ÉDITIONS UMUSOZO

RWANDA : LA THÈSE DU « COMPLOT » PERPÉTUEL1


I. LE CONTEXTE HISTORIQUE


L’observation suivante de D. Franche mérite notre attention :


« En 1990, le Front Patriotique Rwandais (FPR), essentiellement composé de Tutsi - même s’il a mis en avant quelques personnalités hutu -, attaqua le Rwanda, dont le régime corrompu semblait près du naufrage (…). Puisque les Tutsi demeurés au Rwanda avaient l’identité tutsi, ils appartenaient à la même race ou ethnie que les attaquants du Front Patriotique Rwandais. Il était aisé de dire qu’ils étaient plus dangereux encore, car, vivant à l’intérieur du pays, ils ne pouvaient qu’être la cinquième colonne du FPR. L’ennemi extérieur et l’ennemi intérieur ne faisaient qu’un. Et les Tutsi restés au Rwanda étaient mêlés au reste de la population. Dispersés dans tout le pays, ils étaient les voisins de chacun. Tous avaient en commun d’être des « Hamites ». De plus, au Sud, le Burundi restait contrôlé par ces mêmes Hamites. On disait aussi que l’Ouganda était aux mains des Hamites, et que l’ancien président tanzanien Julius Nyerere en était un. Comme les Juifs, les Hamites étaient partout, c’était un complot international, hamite ou « hima », visant à exterminer les Hutu »2.


Dans mes précédentes recherches sur le Rwanda3, j’ai largement discuté le problème des « races » ou « ethnies » au Rwanda. Puis, j’ai aussi commenté le problème des « boucs émissaires » dans les violences collectives en général, et au Rwanda en particulier.


Pour cela, je souscrits aux observations de D. Franche ci-dessus exposées.


Cependant, tout en reconnaissant le caractère « paranoïaque » de la manipulation ethnique du conflit politique au Rwanda, les faits historiques nous démontrent que les Hutu n’ont pas tout inventé et ne sont pas les seuls à avoir dénoncé certaines réalités qui inspireraient la peur et la méfiance dès lors que les descendants de la monarchie rwandaise revendiquaient le pouvoir par les armes4 :


Les premiers explorateurs Européens, dont nous avons présenté quelques extraits de témoignages au début de la présente recherche5, ont régulièrement souligné le caractère « despotique » et « sanguinaire » des monarques rwandais de l’époque ;


J.-P. Chrétien, dont personne ne soupçonnera être l’« ennemi » des Tutsi, nous a présenté le même comportement despotique de Yuhi Musinga à l’époque de la « révolte de Ndungutse » au début du 20ème siècle. Aussi, le même auteur, dans l’article qui a fait l’objet de notre étude, a régulièrement parlé des « corvées » (ubuhake) et a justifié la rébellion des Bakiga comme étant une quête d' « indépendance » dont ils jouissaient avant la conquête de leur région par la dynastie monarchique rwandaise6;


P. Dresse, dans son texte qui date de 1940, nous présente à son tour quelques exemples de cas de cruauté de la part du monarque rwandais et/ou de sa Cour, cruauté dont les Hutu et les Twa étaient les premières victimes - mais aussi certains Tutsi : P. Dresse nous a présenté le cas de Kayjuga qui fut crevé les yeux dès lors qu’il était soupçonné d’avoir montré la reine-mère aux Blancs7;


Par ailleurs, comme nous l’avons démontré à travers des faits historiques8, la région des Grands-Lacs d’Afrique aura été le terrain d’affrontement entre partisans du « capitalisme » et adeptes du « communisme » : les premiers étant essentiellement des conservateurs héritiers du colonialisme, les seconds étant en majorité des « révolutionnaires » indépendantistes ;


Aussi, la délimitation des frontières actuelles du Rwanda par les puissances coloniales au début du 20ème siècle, frontières qui ont amputé le pays de sa partie nord et nord-ouest tout en créant des problèmes insolubles sur le plan régional, ce n’est pas l’invention ni la faute des Hutu !


Enfin, l’exode massif des Rwandais en 1931, suite à la destitution du roi Musinga et son exil forcé à l’Est du Congo, ce n’est pas non plus la faute des Hutu. Tous ces événements ont créé des tensions politiques et sociales non seulement au Rwanda, mais aussi dans toute la région.


Pour toutes ces raisons, l’interprétation paranoïaque des événements par les Hutu est certes manipulée - l’histoire a été ramenée au seul problème de pseudo différence ethnique ; mais, à l’origine, il existe des faits historiques indéniables. Mon point de vue est que les Hutu ont été tout simplement incapables d’analyser les enjeux historiques, socio-économiques et géopolitiques afin d’anticiper les conséquences de leur système de gouvernance. Surpris par la tournure des choses, ils ont fait recours au « mythe », aux représentations archaïques relatives à la monarchie tutsi tant redoutée pour mobiliser les foules !


