de la série des « rois historiques »99.
Cette dernière observation de l'auteur introduit un chapitre de son ouvrage qui va retenir notre attention : « De l'histoire sérielle à l'histoire cyclique : le drame rituel (Rwanda) »100. Selon L. De Heusch, dans l'histoire du Rwanda, le roi Ruganzu Ndori a introduit « pour la première fois la périodicité saisonnière dans le temps historico-mythique . On enregistre alors un phénomène remarquable. Le successeur du roi magicien et conquérant impose au déroulement historique un rythme cyclique de grande amplitude : ritualiste par excellence, Muyenzi (…) mûrit une réforme institutionnelle impressionnante »101.
L'auteur poursuit : « Jusqu'à présent l'histoire avait progressé de manière linéaire. Kigwa inaugure la série des rois « tombés du ciel », Gihanga celle des « rois de la ceinture », Bwimba celle des « rois historiques ». Chacun de ces souverains « tête de liste » apporte une pierre nouvelle à l'édifice symbolique de la royauté. Après la mort dramatique de Ruganzu Ndori, dernier souverain de la troisième série, son fils instaure l'histoire répétitive, le perpétuel recommencement d'une structure temporelle fixée une fois pour toutes par l'action magique du rituel. Ce projet, qui fut probablement inauguré au XVII siècle (chronologie Vansina), résistera aux guerres et aux troubles intérieurs provoqués par la résistance hutu, jusqu'en 1959-60. A cette époque un révolte paysanne de grande envergure condamne le dernier roi du Rwanda, Kigeli V, à l'exil et la monarchie à l'effondrement »102.
La suite des observations de L. De Heusch permet de comprendre, avec plus de précision, l'origine de la structure administrative actuelle du Rwanda et le caractère sacré du pouvoir :
« En prenant comme nom de règne Mutara, le fils de Ruganzu Ndori décide d'éliminer à l'avenir de l'onomastique royale le souvenir des rois qui connurent une fin tragique : Ruganzu et Ndahiro. Il ne restait plus dans la liste des « rois historiques » que Cyirima, Kigeri, Mibambwe et Yuhi (…). Ceux qui ont été conservés se succéderont désormais dans un ordre cyclique immuable : l'action de deux rois mystiques complétera celle de deux rois guerriers. Le cycle commence par un roi vacher qui porte en alternance le nom de Mutara et de Cyirima. Celui-ci se consacre principalement à la prospérité du bétail et à la fécondité. Deux rois voués aux activités militaires, Kigeri et Mibambwe, lui succèdent. Le cycle s'achève par un nouveau roi mystique, le roi du feu, Yuhi »103. Voici le « cycle dynastique » au Rwanda selon L. De Heusch104 : Ainsi, « en codifiant la succession des noms dynastiques et les fonctions spécifiques qui s'y attachent, Mutara Ier confère à la royauté sacrée une puissance mythique récurrente. Tout se passe comme si le rythme saisonnier que connote le règne de ses deux prédécesseurs se trouvait brusquement élargi à la dimension séculaire pour mieux assurer la maîtrise de la nature et des hommes »105.
