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Deuxième partie
LE CONTEXTE REGIONAL
La « Guerre Froide » des Grands-Lacs d’Afrique
(…)
Chapitre II. RWANDA : LES ANNEES 1960 - 1980
La place du Rwanda dans le contexte régional
La crise politique au Rwanda, après la mort de Kigeli Rwabugili en 1895, a entraîné une bipolarisation idéologique au sein de la monarchie dominée par les Tutsi : deux familles cherchant chacune à s’emparer du pouvoir, la bataille fut engagée entre elles. Cette guerre purement idéologique suscita des alliances politiques selon que l’on était pour ou contre tel ou tel rival.
Depuis cette guerre civile à la fin du 19ème siècle, chaque fin de règne au Rwanda a constitué le facteur déclencheur de violences collectives. Plus particulièrement, en 1959, la fin de règne correspondait avec la fin du système monarchique au Rwanda. Pour cela, ce ne sont plus les seuls membres de la dynastie royale qui furent concernés par les massacres - en tant que victimes et/ou bourreaux -, c’est plutôt tout le pays qui fut ravagé par la guerre civile.
1. La jeune république et le piège de l’armée
A la fin des années 50, comme nous l’avons vu dans la première partie, les troubles sociaux ont fait naître de nouvelles alliances politiques au Rwanda et celles-ci ont pris le pouvoir après la chute de la monarchie. Cependant, cette fois-ci, les nouvelles alliances dépassaient les pseudos ethnies Hutu et Tutsi : « La jacquerie de 1959 a été en grande partie provoquée par l’intransigeance d’une élite politico-administrative conservatrice, qui refusait la démocratisation face aux revendications d’une nouvelle élite Hutu, voire d’une contre-élite Tutsi beaucoup plus moderne au pouvoir »56.
Les leaders « progressistes » Hutu et Tutsi ont ainsi formé le premier gouvernement du Rwanda post colonial. En même temps, le nouveau pouvoir « républicain » s’est doté d’une « Armée Nationale » qui, comme dans beaucoup d’autres pays d’Afrique, constituera un véritable piège pour la démocratie : Lors de la création de l’Ecole Supérieure Militaire - qui a assuré la formation de la majorité des officiers de l’Armée Rwandaise, deux personnages faisaient partie de la première promotion au début des années 60 : J. Habyarimana et A. Kanyarengwe. Dès lors, ces deux personnages seront au centre de tous les bouleversements de l’histoire politique et militaire du pays jusqu’au déclenchement du génocide de 1994. Plus particulièrement, l’arrivée à la tête de l’Armée Nationale de deux Hutu, tous originaires du Nord - autrement dit des Bakiga, c’était tellement historique que l’événement n’allait pas passer inaperçu : D’abord, rappelons que les Bakiga - dont le « héros du Mulera Lukara » - avaient déstabilisé le régime du roi Yuhi Musinga et défié l’administration coloniale allemande. Certains observateurs n’hésitent pas à affirmer que la création d’une « carte d’identité » par l’administration belge, dans les années 30, aurait eu comme motif la volonté d’exclure les belliqueux Bakiga de toute intrusion dans les affaires coloniales ! Même si aucune preuve matérielle ne permet d’étayer cette hypothèse, nous pouvons néanmoins affirmer que les Belges se méfiaient des Bakiga : à partir de l’article de J.-P. Chrétien que nous avons cité dans la première partie, nous savons déjà que les Belges menaient des incursions au pays des Bakiga à partir du Congo Belge - alors que le Rwanda était à cette époque une colonie allemande. Soudainement, au moment de l’indépendance du Rwanda, c’est aux Bakiga que l’administration coloniale belge a confiée le pouvoir militaire ! Etant donné que le pouvoir politique de la jeune république était entre les mains des Hutu du Sud - les Banyenduga -, de nouvelles rivalités politiques allaient naître entre les Bakiga majoritairement militaires et les Banyenduga majoritairement politiciens ! A noter que, grâce aux nombreux établissements scolaires créés par les missionnaires dans la région du Sud, cette région comptait aussi le plus grand nombre d’intellectuels du Rwanda. Pour cela, presque toute l’administration du pays était entre les mains des Banyenduga dans les années 60. Par ailleurs c’est dans le sud et à l’est du Rwanda que le brassage ethnique a été pratiqué depuis la nuit des temps. Par conséquent, il n’est pas évident de distinguer les Hutu et les Tutsi dans les régions du sud et de l’est du Rwanda à partir des pseudos critères morphologiques de certains chercheurs : sauf la mention ethnique » de la carte d’identité pouvait indiquer qui est qui ! Autrement dit, la classe sociale d’appartenance tout simplement. Pour toutes ces raisons, dans les années 60, beaucoup de Rwandais ont changé de carte d’identité pour appartenir à la « ajorité » des vainqueurs, à savoir la majorité des Hutu ! Cependant, tous ces changements d’appartenance politique et ethnique » avaient lieu principalement au sud, au centre et à l’est du pays. Nous comprenons ainsi que l’affaire « Lukara » est restée gravée dans la mémoire collective des régions du Nord : exclus du pouvoir par le roi Musinga et les Allemands, ils n’ont pas été non plus « élus » par l’administration coloniale belge aux différents postes de responsabilités après la Première Guerre Mondiale. J. Habyarimana et A. Kanyarengwe avaient ainsi une « revanche » à prendre sur les Banyenduga ! Mais, avant qu’une occasion propice puisse se présenter, ils avaient d’abord une « guerre » à mener contre les monarchistes en exil : dès les mois qui ont suivi la proclamation de l’indépendance du Rwanda, les partisans du roi en exil, Kigeli Ndahindurwa, ont immédiatement lancé des attaques contre le Rwanda à partir des pays limitrophes. L’indépendance : rappel du contexte Pour situer les événements dans leur contexte, revenons brièvement sur l'implication de l'administration coloniale belge dans les changements politiques des années 60 au Rwanda57 : Selon Willame J.-C., le Colonel Logiest qui venait d'être désigné comme Résident civil spécial du Rwanda (…) ne cacha pas son hostilité à l'égard de l'UNAR, de ses dirigeants et du système monarchique en vigueur : entre mars et mai 1960, le Conseil spécial qu'il présidait décida la suppression des rites royaux (Abiru) et du tambour Kalinga, tandis que les privilèges de pâturages des Tutsi sur les jachères agricoles de leurs clients « hutu » étaient suspendus. Les « réfugiés » tutsi restèrent exilés en leur pays (…). Les dirigeants du Parmehutu, qui étaient les seuls à accepter la politique de la puissance tutélaire » et qui eurent donc toutes les faveurs de l'administration par rapport à une UNAR « indépendantiste » et de plus en plus anti-coloniale, remportèrent une victoire décisive aux élections communales de juin-juillet 1960. Le 25 juillet, le Mwami quitta définitivement le Rwanda pour la capitale congolaise ; avec lui disparaissait une institution qui avait toujours été considérée comme le ciment d'un territoire difficile à administrer »58. Comment se fait-il que la Belgique ait choisi de changer d’alliance, dès la fin des années 50, pour soutenir les Hutu contre la monarchie des Tutsi au Rwanda ? Bien entendu, les Hutu se félicitaient de cette victoire mais, des questions subsistent : comment une masse populaire de paysans sans instruction aurait-elle réussi à prendre conscience de la démocratie » en si peu de temps et à renverser une monarchie millénaire en moins d’un an ? Les raisons objectives de la défaite du parti royaliste UNAR et la chute du roi se trouveraient ailleurs : dès sa création, le parti royaliste UNAR afficha des idées indépendantistes à l’encontre de l’administration coloniale belge. Par la suite, le même parti aurait multiplié des contacts avec d’autres mouvements indépendantistes de la région, en particulier le parti politique de P. Lumumba au Congo Kinshasa. Enfin, l’UNAR prônait, si nécessaire, l’utilisation de la force - la guerre d’indépendance - pour « libérer » le Rwanda du colonialisme. F. Rukeba que nous avons déjà présenté, « héritier » de la politique de « résistance » au colonialisme du roi défunt Musinga [mort en exil au Congo-Kinshasa au début des années 40], devint le chef de file de l’opposition à l’occupation coloniale. Toutes ces raisons auront été aggravées par l’étiquette qui avait été donnée aux mouvements indépendantistes en Afrique, et en particulier dans la région des Grands-Lacs africains : ces mouvements politiques indépendantistes étaient catalogués comme étant communistes », - à l’instar du mouvement politique de P. Lumumba. En un mot, la « jacquerie » de 1959 ne fut pas nécessairement l’œuvre autonome des leaders Hutu et la « majorité » des paysans Hutu ! L’ingérence immédiate de « la puissance tutélaire » fut décisive dans la réussite de la fameuse « révolution des Bahutu » de 1959. En effet, comme le témoigne l’observation de J.-C. Willame citée ci-dessus, c’est le Colonel Logiest - qui est devenu par la suite « Résident spécial » de la Belgique -, qui dirigeait indirectement le pays ! Comme nous allons le constater dans les paragraphes qui suivent, toute la décennie de 1960 - 1970 au Rwanda fut marquée par une guerre froide » régionale qui expliquerait, du moins en partie, l’intérêt de l’alliance des Occidentaux avec les Hutu au pouvoir. 2. Les attaques extérieures Jouissant « des acquis de la révolution » de 1959 d’une part, puis du soutien de l’Occident d’autre part, les Hutu nouvellement installés au pouvoir ont créé des conditions qui allaient favoriser un sentiment d’inégalités au sein de la population. Aussi, malgré la campagne menée contre la monarchie, tous les rwandais n’étaient pas opposés au retour du roi. Ce climat de nouvelles tensions internes fragilisait en même temps le pouvoir : Le nouveau système présidentiel n'est pas sans rappeler (…) celui de l'ancienne monarchie « revisitée ». Grégoire Kayibanda va désormais incarner « l'idéal de la solidarité hutu de la même manière que le Mwami symbolisait naguère l'idéal de la suprématie tusi ». Comme le Mwami, le président de la République est l'objet d'une vénération de la part de son peuple hutu », vénération semblable à celle que l'on voue à un monarque » (...). Mais le nouveau monarchisme va au-delà de cette symbolique. A l'instar du « temps féodal », le système Kayibanda renoue, tout naturellement pourrait-on dire, tant avec la réification du statut inviolable, irresponsable et inaccessible des Mwami qu'avec une stratégie de type clientéliste indispensable pour contenter et le noyau dur des pionniers » de la révolution et les leaders disposant d'un fort enracinement local, notamment ceux de la région septentrionale (…) »59. C’est dans ce contexte de tensions politiques internes que les royalistes en exil lancèrent les premières attaques militaires pour essayer de s’emparer du pouvoir. La conséquence directe aura été que ces mêmes attaques menées à partir des pays du Rwanda servirent d’arguments aux Hutu au pouvoir pour consolider des inégalités sociales et légitimer les violences dirigées contre les populations civiles. « Ces envahisseurs, on les appelle les inyenzi, c'est-à-dire les cafards. La propagande hutu en fait des ennemis redoutables parce qu'ils n'attaquent, dit-on, que la nuit et qu'ils sont aidés par leurs congénères qui sont restés à l'intérieur après les massacres de 1959 »60. Selon J.