II. RESPONSABILITES HISTORIQUES PARTAGEES


Même si les Rwandais sont les premiers responsables de leurs malheurs, nous ne pouvons pas sous-estimer l’influence multiforme de l’étranger dans les affaires internes du Rwanda. Nous avons présenté, dès le début de notre recherche9, les différentes phases de l’ingérence des étrangers dans la gestion politique du Rwanda. Bien entendu, le Rwanda n’est pas le seul pays au monde à avoir été colonisé ! Cependant, certains points spécifiques à l’histoire du Rwanda méritent d’être présentés et commentés.


1. La gestion politique des années 90


Prenons l’exemple des critiques formulées à l’encontre des responsables politiques au Rwanda et leur « incapacité » à sortir le pays de l’impasse dans les années 90, en particulier des critiques concernant le mouvement « Forum pour la Paix et Démocratie » de E. Gapyisi - dont personne ne peut accuser d’avoir été « extrémiste » ou partisan :


« Le Forum essaie (…) de mordre sur les autres partis. Mais ses références de base restent les idéaux de la Révolution de 1959 qui sont toujours à défendre. Ainsi, on retrouve à une échelle plus réduite toute l'ambiguïté du MDR. En effet, il s'agit alors de savoir quelle critique est faite de la période révolutionnaire, s'il y a distinction entre la légitimité du combat de 1959 et les violences qui l'ont accompagné, entre les aspects positifs et les aspects négatifs de cette période. Lorsque Gapyisi utilise le terme de « démocratie », on est en droit de se demander finalement si le danger d'une conception majoritaire du mot n'est pas sous-jacent, d'autant qu'il reprend le discours légitimant sur « la masse des Hutu »10.


Les critiques comme celles présentées ci-dessus sont régulièrement formulées contre les partis d’opposition au Rwanda dans les années 1990 - 1994, en particulier contre le MDR. Certes, il existe une part de vérité dans ce qui vient d’être exposé. Cependant, ce qu’il conviendrait de souligner c’est que, avec le génocide de 1994 en arrière-plan, certaines critiques extérieures d’aujourd’hui semblent vouloir exiger des Hutu non seulement la perfection mais aussi la sainteté !


A contrario, les mêmes critiques extérieures, lorsqu’elles ne les oublient pas, elles n’hésitent pas à considérer les exigences du Front Patriotique Rwandais (à l’époque du génocide de 1994) comme étant « nobles » et « justifiées » ! Ceci donne aux Hutu, mêmes les fameux « modérés », un sentiment de subir une justice de « deux poids deux mesures » !


2. Un malentendu sémantique


Lorsque les Rwandais utilisent les termes « Hutu » ou « Tutsi », ils désignent des communautés d’appartenance idéologique là où les Européens entendent des « ethnies » au sens anthropologique du terme ! Cela est dû, comme je l’ai développé dans mes travaux déjà cités, à la systématisation du mythe des origines au moyen de la carte d’identité qui a été créée par l’administration coloniale belge.


De ce point de vue, lorsque la communauté internationale juge certains Rwandais à partir de leur discours dans lequel l’utilisation des termes « Hutu » et « Tutsi » serait « ambiguë » et/ou partisane, il faudrait rappeler l’évolution sémantique de ces termes comme nous l’avons exposé à partir des travaux de A. Kagame déjà cités.11


En ce qui concerne la « révolution populaire de 1959 » elle-même, elle s’est certes terminée par une guerre civile. Toutefois, il serait difficile de prouver que les leaders Hutu de cette époque auraient utilisé le terme « Hutu » dans un but de discrimination purement « ethnique ». A partir des travaux de A. Kagame déjà cités, il nous semble qu’en 1959, le mouvement de « la révolution » des Hutu consistait avant tout en une « lutte des classes » : le terme « Hutu » désignait tous ceux qui étaient exclus du système politique et économique du pays, des pauvres ! Tandis que le terme « Tutsi » désignait avant tout la dynastie royale qui avait tous les pouvoirs ainsi que tous les privilégiés du système monarchique de l’époque. Des preuves historiques inattaquables sont là pour démontrer que les leaders Hutu des années 1950 menaient avant tout une « lutte des classes » et non « une guerre ethnique » : certains de ces leaders, sinon la majorité, ont épousé des femmes Tutsi à la même époque. Cela parce que les femmes Tutsi avaient bénéficié d’une instruction scolaire de base. En effet, la masse des Hutu - les hommes mais surtout les femmes - étaient encore exclus du système scolaire de l’administration coloniale. Les enfants et les petits enfants descendants de ces mariages mixtes des années 1950 vivent partout dans le monde - surtout en Europe. Seraient-ils des « Hutu » ou des « Tutsi » ?