Après avoir démontré la continuité du lien historique entre l'ancienne « succession linéaire » au trône et la nouvelle « dynastie cyclique », L. De Heusch propose une analyse approfondie des institutions politiques traditionnelles au Rwanda :
« On ne trouve jamais dans les descriptions minutieuses et sèches, presque maniaques, du Code ésotérique, de référence directe aux héros de l'histoire dynastique. Le secret qui entourait la transmission orale de cet imposant corpus avait été jalousement gardé jusqu'en 1945. C'est à cette époque que l'abbé Kagame obtint du roi Mutara III l'autorisation de recueillir la tradition orale de la bouche des Abiru. Kagame fut lui-même impressionné par l'incroyable profusion de détails technologiques, de gestes précis donnés sans commentaire, dans une forme littéraire rigoureuse, n'admettant aucun trou de mémoire. Dix Abiru déclamèrent les dix-huit « voies » de ce poème considérable comportant des milliers de versets. Tantôt ils les récitèrent « en chœur, telle une formule de prière », tantôt deux groupes se relayaient. Pour faciliter la dictée, les Abiru désignèrent trois d'entre eux, qui prirent la parole à tour de rôle. Si l'orateur commettait la moindre faute, ses collègues l'arrêtaient aussitôt et rectifiaient le passage »106. Selon L. De Heusch, « l'Ubwiru exprime vigoureusement deux fonctions majeures de la royauté : le maintien de la fécondité et de la prospérité économique, d'une part, la conduite de la guerre, d'autre part. Mais on y trouve aussi évoquées à maintes reprises les autres fonctions royales (…) du tissu mythique. La divination par les entrailles des taurillons (…) est exercée à la cour par des spécialistes qui sont recrutés dans un sous-clan ega, les Kongori ; les acolytes qui procèdent à l'abattage des animaux et à la préparation du repas sacrificiel sont des Hutu qualifiés d'
« inattaquables » parce qu'ils relèvent directement de l'autorité du roi. Celui-ci est intimement associé au sacrifice par sa salive. En diverses occasions, les tambours royaux étaient aspergés du sang des victimes. Cette fonction divinatoire témoigne de l'origine céleste de la dynastie. Le sacrifice de la personne royale (dont Bwimba fut l'initiateur) est évoqué dans le rituel d'intronisation, mais cette fonction ne sera pas assumée par le roi en personne ; un « libérateur » était désigné par les devins pour représenter le roi et se porter seul au-devant de l'ennemi lors d'une bataille décisive »107. Chapitre III. NOUVELLE APPROCHE SUR LE COLONIALISME Depuis l'accession à l'indépendance dans les années 50 - 60, certains pays d'Afrique - sinon tous - n'ont jamais recouvré leur souveraineté antérieure à l'occupation coloniale. De plus, à l'oppression coloniale d'antan a succédé une « guerre intestine » dans toutes les régions du continent noir, une guerre qui oppose le plus souvent les partisans des courants sociopolitiques idéologiquement antagonistes sous l'influence de certaines puissances extérieures.
En effet, comme je l'ai déjà développé dans mon dernier ouvrage, c'est dans une période historique de « guerre froide » entre l'Occident capitaliste et le bloc des pays de l'Est dits « Communistes » que les peuples d'Afrique se sont libérés du colonialisme.
Pour cela, à l'instar du Rwanda, les jeunes républiques africaines sont nées dans un contexte international de rivalité idéologique : les leaders politiques africains, à leur tour, furent divisés entre « bons élèves » du capitalisme selon la volonté des puissances occidentales qui les avaient colonisés d'une part, et « rebelles » partisans du communisme d'autre part.
Ainsi, les différentes guerres civiles en Afrique, depuis les années 50 jusqu'au génocide au Rwanda de 1994, auront été en grande partie la conséquence d'une « guerre de l'ombre » qui opposait les grandes puissances de ce monde à travers des pays interposés du Tiers Monde.
Par conséquent, après la chute du Mur de Berlin en 1989 et la fin du Communisme au début des années 90, la guerre civile au Rwanda et le génocide qu'elle a entraîné constituent « la fin d'une époque ». Il existe ainsi une similitude indiscutable entre la période des troubles sociaux des année 50 - 60 en Afrique - à l'époque des luttes pour les indépendances - et les guerres civiles qui ont sévi en Afrique depuis la chute du Mur de Berlin et la fin du Communisme. Car, après la « guerre froide », la fin du Communisme a entraîné un « déséquilibre » d'influences là où les dictatures servaient de « zones d'influences » à l'époque de la « guerre froide ». L'exemple le plus éclairant est celui de la région des Grands-Lacs d'Afrique dont fait partie le Rwanda.
Pour toutes ces raisons, mon hypothèse est que depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale et du colonialisme, les pays du Tiers Monde sont entrés dans une « nouvelle ère » historique, à savoir le temps du « colonialisme multinational ».
Mais, avant de présenter les effets du « colonialisme multinational » à partir du cas du Rwanda, faisons d'abord un bref rappel sur la nature et les conséquences du « colonialisme ». Cela à partir des observations du « Maître » sur la question, A. Césaire : nous allons présenter certains aspects de ses deux célèbres « Discours sur le colonialisme » et sur la « Négritude ».
