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2ème partie
L'INQUIETANT DE LA MEMOIRE COLLECTIVE
I. Du mythe à l'inquiétant collectif
1. La question de l'ethnie au Rwanda
2. Les mythes fondateurs au Rwanda [p. 73 - 74]
3. La théorie des races au Rwanda selon A. Kagame [p. 76]
Conclusions de A. Kagame :
La première conclusion de l’étude comparative linguistique de A. Kagame c’est que « le terme Mututsi (Batutsi) signifie un immigré. Il peut signifier également : un riche, ou un suzerain. Les trois sens applicables à ce nom se complètent harmonieusement, car il s’agit d’un immigré, propriétaire de troupeaux et conquérant.
La deuxième conclusion du même auteur rapproche les significations étymologiques de « Hutu » et « Tutsi » par rapport aux classes sociales au Rwanda : « grâce à une étude comparative entre quelques langues bantu et la langue du Rwanda, il nous est possible de trouver une signification étymologique, linguistiquement établie jusqu’à un certain point, applicable au terme Muhutu. Cette signification (manant, roturier), fait pendant à celle que nous avons déjà attribuée au terme Mututsi » :
Mututsi = riche ; suzerain ; immigré.
Muhutu = manant (paysan, roturier).
A. Kagame conclut :
« D’où il appert que les deux dénominations expriment une idée de différence sociale, et indirectement celle de race. On s’explique dès lors les dispositions du Droit politique traditionnel, qui considère comme Mututsi toute personne détenant un grand nombre de vaches, sans faire attention au fait qu’il serait de race Muhutu. Du moment qu’il a accédé à la richesse bovine, il est politiquement Mututsi, tout en restant racialement Muhutu. » 52 [p. 79 – 80]
- Systématisation du mythe des origines au Rwanda : La carte d'identité [p. 82 notes 12 et 13]
- Le contre – mythe des années 60 : La révolution des Hutu – Rubanda nyamwinshi (La majorité politique) [p. … ; note 14]
- Le double intérêt de la théorie des races par A. Kagame [p. 84 – 85 notes 15 et 16]
Premièrement, la théorie de A. Kagame sur les ethnies au Rwanda a introduit une rupture radicale avec le mythe des « clans d’origines célestes. » En effet, ce mythe n’avait qu’une seule visée, à savoir la légitimation quasi divine de la domination de la dynastie monarchique sur les autres couches de la société rwandaise. En effet, pour la première fois, un scientifique rwandais osait, au sein même de la dynastie monarchique elle-même, remettre en cause le mythe de Gihanga – le père fondateur de la monarchie qui serait tombé du ciel !
Deuxièmement, A. Kagame a repris les théories des premiers explorateurs et des missionnaires, en ce qui concerne les stéréotypes ethniques au Rwanda, pour introduire une vision nouvelle : loin des clichés de taille, de différences en ce qui concerne la culture ou les aptitudes intellectuelles entre Hutu, Twa et Tutsi, le même chercheur a fait une remise en question des évidences pour démontrer les changements anthropologiques et socioculturels suite aux liens matrimoniaux et aux échanges économiques.
Ainsi, ce rapprochement fait par A. Kagame entre les classes sociales « Hutu » et « Tutsi » est toujours d’actualité. Par ailleurs, le même rapprochement constitue un démenti scientifique contre les critiques tardives de certains chercheurs de nos jours : ces derniers prétendent que c’est l’œuvre de A. Kagame qui aurait introduit les différences ethniques au Rwanda ! Au fait, même si certaines de ses sources sont discutables en ce qui concerne l’histoire du Rwanda, l’auteur a lui-même nuancé ses affirmations et il a été le premier à démontrer, comme nous venons de le voir, que les Hutu et les Tutsi constituent finalement un même peuple. Comme nous le verrons plus loin, c’est la lecture partielle de sa théorie d’une part, puis les commentaires abusifs sur le plan idéologique d’autre part, qui ont radicalisé le discours ethnocentrique au Rwanda.
Notons aussi que les hypothèses de A. Kagame furent confirmées - en ce qui concerne le métissage ethnique et les changements de caractères physiques suite aux échanges matrimoniaux, à l’alimentation et l’environnement - par les travaux du Dr J. Hiernaux en 1956.
En définitive, les critiques actuelles selon lesquelles les travaux de A. Kagame ne seraient pas scientifiquement valides – faute de documents historiques écrits pour les confirmer – viseraient uniquement à réécrire l’histoire du Rwanda selon une nouvelle idéologie ! Car, la tradition orale, quoique imparfaite comme tout autre document « historique », renseigne malgré tout sur des faits historiques ou du moins sur des événements du passé tels que la mémoire collective les a perçus. Et même dans les civilisations où l’écriture existe depuis des siècles, ce n’est pas pour autant que l’histoire de leurs peuples soit totalement fiable ou exempte des « traditions » ! Les difficultés des historiens à reconstituer l’histoire de Jésus-Christ nous offrent un exemple parfait : ce qui compte pour les chrétiens c’est la « mémoire » d’une tradition orale, et cette tradition mobilise les foules depuis des siècles. Ainsi, pour le peuple rwandais aussi, ce qui compte ce n’est pas l’exactitude des faits du passé, mais la transmission des traditions et le sens qu’on leur donne par le biais du récit.
- Le problème de l'ethnocentrisme rwandais au-delà des frontières du pays [p. 87]
4. Mythe et syncrétisme religieux : Le Dieu de l'Evangile et le Roi, la Vierge Marie et Reine-mère, le Peuple des Fidèles et le peuple des serviteurs, les paraboles bibliques et les traditions agro-pastorales au Rwanda.
Un seul « roi », une seule terre et deux idéologies ethnocentriques ! 53
II. La violence identitaire
1. La question du pouvoir : un malentendu depuis l'époque colonial
2. Le dilemme entre tradition et modernité :
- l'école nouvelle [p. 96 – 98]
3. Effondrement des traditions et survenue des violences collectives [p. 102 – 106]
52Ibid., p. 26.
53Référence au « Trito-Isaïe » biblique de l’Ancien Testament (Is 62, 1 – 4) : Un seul Dieu, un seul Peuple, une seule Terre. Mais au Rwanda, Dieu a été remplacé par l’autorité sacrée (le monarque – un roi ou un président), la Terre (le pays) a été morcelée par le pouvoir colonial, et le Peuple est divisé par deux idéologies ethnocentriques !
Déogratias
SEBUNUMA : Psychologue
clinicien - Auteur
Titulaire du Doctorat de "Recherche
en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".
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La compulsion de répétition dans les violences collectives Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.
Rwanda : crise identitaire et violence collective Cet ouvrage est désormais édité par les EDITIONS UMUSOZO.