-C. Willame, « il exista sans doute des connivences quadrangulaires entre certains milieux politiques burundaises, la tendance radicale de l'UNAR extérieure, l'ambassade de Chine populaire à Bujumbura et des éléments de l'Armée populaire de libération du Kivu dirigée à l'époque par le Zaïrois Gaston Soumialot. Il est même probable, selon F. Reyntjens, que des mutins de l'armée congolaise qui avaient rejoint la rébellion muléliste du Kivu aient encadré les inyezi lors de l'attaque du Bugesera »61. D’après J.-C. Willame, F. Reyntjens « estime toutefois que ce type de relations ne prêta guère à conséquence ; elles ne reposaient d'aucune façon sur un socle idéologique et politique sérieux et n'étaient que la traduction d'un opportunisme petit bourgeois (…) »62. Néanmoins, sur ce point précis de la collaboration entre « la tendance radicale de l’UNAR extérieure » et « des éléments de l’Armée populaire de libération du Kivu » au Congo Kinshasa, notre point de vue diffère un peu de celui de J.-C. Willame : celui-ci semble négliger l’influence de cette « collaboration » régionale entre différents mouvements indépendantistes des années 60. Deux événements auront marqué cette période et inquiété les autorités rwandaises et l’Occident : D’une part, c’est au milieu des années 60 que Che Guevara séjourna au Congo Kinshasa pour aider la rébellion à s’organiser. Selon certaines sources, quelques dirigeants de l’UNAR extérieure auraient participé à des rencontres avec le « mythe vivant » de la guérilla à l’époque. Plus concrètement, le rapprochement entre la rébellion du Congo Kinshasa et celle des Rwandais exilés aura une conséquence directe : le pouvoir des Hutu au Rwanda brandissait « l'épouvantail de nouvelles invasions extérieures bien armées et bien préparées qui ne se matérialiseront jamais »63. D’autre part, c’est en 1967 que le Mwalimu J. Nyerere, président de la Tanzanie à l’époque, prononça le discours fondateur de l’« Ujamaa » ou Socialisme africain ». Ce fut un autre tournant décisif dans la « guerre froide » de la région des Grands-Lacs d’Afrique : La présence de Che Guevara au Congo Kinshasa avait entraîné une conséquence contraire au résultat escompté : les puissances occidentales avaient soutenu sans réserve le pouvoir du gouvernement officiel à Kinshasa et l’avaient aidé à écraser toutes les rébellions à l’est du pays. Ainsi, la majorité des troupes rebelles s’étaient réfugiés en Tanzanie et dans les pays de l’Afrique australe où se poursuivaient encore les guerres d’indépendance. Pour toutes ces raisons, les inquiétudes du Rwanda concernaient aussi la sécurité à la frontière tanzanienne. Certes, le danger venant du Burundi était toujours prévisible mais, la pression exercée par l’Occident sur ce pays avait dissuadé les Tutsi au pouvoir à Bujumbura malgré leur sympathie envers la monarchie rwandaise en exil. Le « Socialisme africain » de J. Nyerere constituait ainsi une alternative aux idées révolutionnaires radicales de Che Guevara. Nous sommes en droit de souligner que tous ces guérilleros africains se reconnaissaient plus dans la doctrine du Mwalimu, un « africain » comme eux, et moins dans celle du « Che » qui était perçu comme un « Européen » de par ses origines latino-américaines. D’après différents témoignages que j’ai obtenus auprès de certains Rwandais qui ont connu le régime de G. Kayibanda, celui-ci se serait rapproché du Mwalimu J. Nyerere dans l’intérêt d’isoler définitivement les combattants de l’UNAR qui s’étaient installés en Tanzanie après les différentes défaites aux côtés des rebelles congolais dans la région du Kuvu. Or, suite à son idéologie « communiste-socialiste » et son aide aux mouvements indépendantistes, à cette époque, la Tanzanie vivait dans l’isolement politique et économique - comme nous l’avons déjà vu au début de cette deuxième partie de notre recherche. Pour cela, se rapprocher de la Tanzanie - même pour des raisons stratégiques - n’était pas une bonne initiative pour le Rwanda. Cependant, l’effet fut immédiat sur le terrain : dès la fin des années 60, les attaques extérieures contre le Rwanda cessèrent. Néanmoins, le président G. Kayibanda allait sans doute commettre une nouvelle erreur politique sur le plan régional, à savoir son appréciation sur la politique intérieure au Burundi. Nous allons développer ce point dans la partie qui suit. Le coup d’État de 1973 A mesure qu'approche l'échéance des élections présidentielles de 1973, les aigreurs vont opposer les « gens du Nord » aux « gens du Centre et du Sud ». Les premiers, surtout présents dans l'armée, ont le sentiment d'être minorisés au profit d'une mince élite qui est, dit-on, entièrement dominée par des originaires de la préfecture de Gitarama, c'est-à-dire de la région du président. Celui-ci apparaît de plus en plus isolé sur la scène politique et coupé des réalités du pays. En principe, son mandat présidentiel vient à expiration puisqu'il n'est plus rééligible après trois mandats successifs »64. Certes, les travers du régime des Hutu décrits ci-dessus avaient fragilisé le président G. Kayibanda. Cependant, c’est surtout le contexte régional qui aura précipité sa chute comme le souligne J.-C. Willame : « (…) Le contexte régional est propice à une nouvelle explosion ethnique : on rappellera ici qu'un génocide a décapité l'élite politique hutu et a fait plus de 100.00 morts dans le Burundi voisin en 1972, ce qui va renforcer le sentiment sécuritaire anti-tutsi au Rwanda. C'est donc dans un climat de fortes incertitudes politiques, tant intérieures qu'extérieures, qu'une nouvelle « chasse aux Tutsi » (…) se déclenche en mars 1973 »65. Lorsque se produit le massacre des Hutu au Burundi en 1972, plusieurs centaines de milliers de Burundais se réfugièrent au Rwanda et en Tanzanie. Pour G. Kayibanda, c’était une occasion d’intervenir au Burundi - directement ou indirectement en aidant les combattants Hutu - pour régler définitivement le problème d’insécurité aux frontières du Rwanda. En même temps, cette « campagne guerrière » aurait pu servir à redorer le blason du régime des Hutu rongé par des tensions internes et inquiet de son avenir suite au problème des réfugiés tutsi. C’est dans ce contexte d’incertitude quant à la politique interne et externe que les Bakiga, le Général J. Habyarimana et le Colonel A. Kanyarengwe prirent le pouvoir avec la bénédiction de l’Occident ! Tous ces bouleversements démontrent que l’histoire du Rwanda, dès la fin des années 50, a toujours été influencée par le contexte régional, en particulier les enjeux internationaux relatifs à la « guerre froide » que se livraient les grandes puissances de ce monde par l’intermédiaire des leaders politiques locaux. 4. Les années 80 et le contexte régional Sur le plan politique, après la prise du pouvoir par J. Habyarimana en 1973, des massacres furent commis contre d’anciens collaborateurs de G. Kayibanda : arrêtés et emprisonnés sans jugement, plusieurs hauts dirigeants du régime de G. Kayibanda ont été tués sans que leurs familles respectives en soient informées. Ces crimes aggraveront les divisions régionales qui existaient déjà depuis l’indépendance du Rwanda. Sur le plan sécuritaire, le Rwanda fut à nouveau stabilisé dans les campagnes et aux frontières avec les pays voisins. Le nouveau président s’employa à défendre une politique d’« Unité, Paix et Développement » : c’était la devise du parti unique qu’il créa en 1975, le « Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement ». Pour dépasser les divisions « ethniques » qui avaient été ravivées par les attaques de certains Tutsi réfugiés dans les pays limitrophes, J. Habyarimana privilégia la « politique de bon voisinage » avec les pays de la sous-région. Il parvint ainsi à mettre fin aux tensions diplomatiques avec le Burundi. « Guerre froide » oblige ! Très courtisé par l’Occident, certains pays n’hésiteront pas à signer des « Accords de Coopération Militaire » avec le Rwanda. De par ce volontarisme diplomatique, J. Habyarimana se démarquait de la politique étrangère de son prédécesseur G. Kayibanda : celui-ci aurait refusé, au début des années 70, de céder un terrain [à l’est du Rwanda, dans la commune de Rusumo] pour que l’Occident y construise une base militaire afin de surveiller la Tanzanie « communiste » en face ! Et cela lui a coûté très cher ! Cependant, « la politique de bon voisinage » avec les pays limitrophes ne réglait pas le problème des milliers de réfugiés qui étaient éparpillés dans toute la région des Grands-Lacs. De plus, J. Habyarimana ne changea rien en ce qui concerne les rivalités entre différentes régions du pays : désormais, le Nord était autorisé à prendre sa revanche sur le Sud ! Ceci entraîna la mise en place d’une « politique d’équilibre régionale » dont le but était de « favoriser » le Nord afin que cette région puisse rattraper » son retard concernant l’enseignement secondaire et le développement économique. D’où la naissance d’une nouvelle élite de clients » originaires du Nord, au mépris d’autres régions du pays : « Pris dans ses propres contradictions, le régime du président Habyarimana sombra peu à peu dans les mêmes travers que ceux de son prédécesseur : népotisme, régionalisme, corruption (…) »66. A la fin des années 70, le pays était à nouveau divisé : non plus entre Hutu d’un côté et Tutsi de l’autre, mais plutôt entre « gens du Nord » d’une part et le reste du pays d’autre part. Bien entendu, ce sont les « gens du Sud » qui se sentaient le plus lésées car, ils avaient déjà exercé le pouvoir ! Quant à d’autres régions, les deux règnes des Hutu G. Kayibanda et J. Habyarimana ne différaient en rien à l’ancienne domination monarchique des Tutsi ! C’était même devenu pire pour certaines régions du pays, l’est du Rwanda par exemple. Au sommet du pouvoir, les Bakiga eux aussi, ont fini par se déchirer entre eux : au début des années 80, un coup d’État contre le pouvoir de J. Habyarimana fut déjoué ! Les commanditaires présumés furent arrêtés, sauf un : le Colonel A. Kanyarengwe avait réussi à s’enfuir. Mais où ? En Tanzanie… ! Bien entendu ! Un nouveau tournant historique régional : En 1976, il y eut une prise d’otages à Entebbe en Ouganda : un avion avait été détourné sur l’aéroport d’Entebbe avec l’accord du dictateur Idi Amin Dada, président de l’Ouganda à l’époque. Parmi les otages, un grand nombre d’entre eux étaient des Juifs. D’après plusieurs témoignages de certains Rwandais qui étaient réfugiés à Kampala, cet événement aura constitué un tournant historique dans la région : nous ne reviendrons pas sur l’opération militaire spectaculaire de l’État d’Israël qui a permis la libération des otages à Entebbe. En revanche, nous allons nous intéresser aux événements qui ont suivi cet événement. Car, certains témoins qui vivaient à Kampala à cette époque font, à tort ou à raison, un lien de cause à effet entre la prise d’otages à Entebbe en 1976 et la chute du dictateur Idi Amin Dada. C’est en effet en 1978 que l’Ouganda d’Idi Amin Dada déclara la guerre à la Tanzanie de J. Nyerere. Les raisons de cette attaque restent mystérieuses. Cependant, certains Rwandais qui vivaient à Kampala que j’ai pu interroger sont formels : Idi Amin Dada aurait été indirectement influencé » pour attaquer la Tanzanie : selon l’un des témoins, le même dictateur aurait sous-estimé son voisin du sud, estimant que l’Ouganda était la plus grande « puissance militaire » dans la région des Grands-Lacs d’Afrique ! Pour cela, Idi Amin Dada se serait « autorisé » à « aller donner une leçon de modestie aux « communistes » tanzaniens » ! Or, selon les mêmes témoignages qui ne manquent pas d’intérêts pour nous aujourd’hui, le dictateur ougandais ne savait pas qu’il tombait dans un piège ! Ainsi, lorsqu’il a franchi la frontière pour attaquer la Tanzanie, Idi Amin Dada fut non seulement vaincu, mais aussi chassé du pouvoir à Kampala par l’armée tanzanienne étonnamment bien équipée et bien organisée ! Par conséquent, une question subsiste selon les différents témoins de cette guerre qui mit fin au règne d’Idi Amin Dada en Ouganda : comment la Tanzanie a-t-elle pu non seulement vaincre Idi Amin Dada, mais aussi le chasser du pouvoir en si peu de temps ? Ce qui est sûr, c’est que les vainqueurs d’Idi Amin Dada ont imposé leur candidat pour le remplacer au pouvoir, à savoir le « revenant » M. Obote. Celui-ci, ami personnel du président tanzanien J. Nyerere de l’époque, s’était réfugié en Afrique australe après le coup d’État organisé par Idi Amin Dada en 1971. Pour cela, avec l’appui de la Tanzanie, M. Obote sera réélu président en 1980. Néanmoins, la reprise du pouvoir par M. Obote ne mettait pas fin au système dictatorial des militaires fidèles à Idi Amin Dada. Celui-ci, même en exil, continuait à influencer les cadres de l’armée qui lui restait fidèle en Ouganda. Pour cela, l’armée tanzanienne fut obligée de s’installer dans plusieurs sites du sud du pays pour empêcher aux fidèles d’Idi Amin Dada de s’emparer du pouvoir à nouveau. Mais, toutes ces opérations avaient un coût que la Tanzanie ne pouvait pas supporter longtemps. Surtout que, avant la guerre contre Idi Amin Dada, le pays endurait un isolement politique et économique sur le plan international comme nous l’avons déjà développé. 