Selon la prophétie du chantre de la « Négritude », « on peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu'ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs « maîtres » provisoires mentent.
Donc que leurs maîtres sont faibles »108. 1. La question centrale : peut-on concilier « Colonisation et civilisation ? » « La malédiction la plus commune en cette matière est d'être la dupe de bonne foi d'une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu'on leur apporte.
Cela revient à dire que l'essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l'innocente question initiale : qu'est-ce en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu'elle n'est point ; ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l'ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit ; d'admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l'aventurier et du pirate, de l'épicier en grand et de l'armateur, du chercheur d'or et du marchand, de l'appétit et de la force, avec, derrière, l'ombre portée, maléfique, d'une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d'étendre à l'échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes »109.
A. Césaire étaye ses observations par des exemples historiques : « Poursuivant mon analyse, je trouve que l'hypocrisie est de date récente ; que ni Cortez découvrant Mexico du haut du grand téocalli, ni Pizarre devant Cuzco (encore moins Marco Polo devant Cambaluc), ne protestent d'être les fourriers d'un ordre supérieur ; qu'ils tuent ; qu'ils pillent ; qu'ils ont des casques, des lances, des cupidités ; que les baveurs sont venus plus tard ; que le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes : christianisme = civilisation ; paganisme = sauvagerie, d'où ne pouvaient que s'ensuivre d'abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, Les Nègres »,110.
Les exemples de A. Césaire pourraient s'étendre aussi sur l'Afrique : j'ai déjà présenté, dans mes précédents travaux déjà cités, les différents récits d'explorateurs Européens qui découvrirent le Rwanda à la fin du 19ème siècle. Devant la
« majesté » du royaume du Rwanda, le Comte allemand Von Götzen fut ébloui : delà naquit le respect historique que l'administration coloniale allemande a accordé au pays des Mille Collines jusqu'au bouleversement de la Première Guerre Mondiale : devenu « territoire sous mandat belge », le Rwanda aura perdu à jamais sa souveraineté nationale. Poursuivons la présentation du « Discours » de A. Césaire sur le colonialisme pour approfondir nos propres observations : « (…) J'admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien (…). Mais alors, je pose la question suivante: la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l'on préfère, de toutes les manières d'établir contact, était-elle la meilleure ?
Je réponds non. Et je dit que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine »111.
A. Césaire écarte alors l'idée répandue selon laquelle le colonialisme aurait été une forme de « bienfaisance » ou de « charité universelle » : « (…) Où veux-je en venir ? A cette idée : que nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu'une nation qui colonise, qu'une civilisation qui justifie la colonisation - donc la force - est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte, qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler, je veux dire son châtiment »112. 2. L'« acte de foi » de A. Césaire « (…) Je ne blesserai personne en vous disant que j'avoue ne pas aimer tous les jours le mot Négritude même si c'est moi, avec la complicité de quelques autres, qui ai contribué à l'inventer et le lancer. Mais j'ai beau ne pas l'idolâtrer, en vous voyant ici réunis et venus de pays si divers, je me confirme qu'il correspond à une évidente réalité et, en tout cas, à un besoin qu'il faut croire profond.
Quelle est-elle, cette réalité ? Bien sûr, puisqu'aussi bien, le mot ethnicity a été prononcé à propos de ce congrès. Mais, il ne faut pas que le mot nous égare. En fait, la Négritude n'est pas essentiellement de l'ordre du biologique. De toute évidence, par-delà le biologique immédiat, elle fait référence à quelque chose de plus profond, très exactement à une somme d'expériences vécues qui ont fini par définir et caractériser une des formes de l'humaine destinée telle que l'histoire l'a faite : c'est une des formes historiques de la condition faite à l'homme (…). La Négritude, à mes yeux, n'est pas une philosophie. La Négritude n'est pas une métaphysique. C'est une manière de vivre l'histoire dans l'histoire : l'histoire d'une communauté dont l'expérience apparaît, à vrai dire, singulière avec ses déportations de populations, des transferts d'hommes d'un continent à l'autre, les souvenirs de croyances lointaines, ses débris de cultures assassinées.