Rappelons aussi que le débat politique des années 1990 - 1994 au Rwanda se situe dans une période historique bien particulière : au fait, comment les Hutu auraient-ils pu éviter le piège des idées « révolutionnaires » de 1959 alors qu’ils étaient attaqués de l’extérieur par les descendants de la monarchie en exil ? L’extrait suivant du discours d’un dirigeant du MDR démontre que les Hutu font sans cesse référence à la « révolution » de 1959 par inquiétude quant aux intentions réelles du Front Patriotique Rwandais :


« Notre rapport au FPR est accidentel. (…) Nous disons oui à la démocratie, mais par le peuple. Eux la veulent par les armes. Ils veulent prendre leur revanche, animés par l'esprit de vengeance. Pour eux, il y a des élites et des sous-hommes : c'est le fond de leur idéologie. Quand ils se battent pour le pouvoir, c'est pour revenir à la situation antérieure à 1959. Le FPR a sa place dans la vie du pays, à condition d'accepter le jeu démocratique »12


Il convient de remarquer que les leaders du MDR faisaient très attention pour ne pas tomber dans l’amalgame de certains groupes extrémistes parmi les Hutu, amalgame qui consistait à confondre les « Tutsi » et le Front Patriotique Rwandais.


Par ailleurs, la communauté internationale devrait aussi reconnaître ses responsabilités historiques : qu’a-t-elle fait de concret, pendant le génocide de 1994, pour arrêter les massacres ? Même avant d’en arriver là, étant donné que le Rwanda est un pays pauvre qui dépend de l’aide international, pourquoi n’a-t-on pas utilisé les sanctions économiques - par exemple - pour obliger les Hutu à négocier la paix ? Au lieu d’utiliser les moyens pacifiques, certains pays ont armé et équipé le Front Patriotique Rwandais pour envahir le pays !


3. L’échec de la Mission des Nations-Unies au Rwanda


Enfin, parlons de la MINUAR, la Mission des Nations-Unies au Rwanda, qui était chargée de la protection des populations civiles : il semblerait que les soldats de maintien de la paix de l’ONU auraient quitté le Rwanda « parce qu’on tuait des casques bleus ». Effectivement, ayant moi-même perdu des membres de ma famille pendant le génocide, je comprends parfaitement la grande douleur des familles et le malheur qu’a enduré toute la Belgique. Nous espérons que les deux peuples, rwandais et belge, en sont sortis grandis et réconciliés.


Cependant, rien ne peut justifier l’abandon d’un peuple par une armée multinationale et bien équipée, sous le motif qu’il y a eu des morts dans ses rangs. Rappelons que, malheureusement, ce n’était pas la première fois - ni la dernière - que des soldats de l’ONU étaient tués pendant leur mission de maintien de la paix. Tout récemment, des soldats de l’ONU ont été tués au Darfour - au Soudan : a-t-on retiré toutes les troupes onusiennes de cette région ? Autre lieu, autre drame : en Afghanistan, des soldats des pays étrangers sont régulièrement assassinés alors qu’ils sont allés sur le terrain pour aider le peuple afghan : a-t-on rapatrié tout le monde ?


Pis encore, différents témoignages concordants, de la part des Rwandais mais aussi des étrangers qui vivaient à Kigali en 1994, affirment ceci : des sites de casques bleus au Rwanda (MINUAR) auraient servi de bases-arrières aux troupes du Front Patriotique Rwandais, pendant le génocide, pour attaquer les camps militaires des Hutu. Selon les mêmes témoignages, les sites de la MUNUAR au Conseil National pour le Développement (CND) et au Mont Rebero auraient servi de bases-arrières pour pilonner et/ou bombarder l’aéroport international de Kanombe ainsi que certains camps militaires de l’armée régulière de l’époque : le Camp Kanombe, le Camp Kigali et le Camp Kimihurura (siège de la Garde Présidentielle). Même l’Hôpital de Kigali aurait été détruit en partie par des obus - ceux-ci ayant raté leur cible, à savoir le Camp Kigali qui était situé [en 1994] de l’autre côté d’une rue séparant les deux sites.


Au cas où tout cela serait historiquement avéré - plusieurs témoignages se recoupent en ce qui concerne les faits exposés ci-dessus -, ce serait-il encore « parce qu’on tuait des casques bleus » au Rwanda ? Je rappelle aussi que, malheureusement, d’autres étrangers furent tués au Rwanda à partir du 06 avril 1994. En particuliers, si les informations dont je dispose sont bonnes, des Français sont morts dans le même avion que le président rwandais J. Habyarimana et ceux qui l’accompagnaient. Nous aimerions savoir si la non-intervention de la France au Rwanda - dès le début du génocide de 1994 - est aussi liée à la mort de ses soldats dans l’attentat ci-dessus évoqué. Sur ce point précis, tous les Rwandais que j’ai pu interroger se demandent justement pourquoi la France n’a-t-elle pas réagi immédiatement, étant donné que ses soldats en mission officielle venaient d’être tués dans un attentat.