5. La crainte de M. Obote et l’erreur de J. Habyarimana Dans les régions du sud de l’Ouganda occupées par l’armée tanzanienne, au début des années 80, vivait une forte communauté de réfugiés rwandais. Pour éviter que des Rwandais puissent profiter des fragilités politiques du moment pour s’ingérer dans les affaires ougandaises, M. Obote renvoya chez eux, au Rwanda, des milliers de réfugiés rwandais installés dans le sud de l’Ouganda depuis les années 60. Les réfugiés rwandais, chassés de l’Ouganda par M. Obote, débarquèrent dans la région de l’est du Rwanda. Par la suite, au moyen d’un jeu secret dont personne n’a réussi à m’expliquer la nature, au lieu de les accueillir et de les intégrer dans la société rwandaise, J. Habyarimana renvoya à son tour ces mêmes réfugiés rwandais en Ouganda : mais, cette fois-ci, dans la région contrôlée par la guérilla de Y. Museveni au début des années 80 ! Sans le savoir, J. Habyarimana créait lui-même indirectement le Front Patriotique Rwandais qui envahira le Rwanda en 1990 ! En effet, afin de contourner les difficultés internes liées à la popularité dont jouissait Idi Amin Dada - malgré qu’il soit en exil à cette époque -, une « légion étrangère » de service fut créée en Ouganda : s’appuyant sur une rébellion naissante, la Tanzanie favorisa le recrutement et l’intégration de jeunes réfugiés rwandais dans l’« Armée Nationale de Résistance » de Y. Museveni. Celui-ci, après avoir déstabilisé l’Ouganda, le chaos politique obligea l’armée régulière à faire un coup d’État contre M. Obote. Ce dernier prit à nouveau le chemin d’exil. Finalement, en 1986, Y. Museveni et sa rébellion prendront le pouvoir en Ouganda mettant ainsi fin au monopole politique de la junte militaire qui avait renversé M. Obote. Comme nous l’avons vu ci-dessus, c’est « la légion étrangère » de rwandais intégrés dans l’« Armée Nationale de Resistance » au pouvoir en Ouganda qui a lancé de nouvelles attaques « extérieures » contre le régime de J. Habyarimana au Rwanda en 1990. Mais, le pays était déjà au bord du chaos suite à l’aggravation des inégalités régionales et la remontée en surface des dossiers d’anciens dignitaires de G. Kayibanda qui avaient été emprisonnés et massacrés en secret après le coup d’État de 1973. Sur le plan régional, après la chute d’Idi Amin Dada, la Tanzanie devint le pays modèle pour l’Occident et bénéficia de la primauté en ce qui concerne la gestion des dossiers diplomatiques dans la région ! Nouvelle crise au Burundi et conséquences directes au Rwanda En 1988, des milliers de civiles Hutu furent massacrés par le pouvoir des Tutsi à Ntega et Marangara au nord du Burundi. Suite à ces violences politiques, plusieurs milliers de réfugiés burundais arrivèrent sur le territoire rwandais et en Tanzanie. Ce fut le début d’une nouvelle crise sur la frontière avec le Burundi, comme en 1972. Cette situation constituait en même temps un point de fixation politique intéressant pour le pouvoir de J. Habyarimana qui était de plus en plus contesté. Pour cela, il y eut des remous belliqueux au sein de la communauté des réfugiés burundais au Rwanda. Mais, avant que tout cela ne prenne forme, en octobre 1990, le Front Patriotique Rwandais lança une première attaque contre le Rwanda à partir de l’Ouganda. Après la mort de F. Rwigema, fondateur historique du Front Patriotique Rwandais, il fut remplacé par P. Kagame sur le plan militaire. Puis, la Tanzanie imposa le fugitif A. Kanyarengwe à la tête du même mouvement avec le titre pompeux de « président » ! La « guerre des chefs » pouvait alors commencer car, le décor de 1912 était reconstitué : en effet, à l’instar du « prince » Ndungutse qui avait fait appel à Lukara - chef Hutu des régions du Nord - pour défier le roi Musinga, le « prince » en exil P. Kagame fera appel à son tour à A. Kanyarengwe pour servir de caution politique et militaire dans la guerre contre J. Habyarimana. Enfin, le dernier symbole c’est que les négociations entre le gouvernement rwandais de l’époque et le Front Patriotique Rwandais se déroulaient à Arusha - au nord de la Tanzanie. Après le génocide au Rwanda de 1994, c’est dans cette même ville d’Arusha que sera installé le « Tribunal Pénal International pour le Rwanda » (TPIR) : la ville d’Arusha est ainsi devenue tout un symbole pour les Rwandais ! Le constat historique c’est que, après avoir chassé Idi Amin Dada et M. Obote en Ouganda par les armes, le même modus operandi - au moyen d’une « légion étrangère » de service - sera appliqué pour renverser la dictature de J. Habyarimana au Rwanda puis celle de Mobutu au Zaïre. En définitive, une analyse attentive - et avec un certain recul - permet de constater que la guerre civile au Rwanda des années 90 a été la conséquence de plusieurs facteurs historiques : des facteurs internes liés aux problématiques de partage du pouvoir, mais aussi des facteurs externes liés aux mutations géopolitiques de la région. Premièrement, c’est après l’effondrement du Communisme et la chute du « Mur de Berlin » que la guerre civile a éclaté au Rwanda ; deuxièmement, comme nous l’avons exposé dans la présente recherche, tous les pays voisins du Rwanda furent concernés par la guerre civile d’octobre 1990 jusqu’au génocide de 1994 et ses conséquences ; enfin, tous les observateurs s’interrogent sur la coïncidence de l’attentat du 06 avril 1994 qui a déclenché le génocide au Rwanda et les grands événements historiques dans la sous -région : c’était la période des premières élections démocratiques en Afrique du Sud, autrement dit, la fin de l’Apartheid et de son influence en Afrique australe et dans la région des Grands-Lacs. Ainsi, les Hutu du Rwanda perdaient leur « marché » d’armement et, avec la fin de la Guerre Froide, le monde n’avait plus besoin du Rwanda comme « rempart » contre l’idéologie communiste à la frontière est des champs miniers du Congo ! Chapitre III. LA VIE POLITIQUE DES ANNEES 90 : 1990 – 1994 Dans ce chapitre, notre objet n'est pas de faire une analyse exhaustive de la vie politique au Rwanda dans les années 90. Il s'agit plutôt de formuler, à partir des courants politiques représentatifs de la même période, des hypothèses permettant d’éclairer notre réflexion sur l’influence du contexte régional dans la survenue des violences collectives au Rwanda. Autrement dit, nous essayons de comprendre ce qui a pu se passer en 1994 - dans la continuité des événements historiques que nous avons déjà présentés et commentés - pour que le pays tout entier soit ravagé par des massacres génocidaires. Ainsi, nous nous limiterons à la présentation de deux principaux partis politiques qui ont exercé des responsabilités gouvernementales entre 1990 et 1994, à savoir le MRND [anciennement « Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement »] et le MDR [« Mouvement Démocratique Républicain »]. Nous présenterons aussi brièvement un troisième parti politique, le PSD [« Parti Social Démocrate »], dont les idées politiques étaient très proches de celles du MDR. Pour ceux qui voudraient s'informer de manière détaillée sur la vie politique au Rwanda entre 1990 et 1994, je me permets de recommander à mes futurs lecteurs et futures lectrices l'ouvrage de J. Bertrand : « Rwanda, Le piège de l'histoire »67. 1. Le MRND Ancien « Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement », créé en 1975, le MRND « nouvelle formule » des années 1990 symbolise à lui seul toutes les « ambiguïtés » de différentes idéologies politiques présentes au Rwanda durant la période 1990 - 1994. En effet, jusqu'à ce jour, je n'ai pas encore réussi à comprendre le nouveau sens qui a été donné, dans les années 90, à l'ancien sigle « MRND » ! Bref, là n'est pas l'objet de notre débat. Intéressons-nous à un extrait du discours particulier de J. Habyarimana, discours prononcé à Ruhengeri lors d’un meeting le 15 novembre 1992 : il y résume la politique de son parti MRND en ce qui concerne la guerre civile des années 1990 - 1994 et son point de vue sur les négociations de paix qui étaient en cours : « Les Accords d'Arusha sont un chiffon de papier, ce n'est pas la paix. (…) Ce que nous lui (au ministre Ngulinzira) demandons : il ne doit pas truquer certaines choses et dire qu'en ramenant un chiffon de papier, il ramène la paix »68. Dans la culture rwandaise, un « homme » c’est « celui qui dit ce dont il est capable de répéter en public » ! Pour cela, la signature de l’homme c’est sa parole. A cela s’ajoute la signification et le symbole du lieu où le président J. Habyarimana a prononcé le discours ci-dessus : il a tenu à dire le fond de sa pensée à Ruhengeli, là même où Lukara, l’illustre et mythique « héros du Mulera » avait défié les Allemands et les missionnaires Européens en 1912 ! D’ailleurs, J.