Comment ne pas croire que tout cela qui a sa cohérence constitue un patrimoine ? En faut-il davantage pour fonder une identité ? Les chromosomes m'importent peu. Mais je crois aux archétypes. C'est dire que la Négritude au premier degré peut se définir d'abord comme prise de conscience de la différence, comme mémoire, comme fidélité et comme solidarité »113.
A l'évidence, toutes ces valeurs ci-dessus énumérées existaient déjà dans toutes les cultures bien avant l'ère coloniale ! D'où la justesse des arguments de A. Césaire : chez les Rwandais, « la mémoire collective » avait été construite pendant plusieurs siècles autour de la fonction sacrée du roi. Il y avait certes des inégalités sociales et la domination absolue d'une dynastie sur tout le pays ; mais ce n'est pas non plus la colonisation qui arrangera la situation ! Au contraire, le pays est déchiré, depuis l'ère coloniale, par les guerres civiles endémiques. 3. A. Césaire, un penseur engagé contre le colonialisme « Mais la Négritude n'est pas seulement passive. Elle n'est pas de l'ordre du pâtir et du subir. Ce n'est ni un pathétisme ni un dolorisme.
La Négritude résulte d'une attitude active et offensive de l'esprit. Elle est sursaut, et sursaut de dignité. Mais, me direz-vous, une révolte qui n'est que révolte ne constitue pas autre chose qu'une impasse historique. Si la Négritude n'a pas été une impasse, c'est qu'elle menait autre part. Où nous menait-elle ? Elle nous menait à nous- mêmes. Et de fait, c'était, après une longue frustration, c'était la saisie par nous-mêmes de notre passé et, à travers la poésie, à travers l'imaginaire, à travers le roman, à travers les œuvres d'art, la fulguration intermittente de notre possible devenir »114.
La conclusion de A. Césaire dépasse de loin le seul cadre du contexte africain, dont celui du Rwanda en particulier. Cependant, compte tenu des péripéties de l'histoire du Rwanda, l'auteur nous donne une leçon à méditer : l'identité rwandaise - celle qui a ému les premiers explorateurs venus d'Europe - ne peut se découvrir que par un mouvement de retour « vers nous-mêmes », autrement dit vers notre propre histoire pour préparer l'avenir. Chapitre VI. LA NUIT DES PRÉDATEURS Avant d'entrer dans le vif du sujet, je désirerais présenter au lecteur quelques observations préliminaires afin d'éviter toute difficulté de malentendu : Première observation : depuis le génocide au Rwanda de 1994, il existe plusieurs sources d'informations sur cet événement qui a été suivi dans le monde entier grâce aux média, la télévision en particulier. Cependant, malgré la
« médiatisation » planétaire de la tragédie rwandaise, l'abondance d'images, de discours et documents écrits ne nous a guère fait avancer dans la recherche de la vérité sur ce qui s'est véritablement passé dans le ciel de Kigali, le 06 avril 1994. Après un examen minutieux de divers témoignages, je dirais même que l'abondance d'informations aurait, en quelque sorte, porté « préjudice » à la recherche objective de la vérité. Car, en ce qui concerne l'histoire du génocide au Rwanda, tout le monde ne cherche pas la même « vérité » ! Il semble même que certaines « vérités » ne seraient pas
« bonnes à dire », selon que l'on a des intérêts à défendre : du point de vue idéologique pour les Rwandais eux-mêmes, du point de vue économique et géostratégique pour les étrangers. Car, le Rwanda c'est aussi la porte ouverte vers la République Démocratique du Congo et ses champs miniers ! Deuxième observation : dans le présent chapitre, je ne prétendrais pas que les témoignages recueillis nous apporteraient « toute la vérité » sur les circonstances des événements qui ont déclenché le génocide au Rwanda. Cependant, malgré certaines difficultés liées à notre impossibilité d'effectuer certaines vérifications historiques, politiques, géographiques et diplomatiques approfondies, il appert que nous nous sommes rapprochés, un peu plus, d'une certaine « vérité » sur ce qui se serait passé à Kigali dans la nuit du 06 au 07 avril 1994. Troisième observation : devant l'horreur des massacres et l'indignation justifiée à l'encontre des auteurs du génocide au Rwanda de 1994, nous avons néanmoins été handicapés, depuis la fin du génocide lui-même, par l'absence de témoignages précis de ceux-là mêmes qui ont commis des massacres et/ou qui les ont planifiés. En effet, un