Quant aux « ambiguïtés » idéologiques de certains leaders Hutu des années 90, elles pourraient s’expliquer essentiellement à partir de la complexité géopolitique du problème rwandais d’une part, puis à partir des problématiques identitaires de la société rwandaise d’autre part. Ces deux facteurs expliqueraient aussi le passage à l’acte criminel chez certains sujets parmi ceux qui ont participé au génocide de 1994 au Rwanda.


1 © SEBUNUMA D., Rwanda : Crimes d'honneur et influences régionales, Éditions Umusozo, Issy-les-Moulineaux, 2012.

2 FRANCHE D., Rwanda Généalogie d’un génocide, Paris, Editions Mille et Une Nuits, 1997, pp. 62 - 63.

3 SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de doctorat soutenue en 2011 à l'Université Paris-Diderot Paris 7, publiée ensuite par L'Atelier National de Reproduction des Thèses, Université Lille3 (2012) ; puis aux Éditions Umusozo, Paris, 2013.

4 « Kraepelin définissait la paranoïa comme « le développement insidieux d'un système délirant permanent et solide, s'accompagnant d'une parfaite conservation de la pensée qui reste claire et ordonnée, de même que les actions et la volonté ». (…). L'interprétation délirante a été décrite par Sérieux comme un raisonnement faux à partir d'un fait exact, d'une perception réelle qui prend, par le fait d'associations liées aux tendances et à l'affectivité, une signification personnelle pour le malade, par le jeu d'inductions et de déductions erronées (…). Le thème du délire est presque constamment un thème de persécution, de préjudice, de malveillance : on en veut à ses biens, à sa santé ou à sa vie parce qu'on est jaloux de lui, qu'on a un secret à cacher, une faute à se reprocher » (cf. GUELFI J.-D. (sous la direction de), Psychiatrie, Paris, PUF, 1987, pp. 231 - 232).

5 SEBUNUMA D., Rwanda : Crimes d'honneur et influences régionales, op. cit.

6 CHRETIEN J.-P., Article « La révolte de Ndungutse (1912) - Forces traditionnelles et pression coloniale au Rwanda allemand », in Revue française d'histoire d'outre-mer, n° 217 - 4e trimestre 1972.

7 DRESSE P., Le Ruanda d’aujourd’hui, Bruxelles, Charles Dessart, 1940.

8 SEBUNUMA D., Rwanda : Crimes d'honneur et influences régionales, op. cit.

9 Ibid.

10 BERTRAND J., Rwanda Le piège de l'histoire, Paris, Karthala, 2000, p. 208.

11 KAGAME A., Les organisations socio-familiales de l’ancien Rwanda, Mémoire in-8° tome XXXVIII, Bruxelles, Institut Royal Colonial Belge, 1954 (cité in SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de doctorat soutenue en 2011 à l'Université Paris-Diderot Paris 7, publiée ensuite par L'Atelier National de Reproduction des Thèses, Université Lille3 (2012) ; puis aux Éditions Umusozo, Paris, 2013.)

12 NEUSCH M., article « Opposition externe, opposition interne », in Journal La Croix, avril 1993, repris in BERTRAND J., Rwanda Le piège de l'histoire, op. cit., p. 236.

Pineapple

Déogratias SEBUNUMA : Psychologue clinicien - Auteur


Titulaire du Doctorat de "Recherche en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".

Pineapple

Psychopathologie Descriptive II : essais sur les génocides sociocides


Synthèse


Commander

Pineapple

Le jugement de l'histoire : effets du néocolonialisme multinational au Rwanda


Synthèse


Commander

Pineapple

Le génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires


Synthèse


Commander

Pineapple

Essai sur l'autosuggestion


Synthèse


Commander

Pineapple

Psychopathologie descriptive I : Essais sur les violences collectives


Synthèse


Commander

Pineapple

Communautarisme et autochtonie – Du cas du Rwanda à l'universel


Synthèse


Commander

Pineapple

Rwanda : crimes d'honneur et influences régionales


Synthèse


Commander

Pineapple

Rwanda : crise identitaire et violence collective


Synthèse


Commander

Pineapple

La compulsion de répétition dans les violences collectives


Synthèse


Commander

Pineapple

La compulsion de répétition dans les violences collectives


Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.

Pineapple

Rwanda : crise identitaire et violence collective


Cet ouvrage est désormais édité par les EDITIONS UMUSOZO.