-P. Chrétien l’a bien compris : la parole, l’« Indahiro » [serment, parole donnée], c’est la signature des Bakiga lorsqu’il faut s’engager publiquement et pour la communauté ! De ce fait même, nous sommes en droit de penser que le président J. Habyarimana ne croyait pas aux Accords de Paix d’Arusha [en Tanzanie] : il les aurait signés tout simplement pour faire plaisir à tous ceux qui lui faisaient pression au Rwanda comme à l’extérieur du pays. Notons que le président J. Habyarimana n’était pas le seul à être septique en ce qui concerne les négociations d’Arusha entre le gouvernement rwandais et le Front Patriotique Rwandais. En effet, les attaques répétées du Front Patriotique Rwandais - même à l’Est du pays, loin de sa base arrière ougandaise -, la montée du mouvement « Hutu Power » à l’intérieur du Rwanda, sans oublier la situation d’extrême précarité dans laquelle se trouvaient les déplacés de guerre, tout cela rendait improbable l’application des Accords de Paix tant que les armes continuaient à parler aux frontières du pays. Pourquoi cette méfiance de feu J. Habyarimana ? Comme je l’ai déjà indiqué, le discours de J. Habyarimana du 15 novembre 1992 a été prononcé à Ruhengeri : tout un symbole car c’est là-même que Lukara fut pendu - mais après avoir défié les Allemands et le roi Musinga ! Il y a un autre élément qui en rajoute à la symbolique : Lukara n’a pas été capturé par les Allemands, ce sont plutôt les siens qui l’ont « vendu » aux Allemands - en particulier Ndungutse ! Depuis cette trahison de 1912, les Bakiga se méfient toujours de ceux qui prétendent s’entendre avec les « monarchistes » - surtout lorsqu’il y a une éventuelle entremise des « Blancs » ! Voici l’histoire que les Bakiga n’ont pas oubliée concernant la « livraison » de Lukara aux Allemands : « Très habilement, comme s’il était déjà un gouvernant responsable, Ndungutse s’efforça de rassurer les Européens. Il multiplia les protestations d’amitié et les bons procédés à l’égard de la mission de Rwaza et des postes allemands. (…) Ndungutse se tourna vers les représentants directs de l’administration allemande, en l’occurrence vers le poste de Kiburuga. (…) Les négociations menées à ce niveau aboutirent à la livraison de Lukara (…). Selon la version officielle », c’est le poste allemand qui aurait organisé la capture de Lukara et le résident ad interim « Gudowius put ensuite se flatter d’avoir mené de front deux opérations : la préparation de l’attaque contre Ndungutse et la capture de Lukara ». Cependant, selon J.-P. Chrétien, « d’après les témoignages recueillis (…) pour le procès de Lukara (…), il apparaît (…) que c’est Ndungutse qui a pris l’initiative de l’affaire. (…) Dès que Lukara fut arrivé à Ngoma, au début d’avril, Ndungutse envoya Muniga (…) à Kiburuga, avec deux vaches à l’intention de la Résidence. C’était évidemment la plus belle preuve d’amitié venant de la part d’un Munyarwanda ! (…) Après trois jours d’hésitation, Ndungutse, qui avait d’abord demandé à Maruff de venir lui-même chercher Lukara, finit par le livrer (sans doute le 7 avril). Un beau-frère de Lukara, le Muhutu Mporanye, (…) essaya en vain de s’opposer à cette livraison »69. Revenons sur la situation politique en 1990 - 1994 : Jusqu’au terme des négociations pour le partage du pouvoir avec le Front Patriotique Rwandais, J. Habyarimana affichera une attitude ambigüe : le jour même de la signature des Accords à Arusha, J. Habyarimana restera très discret. Et pour cause ! C’est avec A. Kanyarengwe, - son frère « ennemi » devenu « président » du Front Patriotique Rwandais en exil -, que J. Habyarimana allait signer les Accords de paix d’Arusha. Ce jour même, beaucoup de Rwandais à Kigali considéraient cet événement comme une scène de théâtre ! Le président rwandais étant discret, c’est plutôt le feu président M. Ndadaye du Burundi qui prononça un discours avec un accent de « relève » sur le plan régional : il connaissait bien le contexte historique et diplomatique du conflit rwandais car, avec le statut de réfugié politique, il avait grandi, étudié et travaillé au Rwanda. Malheureusement, le président M. Ndadaye sera le premier à être assassiné en octobre 1993. Les violences qui ont suivi sa mort au Burundi auront constitué un signe avant-coureur du génocide de 1994 au Rwanda. En fin de compte, la méfiance du feu président J. Habyarimana, en ce qui concerne les Accords d’Arusha, aura été prémonitoire ! Après la mort du président J. Habyarimana, les nouveaux dirigeants Hutu ont supplié en vain le Front Patriotique Rwandais et la communauté internationale pour appliquer enfin les Accords d’Arusha ! Donc, même le Front Patriotique Rwandais et ses soutiens à l’étranger n’accordaient aucune importance à ces mêmes Accords de Paix ! 2. Le MDR Anciennement appelé « MDR-Parméhutu » - « Mouvement Démocratique Républicain », créé à la fin des années 50 par G. Kayibanda, le parti historique aura été dépositaire des idéaux de la fameuse « révolution de la majorité des Bahutu » de 1959. Nous n'allons pas ressasser ni présenter le contenu du programme de ce parti. Nous nous intéresserons à certaines idées qui ont été présentées par ses nouveaux leaders, dans les années 90, pour rénover la vie politique au Rwanda. En particulier, ce sont les idées de E. Gapyisi qui retiendront notre attention pour les raisons suivantes : il a été le plus créatif en ce qui concerne la rénovation du parti MDR pour l'adapter aux nouveaux enjeux - même s'il aurait pu aller plus loin selon certaines critiques que nous allons commenter ; il était, sans conteste, le plus « modéré » [même si j'utilise ce terme par défaut !], voir même l'un des rares leaders « modérés » au Rwanda dans les années 90 ; d'après les différents témoignages de ceux qui l'ont connu de près, il ne militait pas pour gagner tel ou tel poste de pouvoir - contrairement à la majorité d'autres chefs ou leaders de partis politiques au Rwanda, ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui ; enfin, compte tenu de sa « neutralité » entre partisans de la guerre et conservateurs au pouvoir, les opinions de E. Gapyisi permettent d'apprécier la nature des « ambiguïtés » identitaires auxquelles tous les Rwandais sont confrontés de par la complexité de leur histoire. Selon J. Bertrand, « le courant Forum pour la Paix et Démocratie » créé par E. Gapyisi et d'autres intellectuels fait parti du courant de ceux qui « considèrent [au début des années 90] que Habyarimana a été suffisamment affaibli et que le FPR représente le nouveau danger »70. Selon le même auteur, « cette position va prendre de plus en plus d'ampleur au fur et à mesure des négociations et de la mise à jour des exigences du FPR. (…) Le Forum réunit notamment des intellectuels et tente de transcender les partis. Gapyisi exprime en fait une double méfiance à l'égard d'un pouvoir totalitaire, le MRND et Habyarimana, et d'un pouvoir de conquête par la violence, le FPR, qui ne sont ni l'un ni l'autre favorables à l'éclosion de la paix et de la démocratie. « A bas la dictature, quel que soit le dictateur » constitue son slogan de base. Il tente de proposer une troisième voie indépendante qui n'aurait à être liée ni au MRND ni au FPR »71. Par ailleurs, J. Bertrand souligne que « Gapyisi est un personnage politique charismatique. Le Forum essaie (…) de mordre sur les autres partis. Mais ses références de base restent les idéaux de la Révolution de 1959 qui sont toujours à défendre. Ainsi, on retrouve à une échelle plus réduite toute l'ambiguïté du MDR. En effet, il s'agit alors de savoir quelle critique est faite de la période révolutionnaire, s'il y a distinction entre la légitimité du combat de 1959 et les violences qui l'ont accompagné, entre les aspects positifs et les aspects négatifs de cette période. Lorsque Gapyisi utilise le terme de « démocratie », on est en droit de se demander finalement si le danger d'une conception majoritaire du mot n'est pas sous-jacent, d'autant qu'il reprend le discours légitimant sur « la masse des Hutu »72. Le premier Congrès du parti MDR Malgré l’unité affichée en public, les nouveaux leaders du parti MDR se disputaient le poste de « chef » tant convoité ! « On assiste donc à une montée des tensions et à un creusement des divergences au sein du MDR. La tenue du premier congrès national a été retardée à plusieurs reprises et le combat des chefs est évidemment au centre des débats (…) »73. Lors du premier congrès national du parti MDR, F. Twagiramungu fut élu président. Mais, les problèmes internes n'étaient pas réglés. Sur ce sujet, J. Bertrand note : « Il semble, en fin de compte, qu'avant même l'élection des tractations avaient permis à F. Twagiramungu de se retrouver candidat unique au poste de président du parti »74. D'après des témoignages qui m'ont été communiqués par certaines personnes qui ont participé à ce premier congrès du MDR (été 1992, dans les locaux du Conseil National pour le Développement - CND), la procédure de l'élection du président du parti se serait déroulée comme suit : toute la matinée, les ténors du parti ont présenté à l'assemblée et aux invités le programme du MDR. Dans l'après-midi, il y avait au programme les fameuses élections du Bureau Politique du parti, en particulier le « président ». Dès le début de l'élection, les représentants des différentes préfectures du Rwanda au même poste s'avancèrent, l'un après l'autre, pour se désister ! Or, selon des témoignages concordants, E. Gapyisi était le préféré des militants de base du parti. Ainsi, il était attendu dans la salle, lors du premier congrès, pour être « acclamé » en tant que nouveau président du parti - succédant ainsi à G. Kayibanda le « héros » national pour les Hutu, lui qui avait réussi à chasser la monarchie du pouvoir en 1959 ! Malheureusement pour les militants présents au congrès, E. Gapyisi, lui aussi s'avança - tenant une béquille à la main et déclara : « Ku mpamvu z'ubumwe mw'ishyaka, nahisemo kutiyamamariza kuba perezida w'ishyaka » [« pour des raisons de l'unité du parti, j'ai préféré renoncer à ma candidature au poste de président du parti »]. Il y aurait eu du bruit dans la salle, la majorité des militants étant mécontents de cette décision. En même temps, une poignée de JDR (Jeunes Démocrates Républicains) - le mouvement de jeunes du parti MDR -, scandaient « Rukokoma », surnom de F. Twagiramungu [surnom qui signifie « conférence nationale » dont Monsieur F. Twagiramungu avait été le chantre au début des années 90]. Après s'être retiré quelques instants, F. Twagiramungu s'avança devant la scène et annonça sa candidature « unique » au poste de président du parti ! Enfin, après un moment de délibération, un cacique du parti se présenta sur scène et proclama F. Twagiramungu comme « élu » au poste de président du parti. Immédiatement, F. Twagirangu distribua des T-shirts sur lesquels étaient imprimés son effigie et il prononça son premier discours de « chef » du parti ! Certaines délégations auraient quitté la salle, d'autres se réunirent en petits groupes, sans prêter attention au discours du nouveau président du parti. Même aujourd'hui, certains Rwandais soupçonnent - à tord ou à raison - le Front Patriotique Rwandais d'avoir manipulé à distance ces premières élections au sein du parti MDR tant redouté ! D'autres observateurs, au contraire, ont soupçonné J. Habyarimana et son Akazu d'être derrière la même manipulation pour diviser le MDR. Cependant, personne n'avance des preuves matérielles pour étayer l'une ou l'autre des deux hypothèses de manipulation extérieure du parti MDR au début des années 90. Le seul renseignement historique que nous pouvons en tirer c'est que, même après avoir renoncé au poste de président du parti MDR, E. Gapyisi se situait toujours au-dessus de la mêlée et avait un pouvoir charismatique et politique incontestable. Il sera assassiné en rentrant chez lui à Kigali, en mai 1993. Malgré les manifestations d'apparences, le parti MDR ne s'est jamais remis des mêmes divisions internes constatées lors de son premier congrès national en 1992. 3. Le PSD Après l’assassinat de E. Gapyisi, tous ceux qui revendiquaient la « neutralité » entre le parti politique MRND du président J. Habyarimana et le Front Patriotique Rwandais se sont retournés vers F. Gatabazi. Celui-ci était président fondateur du parti politique PSD - « Parti Social Démocrate - dont les idées et le programme étaient très proches de ceux du MDR. D’ailleurs, F. Gatabazi aurait fait partie des initiateurs du « renouveau » du MDR ; mais, suite à la « guerre des chefs » qui sévissait dans ce mouvement politique, il aurait décidé de créer son propre parti indépendant.