« embargo » médiatique a été infligé à certains Rwandais jusqu'à nos jours : le même « embargo » médiatique consiste à isoler non seulement des Hutu Rwandais qui exerçaient des responsabilités politiques, mais aussi et surtout, tous les intellectuels qui ont pris le chemin d'exil devant l'arrivée au pouvoir du Front Patriotique Rwandais. Pour cela, nous allons nous intéresser à la « vérité » des vaincus - surtout ceux qui ont essayé de garder une certaine neutralité idéologique entre les deux camps opposés : que disent les Hutu, de leur côté, à propos de la nuit du 06 au 07 avril 1994 ? Que disent-ils au sujet du conflit armé qui a été déclenché dans la même nuit et au sujet des massacres génocidaires qui ont été déclenchés par l'attentat contre l'avion présidentiel le soir du 06 avril 1994 ? Quatrième observation : bien entendu, nous ne pouvons pas nous fier, les yeux fermés, aux témoignages individuels alors que les faits historiques concernent tout un pays. D'autre part, il existe nécessairement, dans chaque témoignage, une part d'exagération émotionnelle, d'oubli, voire même de manipulation idéologique - qui peut être de bonne foi chez certaines personnes, de mauvaise foi pour d'autres ! Cependant, à partir de plusieurs témoignages, il appert que certains récits se recoupent. Ainsi, malgré toutes les difficultés ci-dessus énoncées, dans les différents témoignages des Hutu, il y aurait aussi un certain « fond » de vérité historique. Cinquième observation : les différents témoignages des Hutu que j'ai retenus comme étant « proches » de la « vérité historique » sont ceux que j'ai confrontés à d'autres sources et témoignages « neutres », en particulier les témoignages des étrangers qui vivaient au Rwanda à l'époque des faits. En particulier, j'ai recueilli les témoignages des étrangers qui séjournaient à Kigali le 06 avril 1994 et qui y sont restés jusqu'à la fin du génocide vers fin juin de la même année. Pour cela, les témoignages que j'ai retenus semblent refléter une certaine « unanimité » chez différents observateurs qui ne se connaissent pas : ils ne se seraient donc pas concertés pour « inventer » certains faits historiques qui, malheureusement, semblent avoir été gardés sous silence par les « média » et d'autres voies officielles de communication de masse. 1. Opération « Kibonumwe » !115 En Kinyarwanda (langue vernaculaire au Rwanda), le terme « kibonumwe » désigne la lumière en mouvement - et de très courte durée - que l'on aperçoit la nuit lorsqu'une étoile filante apparaît dans le ciel. Dans les différents témoignages sur l'attentat du 06 avril 1994 contre l'avion du feu président J. Habyarimana, certains de ceux qui affirment avoir été témoins de cet événement utilisent le mot « kibonumwe » pour décrire la lumière qui aurait précédé la désintégration de l'avion présidentiel en phase d'atterrissage sur l'aéroport de Kanombe.
Cependant, il est très rare, voire même difficile, de trouver les témoins oculaires de l'événement qui allait déclencher un des plus grands génocides de l'histoire de l'humanité. Cela pour plusieurs raisons :
D'abord, la zone était surveillée pour deux raisons : d'une part, à l'époque des faits, c'était une zone militaire ; d'autre part, la résidence présidentielle se trouvait dans le même permettre et cela empêchait aux personnes étrangères d'y accéder facilement. A ces deux facteurs de nature militaire s'ajoutait le fait que la piste de décollage et d'atterrissage de l'aéroport de Kanombe n'était pas loin.
Ensuite, compte tenu des conséquences que l'attentat du 06 avril 1994 a entraînées, certains témoins - sans doute la majorité - préfèrent se taire pour leur sécurité.
Enfin, il existerait une forme de « silence intéressé ».
Rwanda, une quête perpétuelle d'identité
1. Mutara (ou Cyririma) : roi vacher
2. Kigeri : roi guerrier
3. Mibambwe : roi guerrier
4. Yuhi : roi du feu
Une réalité ethnique, me dira-t-on.
La Négritude n'est pas une prétentieuse conception de l'univers.
Je crois à la valeur de tout ce qui est enfoui dans la mémoire collective de nos peuples et même dans l'inconscient collectif.
Je ne crois pas que l'on arrive au monde le cerveau vide comme on y arrive les mains vides.
Je crois à la vertu plasmatrice des expériences séculaires accumulées et du vécu véhiculé par les cultures (…).
Elle est refus, je veux dire refus de l'oppression.
Elle est combat, c'est-à-dire combat contre l'inégalité.
Elle est aussi révolte. Mais alors, me direz-vous, révolte contre quoi ? (…) Je crois que l'on peut dire, d'une manière générale, qu'historiquement, la Négritude a été une forme de révolte d'abord contre le système mondial de la culture tel qu'il s'était constitué pendant les derniers siècles et qui se caractérise par un certain nombre de préjugés, de pré- supposés qui aboutissent à une très stricte hiérarchie. Autrement dit, la Négritude a été une révolte contre ce que j'appellerai le réductionnisme européen (…).
Kigali Rwanda, 06 avril 1994
93 SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis à Issy-les- Moulineaux, Éditions Umusozo, 2013.
94 SEBUNUMA D., Rwanda : Crimes d'honneur et influences régionales, Issy-les-Moulineaux, Éditions Umusozo, 2012.
95 SEBUNUMA D., Rwanda : Crimes d'honneur et influences régionales, op. cit. ; et La compulsion de répétition dans les violences collectives, op. Cit.
96 DE HEUSCH L., Mythes et rites bantous II, Rois nés d'un cœur de vache, Paris, Gallimard, 1982, pp. 26 - 28.
97 Ibid.
98 Ibid., pp. 109 – 110.
99 Ibid., p. 111.
100 Ibid., p. 112.
101 Ibid., p. 113.
102 Ibid.
103 Ibid., p. 114.
104 Ibid.
105 Ibid.
106 Ibid., pp. 116 – 117.
107 Ibid., pp. 117 – 118.
108 CESAIRE A. (1955), Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine, 2004, p. 8.
109 Ibid., pp. 8 – 9.
110 Ibid., pp. 9 – 10.
111 Ibid., pp. 10 – 11.
112 Ibid., p. 18.
113 CESAIRE A., (1987), texte « Discours sur la Négritude », in op. cit., pp. 80 - 83.
114 Ibid., pp. 84 – 85.
115 Le « nom de code » est fictif : c'est notre propre appellation pour désigner l'événement déclencheur du génocide à partir de la description des faits selon les témoins : la lumière qui aurait été observé, avant que l'avion présidentiel ne se désintègre dans le ciel de Kigali, était semblable à une « étoile filante » selon divers témoignages. D'où le nom de code « Kibonumwe », mot qui signifie « étoile filante » en Kinyarwanda.
Déogratias
SEBUNUMA : Psychologue
clinicien - Auteur
Titulaire du Doctorat de "Recherche
en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".
Le
jugement de l'histoire : effets du néocolonialisme multinational au Rwanda
Synthèse
Commander
Le
génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires
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Commander
Essai sur l'autosuggestion
Synthèse
Commander
Psychopathologie
descriptive I : Essais sur les violences collectives
Synthèse
Communautarisme et autochtonie – Du cas du Rwanda à l'universel
Synthèse
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Rwanda : crimes d'honneur et influences régionales
Synthèse
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Rwanda : crise identitaire et violence collective
Synthèse
La compulsion de répétition dans les violences collectives
Synthèse
Commander
La compulsion de répétition dans les violences collectives Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.
Rwanda : crise identitaire et violence collective Cet ouvrage est désormais édité par les EDITIONS UMUSOZO.