F. Gatabazi n’était pas un inconnu dans la vie politique au Rwanda : au début des années 80, il avait été ministre des affaires sociales et avait géré la crise des réfugiés rwandais expulsés de l’Ouganda à l’époque ! Et parmi ces anciens réfugiés, certains étaient devenus membres - voire même chefs pour quelques uns - du Front Patriotique Rwandais. Malheureusement, comme E. Gapyisi avant lui, F. Gatabazi, leader du PSD, sera assassiné le 21 février 1994 en rentrant chez lui. En conclusion, le résumé de J. Bertrand sur la situation politique au Rwanda dans les années qui ont précédé le génocide de 1994 est riche de sens : « Les deux années 1993 et 1994 sont marquées par l'évolution concomitante de deux facteurs : d'une part, la radicalisation ethnique des positions, d'autre part la bipolarisation de la vie politique autour de deux belligérants. Cette évolution marque en fait l'opposition politique de ceux qui ne veulent pas voir le régime s'effondrer à ceux qui ne veulent rien d'autre que le renverser. Mais les manipulations des différents groupes politiques, qui cherchent à obtenir l'appui des masses, vont entraîner la détermination des positions en fonction de ces objectifs selon une ligne de partage unique, celle de l'ethnisme »75. Chapitre IV. CONTROVERSE SUR L’ATTENTAT DU 06 AVRIL 1994 Nous abordons maintenant un sujet qui suscite, voire même qui déchaîne les passions depuis le 06 avril 1994. En même temps, beaucoup d’observateurs considèrent l’attentat qui a coûté la vie au feu président J. Habyarimana du Rwanda, au feu président C. Ntaryamira du Burundi et à certains hauts dignitaires du régime rwandais de l’époque comme étant « l’élément déclencheur » du génocide au Rwanda en 1994. 1. L’attentant du 06 avril 1994 Dans mes dernières publications déjà citées76, j’ai présenté l’extrait d’un entretien qui m’avait été accordé par un « partisan » de l’ancien régime de J. Habyarimana concernant l’attentat du 06 avril 1994 dans lequel ce dernier est mort. Voici à présent, le point de vue d’un partisan de « première heure » du Front Patriotique Rwandais sur le même attentat qui est considéré par beaucoup d’observateurs comme étant « l’élément déclencheur » du génocide au Rwanda en 1994. Mon interlocuteur me parlait depuis plus d’une demi-heure de son histoire personnelle. Au bout d’un moment, il bondit sur l’actualité pour essayer, me semble-t-il, de tester la « neutralité » scientifique de mes recherches sur les événements historiques à l’origine du génocide au Rwanda. Au moment de notre rencontre, une enquête judiciaire était à la « Une » en France au sujet de l’attentat du 06 avril 1994 à Kigali. Voici l’extrait de l’échange que j’ai eu avec mon interlocuteur : - Mon interlocuteur : Que pensez-vous de l’actualité sur cet attentat ? L’échange que je viens de présenter ci-dessus résumerait l’essentiel de la controverse sur l’attentat du 06 avril 1994 qui a coûté la vie au feu président J. Habyarimana et à ceux qui étaient avec lui dans l’avion. Jusqu’à ce jour, les questions que j’ai posées à mon interlocuteur dans l’échange précédent demeurent. Comme le débat se poursuit dans les média et sur le plan judiciaire, je laisse à mes futurs lecteurs et lectrices le soin de se faire une opinion objective en tenant compte des éléments de preuves présentés par chaque partie : le camp des Hutu qui étaient au pouvoir en 1994, le camp du Front Patriotique Rwandais et le camp des pays occidentaux qui étaient impliqués dans le conflit rwandais à l’époque des faits. Pour cela, dans l’attente des conclusions de la Justice et compte tenu des seuls éléments à notre disposition aujourd’hui à travers les média, mon point de vue personnel est que les Hutu « extrémistes » proches du feu président J. Habyarimana et les Tutsi « extrémistes » proches du président rwandais actuel P. Kagame ne disposaient ni des moyens logistiques ni des moyens diplomatiques de dissuasion pour se permettre d’assassiner deux présidents dans un même attentat ! De plus, la seule présence des militaires français dans le même avion qui fut abattu le 06 avril 1994 à Kigali constituait un élément dissuasif et un obstacle quasi-infranchissable pour les Hutu comme pour les Tutsi. Certes, les deux camps - celui des Hutu et celui des Tutsi - auraient pu se préparer à une éventuelle fin tragique de la situation politique au Rwanda à l’époque. Cependant, même le Rwandais lambda et les étrangers qui vivaient au Rwanda craignaient la survenue d’une possible « fin de règne » sanglante : depuis la fin du 19ème siècle, le même phénomène de violences collectives se reproduit dans les mêmes circonstances ! 2. Le temps du génocide : les « petits exécutants » Depuis l’époque des faits en 1994 à ce jour, une autre question s’est ajoutée à celle des auteurs de l’attentat contre l’avion présidentiel : c’est la question de savoir si le génocide a été planifié à l’avance. C’est le Tribunal Pénal International pour le Rwanda qui a été chargé de poursuivre et de juger tous ceux qui sont accusés d’avoir planifié et/ou participé au génocide de 1994 au Rwanda. Personnellement, je n’ai pas d’informations sur les travaux de ce Tribunal. Néanmoins, étant donné que « le Rwanda, ce sont nos affaires à nous » - avant d’être une affaire des étrangers -, j’ai le droit de m’interroger sur ce qui s’est passé pendant le génocide de 1994 au Rwanda dont certains membres de ma famille ont été victimes. La thèse de la planification du génocide au Rwanda revient régulièrement dans tous les échanges avec les Rwandais eux-mêmes, mais aussi avec tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du Rwanda. Plus particulièrement, dans le cadre d’entretiens cliniques, je rencontre des personnes qui ont enduré la souffrance de ce drame au Rwanda même, ou bien, ceux qui l’ont vécu indirectement et qui ont perdu des proches ou des amis. Mis à part le cas des hauts dirigeants dont l’établissement de différentes responsabilités est avant tout l’affaire du Tribunal Pénal International pour le Rwanda, nous nous interrogeons tous sur la nature des motivations qui étaient celles des « petits exécutants », sur les raisons qui ont amené les paysans à massacrer leurs proches, leurs voisins, et dans certains cas leurs propres parents ! Il est très facile de formuler des hypothèses - voire même d’affirmer que tous ceux qui ont participé au génocide de 1994 au Rwanda auraient été « entraînés », manipulés ou payés pour tuer ! Sans doute, il y aurait eu quelques cas de ce genre. Toutefois, avec un certain recul, nous constatons que certaines questions nous obligent à réfléchir sur la situation afin de prévenir d’autres crises éventuelles à l’avenir. Premièrement, quand-bien-même il y aurait eu « planification » du génocide, comment des centaines de milliers de ceux qui y ont participé auraient-ils pu être « entraînés » sans que leurs voisins - futures victimes - s’en rendent compte ? Je rappelle ici que les Rwandais n’habitent pas en villages « ethniques » comme dans les autres pays de la région. Au Rwanda, le brassage ethnique a fait que rien ne distingue, sur le plan anthropologique et sociologique, les « Hutu » des « Tutsi ». Deuxièmement, au cas où tous les « petits exécutants » auraient été « entraînés » ou « manipulés » à l’avance, comment expliquer le cas des Hutu qui ont caché ou protégé leurs voisins ? Car, si certains Hutu avaient eu l’information concernant la « planification » du génocide, cette information aurait été connue : des milliers d’individus ne peuvent pas conserver un tel secret. Troisièmement, nous constatons que parmi les hauts dignitaires du régime de l’époque, il y avait des Tutsi : ceux-ci avaient une influence réelle sur la vie politique, surtout dans les partis de l’opposition. Or, même ces hauts dignitaires Tutsi du régime ont été surpris par les événements. D’ailleurs, un grand nombre d’entre eux ainsi que leurs familles ont été massacrés. Il serait donc difficile de comprendre comment une « planification » de génocide aurait été communiquée à la masse de « petits exécutants » sans que des dirigeants politiques soient au courant. Quatrièmement, l’Eglise du Rwanda est présente dans tout le pays et elle est très respectée : les évêques, mais aussi les prêtres catholiques - dont beaucoup revendiquent être Tutsi - auraient été informés s’il y avait eu une « planification » de génocide auprès de la population dans les campagnes. Certes, suite au blocage des négociations entre les dirigeants politiques internes et la rébellion, tous les Rwandais redoutaient une fin tragique de la guerre civile comme cela avait été le cas en 1959. Les étrangers aussi qui vivaient au Rwanda s’inquiétaient. Cependant, d’après plusieurs témoignages, personne ne pensait que les tueries allaient s’étendre dans tout le pays ; personne ne s’imaginait que même les paysans allaient être concernés par le conflit des politiciens ! Même les « Interahamwe », la milice du parti du président J. Habyarimana, ne faisaient pas peur à la population avant le génocide : lorsqu’il y avait des manifestations politiques de l’opposition à Kigali - surtout les manifestations du parti historique MDR - les « Intrahamwe » devenaient invisibles ! Pour toutes ces raisons ci-dessus exposées, mon hypothèse est que les « petits exécutants » ont planifié le génocide en le faisant. Autrement dit, tous les « petits exécutants » n’ont pas eu besoin d’être « entraînés » à l’avance pour participer au génocide ! Ce sont plutôt les mécanismes psychiques individuels, réveillés par des représentations collectives de la menace archaïque, qui ont été à l’œuvre dans le passage à l’acte individuel et collectif. Rappelons ici que tous les Rwandais Hutu n’ont pas participé au génocide ! Pour cela, le rôle des « petits chefs » locaux aura été déterminant : dès lors que le pouvoir central s’était écroulé après la mort du président, dès lors que de nouvelles institutions crédibles n’avaient pas encore vu le jour, les Rwandais se sont retournés vers les « chefs » locaux - des responsables administratifs locaux (abayobozi) ou des « chefs » terriens (abakungu) - pour savoir quelle était l’attitude à adopter face au chaos. Dans certaines régions, les « chefs » de clans ont préservé le calme pendant plusieurs semaines. Dans d’autres, les mêmes chefs locaux n’ont pas été à la hauteur - certains ont même encouragé les massacres, d’autres y ont participé. Bref, le génocide ne s’est pas déroulé de la même façon dans tout le pays selon la posture adoptée par les « chefs » locaux. Toutes ces observations nous rapprochent de ce qui s’était passé lors de la rébellion de 1911 - 1912 : Lukara, petit chef des Bahutu du Nord ; Basebya petit chef d’une communauté des Batwa dans la même région ; puis Ndungutse, un prince méconnu en errance ; ces trois « petits chefs » locaux ont réussi à mobiliser les foules contre le roi Musinga ! En 1959, la même histoire s’est répétée « au nez et à la barbe » du roi Kigeli Ndahindurwa ! Ainsi, la même « magie » aurait fonctionné en 1994, dès le moment où l’ennemi désigné c’était des « monarchistes » du Front Patriotique Rwandais !
Cependant, en 1912, les Allemands sont intervenus et ont arrêté les massacres et la rébellion ; en 1959, les Belges se sont interposés et ont rétabli le calme. Malheureusement, en 1994, les forces étrangères onusiennes ont préféré « laisser faire » ! Très récemment, différents exemples ont montré que l’intervention externe de la communauté internationale peut protéger des populations civiles lors des conflits collectifs : en Côte d’Ivoire et en Lybie, les vies humaines ont été protégées grâce à l’intervention des forces extérieures. Au Rwanda aussi, le génocide aurait pu être évité, ou du moins arrêté avant qu’il ne soit trop tard. Contrairement à certaines observations qui sont faites aux Rwandais, je précise que l’intervention de la communauté internationale pour sauver des vies humaines n’est pas une « faveur » qui serait accordée à tel ou tel peuple : il s’agit plutôt d’une « responsabilité » historique. Car, parmi les pays qui possèdent la capacité d’intervenir pour protéger les peuples en danger, certains sont d’anciennes puissances coloniales, d’autres ont contribué à créer et à soutenir des dictatures dans les pays pauvres ! Cela ne devrait pas être oublié lorsque les conflits collectifs éclatent dans tel ou tel pays. Troisième partie REFLEXION DE SYNTHESE Depuis le début de notre recherche, nous avons déjà présenté plusieurs données historiques et socioculturelles sur le Rwanda et sur la région des Grands-Lacs en général. Dans cette troisième partie, nous allons revenir sur le matériel de recherche déjà constitué pour en dégager les grands thèmes de réflexion et d’ouverture. Chapitre I. LE PROBLEME DES PSEUDOS ETHNIES Au début de la présente recherche, nous avons présenté plusieurs récits des premiers explorateurs européens qui ont écrit sur le Rwanda à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle. A partir de différentes observations qui ont été formulées sur la société rwandaise à cette époque, une remarque sur le brassage ethnique mérite d’être soulignée, deux exemples à l’appui : Le Capitaine Grant nous a fait une merveilleuse description des « Watusi », tandis que J. Czekanowski nous a fait part de ses recherches sur les Batwa qui habitaient le nord du Rwanda. Or, mis à part quelques informations très courtes concernant l’activité principale des Bahutu - qui sont des cultivateurs selon certains auteurs qui parlent d’eux -, aucun chercheur ne nous a décrit de manière détaillée le mode de vie des Bahutu et les signes particuliers qui les distingueraient des deux autres groupes sociaux ci-dessus évoqués ! Aujourd’hui, avec le recul historique, la réponse à ce manque d’informations spécifiques au groupe des Bahutu est très simple : à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, les Bahutu regroupaient déjà non seulement les descendants d’une « ethnie » préhistorique des Bahutu, mais aussi tous les métissés issus du brassage ethnique au Rwanda ! Autrement dit, la majorité des Rwandais se retrouvaient dans une « classe » sociale intermédiaire des Bahutu et, aux deux extrêmes, on pouvait distinguer la dynastie monarchique des nobles - les Tutsi -, puis la « classe » des Batwa qui étaient au bas de l’échelle sociale. Sur ce point, le travail scientifique de A. Kagame est d’une clarté jamais égalée comme nous allons le constater. La théorie des races au Rwanda : l’apport de A. Kagame Avant de présenter les différentes hypothèses scientifiques de A. Kagame concernant les « races » au Rwanda, il est important de souligner que dans l’ouvrage original de référence, l’auteur a utilisé certains caractères de la langue Kinyarwanda - « amasaku » ou « accents » - que nous ne pouvons pas reproduire dans la partie qui suit : ces caractères spéciaux concernent en particulier l’intonation de certaines voyelles - caractères qui sont impossibles à retranscrire avec l’alphabet français. La thèse de Doctorat « La compulsion de répétition dans les violences collectives » et la publication de l’ouvrage « Rwanda : crise identitaire et violence collective »77 nous ont permis de présenter certains travaux de recherche de A. Kagame sur la « théorie des races » au Rwanda : cet auteur a mis en évidence, mieux que quiconque avant lui, la complexité de l’identité rwandaise depuis la nuit des temps. Dans la perspective d’une synthèse sur la diversité du matériel historique, anthropologique et sociologique qui a été développé jusqu’ici dans le présent travail de recherche, rappelons les hypothèses majeures de A. Kagame sur la question des « races » au Rwanda : En effet, dans son mémoire de recherche publié en 1954 à Bruxelles78, A. Kagame a étudié la question des « races » au Rwanda à partir des récits de la tradition orale et des travaux des premiers explorateurs Européen. Les conclusions du même auteur sont encore d’actualité malgré de multiples interprétations erronées qui en ont été faites par des idéologues de tout bord. En ce qui concerne l’ordre du premier peuplement du Rwanda, A. Kagame a confirmé les hypothèses de ses prédécesseurs sur le sujet : les Batwa auraient été les premiers à s’installer dans le pays. On distingue parmi eux deux groupes : les Pygmées qui vivent dans la forêt et les Céramistes qui « vivent de l’industrie de la poterie ». Ensuite, les Bahutu se seraient installés au Rwanda ; ils sont majoritairement cultivateurs. Enfin, les Batutsi, éleveurs de bovins, seraient arrivés au Rwanda en dernière position. Toutes ces hypothèses sur l’ordre d’arrivée de différents groupes sociaux au Rwanda avaient déjà été formulées avant les travaux de A. Kagame. La nouveauté de cet auteur, ce sont ses observations sur le brassage ethnique qui a eu lieu, dans le Rwanda précolonial : le même brassage de la population aurait permis, selon A. Kagame, de former un peuple homogène et une culture commune à tous - au-delà des particularités qui auraient existé lors du premier peuplement du pays. Les différentes observations du même auteur sur chaque groupe ethnique préhistorique démontrent le processus par lequel s’est opéré le brassage ethnique au Rwanda. 1. Observations sur les Batwa Selon A. Kagame, « le roi peut anoblir tel Mutwa ou telle famille, de la catégorie des Céramistes. A partir du moment de son anoblissement, l’ex-Mutwa passe dans la catégorie sociale des Batutsi. Il lui est alors interdit de communiquer désormais avec les Batwa dans le boire et le manger. Il ne peut plus manger de n’importe quelle viande indistinctement, comme il le faisait précédemment. Dans les relations sociales, il n’est plus limité, en principe, que par ses possessions bovines, ses commandements et son comportement général, éléments pouvant déterminer les cercles de la société où il peut avoir accès »79. 2. Observations sur les Bahutu « La race des Bahutu se rattache, en principe, au groupe ethnique dénommé Bantu. Les Bantu rwandais présentent cependant une variété de types qui ne répondent pas uniformément aux définitions générales en cours parmi les ethnologues. (…) Certains Bahutu descendent de Hamites appauvris et déchus de leur rang social. D’autres, - aspect différent du même cas, - ont pour ancêtres des Bahutu enrichis à une époque donnée, et qui purent épouser des femmes hamites. Puis, il y a fatalement le cas des relations extra-matrimoniales entre les deux races. Toutes ces considérations peuvent aisément expliquer cette gamme de sang mêlé, s’étageant entre le type hamite et le type bantu pur »80. L’auteur donne une explication qui est tout aussi naturelle : « on ne peut pas minimiser non plus les facteurs d’ordre écologique et les conséquences des comportements divers qui en découlent. Le climat du Rwanda n’est pas homogène. Cette différence climatique conditionne celle de l’habillement, du travail, de l’alimentation et de l’idéal social. Telle famille dont la vie se déroule, depuis quelques dizaines de générations, en régions chaudes (où prédominent dans certains milieux le régime lacté), ne manquerait pas de se différencier de telle autre famille qui, dans le même laps de temps, se serait confinée en régions montagneuses et froides, où l’élevage du gros bétail est très limité, s’il n’y est pas entièrement inexistant »81. 3. Observation sur les Batutsi « Prenons nos Batutsi dans les circonstances concrètes où nous les voyons vivre. Ils étaient initialement pasteurs et nomades. Ils quittèrent, à une époque donnée, la zone qu’ils occupaient en Afrique nord-orientale. C’est-à-dire qu’ils changèrent très probablement d’altitude, et très certainement de latitude. Ce seul fait de changer d’hémisphère obligeait nos émigrés à s’acclimater, à s’adapter aux conditions nouvelles de saisons inconnues jusque là. Ils ont changé leur économie purement pastorale en une autre mi-pastorale et mi-agricole. Ils ont abandonné la vie nomade pour adopter la vie sédentaire. Voilà une série de faits qu’on ne peut ignorer ni négliger, sans s’exposer à émettre des opinions erronées sur l’origine de nos Hamites rwandais »82. D’après A. Kagame, les Batutsi « ne se sont pas installés dans une aire inhabitée : ils y ont trouvé des populations antérieurement établies, ayant leur langue, leurs coutumes et leurs conceptions de tout ordre. Nos Batutsi se sont indigénisés ; ils se sont intégrés dans la société autochtone. Mais, en s’indigénisant, ils ont aussi influencé la culture des autochtones. Les idées des nouveaux venus, sur le monde visible et invisible, leurs organisations familiales, politiques et autres, ont modifié fatalement les éléments correspondants des Bahutu établis dans nos régions. D’où l’inter-influence des deux groupes a créé une culture mixte, ou mieux nouvelle, qui n’est ni bantu pure, ni hamite pure, mais bantu- hamitisée ; en d’autres mots, la culture du Rwanda précolonial »83. 4. Signification étymologique Après avoir étudié plusieurs sources linguistiques qui auraient donné naissance au terme « Mututsi », A. Kagame s’arrête sur le verbe « gutuka » qui aurait trois sens selon le même auteur : la forme dérivée du même verbe - « gutukura » signifie « être privé de tout ». Or, le même verbe à « la forme primaire » gutuka signifie le contraire : « être dans l’abondance ». Ensuite, selon A. Kagame, le verbe « gutuka » aurait une deuxième signification, à savoir « faire des présents au supérieur ». Enfin, « en dialecte du Gisaka [à l’est du Rwanda] selon A. Kagame, le verbe « gutuka » signifie : « arriver d’ailleurs ». Et « en la langue du Buganda » [Ouganda], le même verbe signifie : « arriver de l’étranger ». Les conclusions de A. Kagame : « gutuka » = « être dans l’abondance » La conclusion de A. Kagame c’est que le « terme Mututsi signifie un immigré. Il peut signifier également : un riche, ou un suzerain ». Quant au mot « Muhutu », selon le même auteur, il faut aller chercher sa signification dans d’autres langues bantu. D’après les recherches de A. Kagame, c’est le mot « Mputu » de la langue Kikongo qui aurait donné naissance au mot « Muhutu » de la langue Kinyarwanda : Le mot « Mputu », selon A. Kagame, signifie « manant, roturier » en Kikongo. Ainsi, une transformation phonétique aurait eu lieu pour arriver au mot « Muhutu » en Kinyarwanda. L’auteur démontre, à partir d’autres exemples de mots des langues bantu, la manière dont la langue Kinyarwanda « adopte le h, à la place du p » (…). 5. Métissage inter-ethnique Dans la suite de ses recherches sur les « races » au Rwanda, A. Kagame s’est intéressé à la question des clans qui composent chacun des groupes sociaux ci-dessus décrits. L’une des découvertes de l’auteur renforce l’hypothèse de l’existence d’un processus de brassage ethnique ayant abouti à la formation d’un seul peuple homogène de « sang mêlé ». En effet, mis à part les lignages ou clans de la dynastie royale, dans les autres clans, on retrouve à la fois des familles dont l’ancêtre serait Hutu et/ou Tutsi indépendamment des théories préhistoriques sur les pseudos différences ethniques au Rwanda. C’est l’exemple du clan des Bagesera [Abagesera] : « Le clan des Bagesera déborde (…) les frontières du Rwanda : ses représentants sont répandus dans les contrées limitrophes. Il semble que ce soit ici le clan le plus anciennement établi dans le Rwanda, si on se réfère à la fonction qui lui revient d’être le Muse [umuse] universel, légitimant l’occupation du sol pour tous les clans, sauf celui des Basindi. Lorsqu’on voulait construire son habitation, on ne pouvait pas fixer les pisés et commencer les travaux, avant qu’une bergeronnette (totem des Bagesera) ne vînt se poser sur l’emplacement déblayé, en vue d’y prendre des insectes. (…) Lorsqu’il ne s’en présentait pas, on allait à la recherche d’un membre du clan des Bagesera, qui venait fixer des pisés symboliques, autorisant l’occupant à bâtir son habitation. En dehors des cas cités des Basindi et Bazigaba, aucun autre clan ne peut s’arroger ce privilège de Muse installateur d’habitations ». Par ailleurs, selon A. Kagame, le clan des Bagesera « a donné une dynastie, celle des Bazirankende, qui régnait sur le Gisaka [à l’est du Rwanda]. Certains auteurs, se basant sur le fait que la majorité des Bagesera est formée de Bahutu (de race Bantu) dans le Rwanda, ont hâtivement conclu que les Bazirankende étaient également d’origine Bantu, et qu’on ne saurait les appeler Hamites. Ils ne seraient que des Bantu hamitisés. Pareille position n’est possible que chez des auteurs peu au courant des clans rwandais dont ils traitent. (…) Ce clan, tout comme celui de l’actuelle dynastie, abrite aussi bien Hamites et Bahutu que Batwa. Dès lors, la majorité des Bagesera Bantu purs au sein du Clan, n’est aucunement une preuve établissant que tous ses membres soient des Bahutu »84. Chapitre V. LA THESE DU « COMPLOT » PERPETUEL L’observation suivante de D. Franche mérite notre attention : « En 1990, le Front Patriotique Rwandais (FPR), essentiellement composé de Tutsi - même s’il a mis en avant quelques personnalités hutu -, attaqua le Rwanda, dont le régime corrompu semblait près du naufrage (…). Puisque les Tutsi demeurés au Rwanda avaient l’identité tutsi, ils appartenaient à la même race ou ethnie que les attaquants du Front Patriotique Rwandais. Il était aisé de dire qu’ils étaient plus dangereux encore, car, vivant à l’intérieur du pays, ils ne pouvaient qu’être la cinquième colonne du FPR. L’ennemi extérieur et l’ennemi intérieur ne faisaient qu’un. Et les Tutsi restés au Rwanda étaient mêlés au reste de la population. Dispersés dans tout le pays, ils étaient les voisins de chacun. Tous avaient en commun d’être des « Hamites ». De plus, au Sud, le Burundi restait contrôlé par ces mêmes Hamites. On disait aussi que l’Ouganda était aux mains des Hamites, et que l’ancien président tanzanien Julius Nyerere en était un. Comme les Juifs, les Hamites étaient partout, c’était un complot international, hamite ou « hima », visant à exterminer les Hutu »85. Dans mes précédentes recherches sur le Rwanda déjà citées, j’ai largement discuté le problème des « races » ou « ethnies » au Rwanda. Puis, j’ai aussi commenté le problème des « boucs émissaires » dans les violences collectives en général, et au Rwanda en particulier. Pour cela, je souscrits aux observations de D. Franche ci-dessus exposées. Cependant, tout en reconnaissant le caractère « paranoïaque » de la manipulation ethnique du conflit politique au Rwanda, les faits historiques nous démontrent que les Hutu n’ont pas tout inventé et ne sont pas les seuls à avoir dénoncé certaines réalités qui inspireraient la peur et la méfiance dès lors que les descendants de la monarchie rwandaise revendiquaient le pouvoir par les armes86 : Les premiers explorateurs Européens, dont nous avons présenté quelques extraits de témoignages au début de la présente recherche, ont régulièrement souligné le caractère « despotique » et « sanguinaire » des monarques rwandais de l’époque ; J.-P. Chrétien, dont personne ne soupçonnera être l’« ennemi » des Tutsi, nous a présenté le même comportement despotique de Yuhi Musinga à l’époque de la « révolte de Ndungutse » au début du 20ème siècle. Aussi, le même auteur, dans l’article qui a fait l’objet de notre étude, a régulièrement parlé des « corvées » (ubuhake) et a justifié la rébellion des Bakiga comme étant une quête d’« indépendance » dont ils jouissaient avant la conquête de leur région par la dynastie monarchique rwandaise ; P. Dresse, dans son texte qui date de 1940, nous présente à son tour quelques exemples de cas de cruauté de la part du monarque rwandais et/ou de sa Cour, cruauté dont les Hutu et les Twa étaient les premières victimes - mais aussi certains Tutsi : P. Dresse nous a présenté le cas de Kayjuga qui fut crevé les yeux dès lors qu’il était soupçonné d’avoir montré la reine-mère aux Blancs ; Par ailleurs, comme nous l’avons démontré à travers des faits historiques, la région des Grands-Lacs d’Afrique aura été le terrain d’affrontement entre partisans du « capitalisme » et adeptes du « communisme » : les premiers étant essentiellement des conservateurs héritiers du colonialisme, les seconds étant en majorité des « révolutionnaires » indépendantistes ; Aussi, la délimitation des frontières actuelles du Rwanda par les puissances coloniales au début du 20ème siècle, frontières qui ont amputé le pays de sa partie nord et nord-ouest tout en créant des problèmes insolubles sur le plan régional, ce n’est pas l’invention ni la faute des Hutu ! Enfin, l’exode massif des Rwandais en 1931, suite à la destitution du roi Musinga et son exil forcé à l’Est du Congo, ce n’est pas non plus la faute des Hutu. Tous ces événements ont créé des tensions politiques et sociales non seulement au Rwanda, mais aussi dans toute la région. Pour toutes ces raisons, l’interprétation paranoïaque des événements par les Hutu est certes manipulée - l’histoire a été ramenée au seul problème de pseudo différence ethnique ; mais, à l’origine, il existe des faits historiques indéniables. Mon point de vue est que les Hutu ont été tout simplement incapables d’analyser les enjeux historiques, socio- économiques et géopolitiques afin d’anticiper les conséquences de leur système de gouvernance. Surpris par la tournure des choses, ils ont fait recours au « mythe », aux représentations archaïques relatives à la monarchie tutsi tant redoutée pour mobiliser les foules ! Quatrième partie APPROCHE CLINIQUE : EXIL ET IDENTITE Dans son ouvrage que j’ai déjà cité « le Ruanda d’aujourd’hui », P. Dresse nous parle d’une visite qu’il a rendue au roi Musinga en exil. L’auto- présentation de ce dernier par écrit et les commentaires de P. Dresse sur cette présentation nous intéressent sur plan clinique : Lors de cette visite, P. Dresse avait apporté une photographie du roi Musinga. Et à la fin de la visite, le premier adressa la photographie au roi déchu et exilé pour un autographe. « La grande opération commence alors : posant le portrait sur le capot de la voiture, plié en deux et la tête de biais, le pauvre homme trace laborieusement des caractères qui se termineront, hélas ! Par un pâté. Quand il livre enfin le chef-d’œuvre, je ne distingue, à première vue, qu’un « Musinga » tremblé ; mais il y a d’abord un autre mot et la victime, voyant que je ne le déchiffre point, profère le nom du Yuhi. (…) J’ai gardé dans l’oreille ce nom de Yuhi auquel il attachait tant d’importance. J’ignore s’il l’a écrit dans l’intention de maintenir son droit royal, mais, dans l’insistance qu’il mit à me l’apprendre, j’ai cru percevoir un secret désir de se justifier. Il voulait dire peut-être : « Pour me juger, pour juger mon règne piteux, ma politique incertaine et louche, tenez compte de ce que j’étais un Yuhi ; considérez que ce nom fut imposé à l’enfant de Kanjogera par les grands auxquels je devais le trône et qui cherchaient par là à augmenter leur indépendance. Comprenez qu’un Yuhi n’est pas un mwami complet »87. Le commentaire ci-dessus de P. Dresse exprime très clairement la souffrance que devait endurer le roi Musinga en exil. Avant de nous intéresser à la condition d’exil elle-même et les séquelles psychologiques qui l’accompagnent, rappelons que Musinga n’a pas quitté son pays de son propre gré : il a plutôt été exilé de force par l’administration coloniale belge. Sa souffrance est donc due à un « exil de contrainte ». D’où l’origine d’une souffrance liée non seulement à la précarité matérielle et affective de l’exil, mais aussi aux souvenirs des humiliations subies au pays d’origine. Quant aux individus qui s’exilent pour des raisons volontaires (le travail, les études, etc.), leur souffrance peut concerner essentiellement la précarité matérielle et/ou affective. Pour cela, la manière dont le roi déchu Musinga exprime sa souffrance en exil nous interpelle. Par ailleurs, bien avant le cas de Musinga, d’autres Rwandais avaient souffert de la répression coloniale : le statut d’exilé-errant de Lukara pourrait nous éclairer davantage sur la souffrance des personnes en situation d’exil et ayant subi des humiliations au pays natal ; exilés qui continuent de se « battre » - comme Lukara - contre le destin en quelque sorte ! Chapitre I. EXIL ET IDENTITE Les différentes situations de violences collectives au Rwanda, mais aussi dans d’autres pays, fragilisent la santé mentale des individus soit au pays natal, soit au pays d’accueil pour ceux qui s’exilent. Dans les chapitres qui suivent, certains cas cliniques d’hier et d’aujourd’hui nous serviront d’étayage dans notre réflexion. 1. Transmission de la mémoire traumatique « Lukara, petit chef muhutu du Mulera prit figure de symbole. Ce personnage de haute taille, au tempérament vif et au caractère fier, possédait plus de 1.500 vaches et exerçait une influence énorme à l'ouest des lacs. Sa famille avait cruellement souffert des intrusions étrangères : son grand-père Segitonde avait été supplicié sous Rwabugili (les pieds coupés, il avait été placé sur une fourmilière), son père Bishingwe avait été abattu par un soldat de l'État du Congo à la fin du XIXe siècle. Jusque vers 1906 il avait fréquenté la Cour de Musinga, mais, d'esprit indépendant, il ne se sentait à l'aise que chez lui, dans « son Nyanza » comme il disait, comparant ainsi son enclos à celui de Musinga ! Au Mulera on jurait par lui, comme s'il était le roi. Il se refusa à rendre visite à la mission de Rwaza durant un an et ensuite il ne cessa de lui causer des ennuis. Une vendetta locale compliquée d'un conflit avec Musinga provoqua le meurtre du supérieur de la mission, le P. Loupias, le 1er avril 1910. Ensuite Lukara, considéré comme le principal meurtrier, disparut, exploitant en virtuose la diversité des autorités dans cette région de frontières coloniales et bénéficiant des ressources de la nature
: marais, lacs, forêts, grottes des plateaux volcaniques. Il avait des amis et des clients (abagaragu) partout, des parents par alliance (beaux-pères et beaux-frères) aussi bien au Congo et en Ouganda qu'au Rwanda. Bref, le meurtre du P. Loupias et cette disparition mystérieuse ne firent qu'accroître sa renommée : un chef insoumis du Bugoyi aurait souhaité utiliser sa lance considérée comme presque magique, on racontait que les fusils ne donnaient que la fumée contre lui. Très vite en 1912 un de ses clients, un certain Nirinkweya, est au camp de Ndungutse et assure la liaison avec les rebelles »88. Dans mes précédents travaux de recherche, j’ai déjà développé différentes hypothèses sur la violence observable chez les patients exilés ayant subi des violences extrêmes dans leurs pays d’origine. Dans la partie qui suit, faisons un bref rappel de nos hypothèses à partir du cas du roi déchu Musinga et du rebelle Lukara. 2. Exil et mémoire traumatique : deux issues à risques Suite à un exil forcé et après avoir subi des humiliations - personnellement pour le roi Musinga et indirectement pour Lukara dont les parents avaient subi des sévices de torture -, nous observons deux manières de réagir tout à fait opposées : le roi Musinga semble s’être résigné, il semble subir le sort d’une fatalité qui le dépasse ! Quant à Lukara, bien que petit chef - et non un roi -, il a choisi de se battre ! Et il se battra jusqu’au bout. Les deux exemples que nous venons de décrire permettent de formuler certaines observations générales sur la survenue des psychopathologies chez les sujets en situation d’exil : certains exilés endurent en silence non seulement les souffrances liées aux événements vécus au pays d’origine mais aussi celles provoquées par la situation de précarité matérielle et/ou affective au pays d’accueil. C’est le cas du roi déchu Musinga. Toutefois, « souffrir en silence » ne veut pas dire « être en bonne santé » ! Nous observons ainsi différents symptômes psychopathologiques que j’ai déjà désignés comme étant des « pathologies du pas assez de mémoire »89. A l’opposé, d’autres patients ne supportent pas le silence et « passent à l’acte » : c’est le cas de Lukara. J’ai réuni les symptômes de son passage à l’acte multiforme sous la catégorie des « pathologies du trop de mémoire »90. Dans la première catégorie, le « pas assez de mémoire » s’accompagne le plus souvent du rejet presque total des attributs identificatoires de la culture d’origine au profit de la culture du pays d’accueil. Tandis que dans la deuxième catégorie, « l’en-trop » pathogène s’accompagne généralement de la surestimation de la culture d’origine au détriment de la culture du pays d’accueil. Ainsi, dans les deux cas, il y a à la fois le mécanisme psychique de « rejet » et celui de « surinvestissement »91. Notons que le « rejet » des attributs de la culture du pays d’origine ou le « refus » des valeurs de la culture du pays d’accueil ne signifie pas que l’exilé ne s’est pas identifié à ces attributs d’autrefois ou aux valeurs de la culture en terre d’exil. Car, on ne peut « rejeter » que ce qu’on a reconnu et/ou possédé. Pour cela, le « rejet » de tels ou tels attributs identificatoires, c’est aussi une forme d’identification par la négation : ne pas être pour devenir et/ou demeurer quelqu’un d’autre. CONCLUSION Selon G. Devereux, « pour qu’on puisse être conscient de sa continuité et de son invariance dans le temps, on doit être capable de structurer les événements se déroulant dans le temps en une série causale (…). L’ensemble d’une série de cet ordre est une configuration (…) temporelle, unidirectionnelle, irréversible et non-absurde »92. Dans ma thèse de Doctorat « La compulsion de répétition dans les violences collectives » - dont j’ai publié un texte remanié sous le titre « Rwanda : crise identitaire et violence collective », l’ensemble de mes références théoriques et cliniques dépassait le seul cadre d’une thèse de Doctorat. Ainsi, la présente recherche constitue une suite et un complément à mes dernières publications sur le Rwanda. Cela, non seulement à partir de différentes observations cliniques auprès d’exilés ayant subi des violences collectives dans leurs pays d’origine - violences dont les traumatismes peuvent être transmis à la nouvelle génération en situation d’exil -, mais aussi à partir des travaux scientifiques de différents chercheurs sur le Rwanda. Ainsi, au terme de notre réflexion, nos différentes hypothèses de recherche se résumeraient en cinq points fondamentaux : Premièrement, du point de vue historique, le « Rwanda ancien » avait su inventer des mécanismes d’autogestion. Certes, cette « autogestion » était inégalitaire sur le plan social, mais, elle était très efficace pour le maintien de la monarchie et ses institutions. Deuxièmement, c’est l’intrusion du pouvoir colonial qui a déstabilisé les institutions traditionnelles au Rwanda. Par la suite, les changements socioculturels intervenus dès le début du 20ème siècle auront surdéterminé la récurrence des violences collectives à chaque fin de règne. Sur ce point, la « révolte des insoumis » de 1910 - 1912 aura été un signe avant-coureur non seulement du génocide de 1994 au Rwanda mais aussi des différents massacres qui l’ont suivi. Troisièmement, conformément aux différentes hypothèses d’autres chercheurs sur le cas du Rwanda, il appert que l’attentat du 06 avril 1994 - qui a coûté la vie au feu président rwandais J. Habyarimana, à son homologue du Burundi et à des membres de haut-rang de l’entourage du président rwandais - constitue l’élément déclencheur du génocide de 1994 au Rwanda. Quant aux auteurs de cet attentat aux conséquences multiples, même si aucune hypothèse ne doit être écartée, les éléments à notre disposition aujourd’hui permettent de tirer une conclusion provisoire suivante : il semble que les deux camps en conflit ne disposaient ni des moyens logistiques ni des moyens diplomatiques de dissuasion pour s’autoriser à assassiner deux présidents dans un même attentat. Quatrièmement, même si les Rwandais sont les premiers responsables des conflits sociopolitiques de leur pays, ces conflits collectifs récurrents sont néanmoins influencés par le contexte régional : depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours. Enfin, ma thèse de recherche de départ n’a pas changé. En effet, à travers la réflexion théorique et clinique, je démontre à nouveau et confirme ma thèse doctorale centrale sur l’étiologie des violences collectives : il n’y a pas d’interaction entre individu et collectivité sans la dimension historique.
la prise d’otages d’Entebbe en Ouganda
« Parti Social Démocrate »
J’ai répondu : Je n’en sais rien. Toutes les pistes sont à exploiter pour connaître la vérité. Puis, je ne vivais pas au Rwanda à l’époque du génocide ; je n’ai donc pas de point de vue sur le sujet.
- Mon interlocuteur : Mais, c’est une polémique inutile ! On connaît les coupables ; ce sont les extrémistes Hutu. Pourquoi continuer à faire des débats interminables ?
J’ai répondu : C’est possible.
- Mon interlocuteur : Vous dites que « c’est possible » ? Vous doutez ? Pensez-vous que ce serait quelqu’un d’autre le coupable ?
J’ai répondu : Les coupables ? Ce seraient peut-être les Hutu, ou bien quelqu’un d’autre ! Pour moi, tout est possible.
- Mon interlocuteur : Ah !. Oui ! Vous venez de dire que vous n’étiez pas au Rwanda à l’époque du génocide. Je vous assure, Kinani [le feu président J. Habyarimana] avait changé : il avait signé les Accords de Paix et avait accepté de partager le pouvoir avec le FPR et l’opposition. Ce sont donc les extrémistes de son entourage qui l’ont assassiné pour s’emparer du pouvoir et exécuter le génocide. C’est clair. Il n’y a pas de doute pour tous ceux qui vivaient au Rwanda à l’époque des faits.
J’ai répondu : Ah ! Bon ! Si je vous comprends bien, le feu président J. Habyarimana est un martyr ; le Tout-puissant Colonel E. Sagatwa est un martyr car il était avec le président dans le même avion ; le chef d’État Major de l’armée régulière, le Général D. Nsabimana est aussi un martyr car il était dans le même avion ; ainsi que tous les membres d’équipage et tous ceux qui accompagnaient le président. Puis, le premier Ministre, Mme A. Uwiringiyimana et tous les ministres qui ont été assassinés dès le 07 avril 1994, dont Monsieur B. Ngurinzira, ministre des Affaires Étrangères, sont aussi des martyrs de la paix comme le président. Il ne reste qu’à demander au Pape de les canoniser !
- Mon interlocuteur : Ah ! Non ! Le feu président J. Habyarimana et les membres de son entourage qui étaient dans l’avion, ce ne sont pas des martyrs ! Ce sont des planificateurs du génocide ! Quant à Mme A. Uwiringiyimana et les ministres de l’opposition, c’est vrai. Eux ce sont des martyrs de la paix.
J’ai répondu : Mais, c’est vous qui venez de me dire que le président J. Habyarimana aurait été victime du complot des extrémistes Hutu qui n’auraient pas accepté le partage du pouvoir avec l’opposition et le FPR. De mon point de vue, tous ceux qui étaient dans l’avion abattu le 06 avril 1994 ne pouvaient pas être au courant de ce « complot » dont vous me parlez car, à moins d’être suicidaires, je ne comprends pas comment ils auraient pu monter dans le même avion !
J’ai poursuivi mon raisonnement en m’adressant à mon interlocuteur : Vous vous rendez compte de ce que vous m’annoncez ? Au cas où le feu président J. Habyarimana n’aurait pas planifié le génocide ; au cas où tous ceux qui étaient avec lui dans l’avion le 06 avril 1994 n’auraient pas préparé le génocide - selon vos affirmations tous auraient été victimes du complot de certains Hutu extrémistes ; et étant donné que le premier ministre et plusieurs ministres de l’opposition ont été - eux aussi - victimes du génocide dès le 07 avril 1994 ; au cas où tout cela se confirmerait, en quoi le génocide de 1994 engagerait-il la responsabilité du régime des Hutu de l’époque ? Car les principaux responsables de ce régime auraient été, eux aussi, victimes des mêmes criminels génocidaires !
J’ai ajouté : Vous vous rendez compte des conséquences d’une telle hypothèse, si jamais elle était confirmée ?
- Mon interlocuteur m’a regardé, étonné, et a pris la parole : Que faudrait-il dire alors, selon vous ?
J’ai répondu : Je n’en sais rien ! Cherchez encore et essayez de trouver des arguments inattaquables sur le plan logique !
« gutuka » = « arriver de l’étranger »
« natutse » = « je suis arrivé de l’étranger »
« umututsi » = « un arrivé de l’étranger ; en d’autre mots, un immigré » ; ou bien « celui qui est dans l’abondance » ; « riche ».
L’exemple de certains clans préhistoriques
56 WILLAME J.-C., Aux sources de l'hécatombe rwandaise, Paris, L'Harmattan, Les Cahiers du CEDAF, n° 14, 1995, p. 63.
57 Ibid., pp. 65 - 66.
58 Ibid., p. 67.
59 REYNTJENS F., article « Rencontres burundaises : « Inyenzi » du Rwanda et rebelles du Kivu », in Herbert Weiss et Benoît Verhaegen, Les rébellions dans l'Est du Zaïre (1964 - 1967), Les Cahiers du CEDAF, n° 7 - 8, 1986, p. 131, cité in WILLAME J.-C., Aux sources de l'hécatombe rwandaise, op. cit., p. 70.
60 WILLAME J.-C., ux sources de l'hécatombe rwandaise, op. cit., ibid.
61 Ibid., p. 83.
62 Ibid.
63 Ibid., p. 85.
64 Ibid., p. 86.
65 Ibid.
66 DEBRE B., Le retour du Mwami, Paris, Ramsay, 1998.
67 BERTRAND J., Rwanda Le piège de l'histoire, Paris, Karthala, 2000.
68 Ibid., pp. 207 – 208.
69 CHRETIEN J.-P., Article la révolte de Ndungutse (1912) - Forces traditionnelles et pression coloniale au Rwanda allemand, in Revue française d'histoire d'outre-mer, op. cit., pp. 674 - 675.
70 BERTRAND J., Rwanda Le piège de l'histoire, op. cit, ibid..
71 Ibid.
72 Ibid.
73 Ibid., p. 209.
74 Ibid., p. 256.
75 Ibid.
76 SEBUNUMA D., thèse « La compulsion de répétition dans les violences collectives », Université Paris Diderot-Paris7, 2011, publiée par ANRT (Atelier National de Reproduction des Thèses), op. cit. Voir aussi « Rwanda : crise identitaire et violence collective », op. Cit.
77 SEBUNUMA D., thèse « La compulsion de répétition dans les violences collectives », Université Paris Diderot-Paris7, 2011, publiée par ANRT (Atelier National de Reproduction des Thèses), op. cit. Voir aussi « Rwanda : crise identitaire et violence collective », op. Cit.
78 KAGAME A., Les organisations socio-familiales de l’ancien Rwanda, Mémoire in-8° tome XXXVIII, Bruxelles, Institut Royal Colonial Belge, 1954.
79 Ibid., p. 11.
80 Ibid., p. 12.
81 Ibid.
82 Ibid., p. 17.
83 Ibid., p. 18.
84 Ibid., pp. 54 – 55.
85 FRANCHE D., Rwanda Généalogie d’un génocide, Paris, Editions Mille et Une Nuits, 1997, pp. 62 – 63.
86 « Kraepelin définissait la paranoïa comme « le développement insidieux d'un système délirant permanent et solide, s'accompagnant d'une parfaite conservation de la pensée qui reste claire et ordonnée, de même que les actions et la volonté ». (…). L'interprétation délirante a été décrite par Sérieux comme un raisonnement faux à partir d'un fait exact, d'une perception réelle qui prend, par le fait d'associations liées aux tendances et à l'affectivité, une signification personnelle pour le malade, parle jeu d'inductions et de déductions erronées (…). Le thème du délire est presque constamment un thème de persécution, de préjudice, de malveillance : on en veut à ses biens, à sa santé ou à sa vie parce qu'on est jaloux de lui, qu'on a un secret à cacher, une faute à se reprocher » (cf. GUELFI J.-D. (sous la direction de), Psychiatrie, Paris, PUF, 1987, pp. 231 - 232).
87 DRESSE P., Le Ruanda d’aujourd’hui, op. cit., pp. 54 – 55.
88 CHRETIEN J.-P., Article « La révolte de Ndungutse (1912) - Forces traditionnelles et pression coloniale au Rwanda allemand », in Revue française d'histoire d'outre-mer, op. cit., pp. 660 – 661.
89 SEBUNUMA D., thèse « La compulsion de répétition dans les violences collectives », Université Paris Diderot-Paris7, 2011, publiée par ANRT (Atelier National de Reproduction des Thèses), op. cit. Voir aussi « Rwanda : crise identitaire et violence collective », op. Cit.
90 Ibid.
91 Ibid.
92 DEVEREUX G., article « La renonciation à l’identité », in Revue française de psychanalyse, op. cit., p. 113.
Déogratias
SEBUNUMA : Psychologue
clinicien - Auteur
Titulaire du Doctorat de "Recherche
en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".
Le
jugement de l'histoire : effets du néocolonialisme multinational au Rwanda
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génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires
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Psychopathologie
descriptive I : Essais sur les violences collectives
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Communautarisme et autochtonie – Du cas du Rwanda à l'universel
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Rwanda : crimes d'honneur et influences régionales
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Rwanda : crise identitaire et violence collective
Synthèse
La compulsion de répétition dans les violences collectives
Synthèse
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La compulsion de répétition dans les violences collectives Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.
Rwanda : crise identitaire et violence collective Cet ouvrage est désormais édité par les EDITIONS UMUSOZO.