ÉDITIONS UMUSOZO

LA THÉORIE DES RACES AU RWANDA1


Même si les analyses « stéréotypées » ont rapproché les Tutsi aux célèbres civilisations du Proche-Orient sans fournir des preuves scientifiques irréfutables – rapprochement au peuple juif en particulier, l’histoire du pays aux mille collines présente néanmoins certains épisodes historiques comparables à ceux du peuple dont Moïse est le fondateur. En effet, la répétition d’exodes massifs du peuple rwandais vers l’étranger, au cours du 20ème siècle, évoquerait des récits bibliques concernant l’Exil, le séjour du peuple juif dans le désert, la Déportation vers Babylone et surtout le génocide dont les Juifs ont été victimes pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Cependant, cette similitude de certains événements historiques n’autorise pas de comparer l’histoire du Rwanda celle du peuple Juif. C’est pour cela que, au lieu de comparer les événements qui sont différents dans l’espace et dans le temps, nous allons essayer de mettre en évidence ce qui est particulier, unique, dans l’histoire du Rwanda depuis ses origines mythiques.


I. LES « RACES » AU RWANDA :
APPROCHES ANTHROPOLOGIQUE ET CULTURELLE


C’est à partir d’une étude minutieuse des traditions orales et la signification étymologique des termes « Hutu » et « Tutsi » que A. Kagame2 a formulé des hypothèses sur l’origine des ethnies au Rwanda. En effet, si le pouvoir colonial a « systématisé » le clivage ethnique entre les Hutu et les Tutsi, il faut reconnaître que ces deux notions - ou appellations distinctives entre les couches sociales - existaient déjà avant l’époque coloniale ! La preuve en est que, pour des raisons purement politiques, une troisième couche sociale semble avoir été oubliée ou ignorée – dans les débats polico-sociaux, à savoir le groupe social des « Twa ».


1. Les Batwa (les Twa)


Selon A. Kagame, « les Batwa sont de deux catégories : les Pygmées et les Céramistes. » Les Pygmées appelés « Impunyu » en Kinyarwanda vivent à l’écart des autres populations et se livrent à la chasse. » Quant aux Céramistes, « (…) on les appelle Batwa tout court (…) leur taille ne diffère en rien de la moyenne générale des Bahutu, (race Bantu). »3


2. Les Bahutu (les Hutu)


Selon A. Kagame, « la race des Bahutu se rattache, en principe, au groupe ethnique dénommé Bantu. Les Bantu Rwandais présentent cependant une variété de types qui ne répondent pas uniformément aux définitions générales en cours parmi les ethnologues. Ce phénomène n’est pas propre au Rwanda seul : dans toutes les régions où la présence des Hamites immigrés est séculaire, le type des autochtones Bantu a dû subir des modifications plus ou moins accusées. Pour ne nous limiter qu’au seul cas du Rwanda, certains Bahutu descendent de Hamites appauvris et déchus de leur rang social. D’autres, - aspect différent du même cas -, ont pour ancêtres des Bahutu enrichis à une époque donnée, et qui purent épouser des femmes hamites. Puis, il y a fatalement le cas des relations extra-matrimoniales entre les deux races. Toutes ces considérations peuvent aisément expliquer cette gamme de sang mêlé, s’étageant entre le type hamite et le type bantu pur. »4


Cette observation de A. Kagame introduit déjà l’actualité de son analyse sur la question ethnique au Rwanda. Mais, le point qui suit s’avère beaucoup plus pertinent sur le plan scientifique :


« On ne peut pas minimiser non plus les facteurs d’ordre écologique et les conséquences des comportements divers qui en découlent. Le climat du Rwanda n’est pas homogène. Cette différence climatique conditionne celle de l’habillement, du travail, de l’alimentation et de l’idéal social. Telle famille dont la vie se déroule, depuis quelques dizaines de générations, en régions chaudes (où prédomine dans certains milieux le régime lacté), ne manquerait pas de se différencier de telle autre famille qui, dans le même laps de temps, se serait confinée en régions montagneuses et froides, où l’élevage du gros bétail est très limité, s’il n’y est pas entièrement inexistant. La taille moyenne des Bahutu atteint 1,67m. On estime généralement qu’ils constituent les 90 % de la population totale du Rwanda. Ils sont en principe cultivateurs et éleveurs de petit bétail (…). Les Bahutu sont cependant éleveurs de gros bétail, mais dans le cadre hamitique (…). »5 A la question des origines des Bahutu, l’auteur formule l’hypothèse suivante :


« Contrairement à l’ancienne hypothèse de De Lacger selon laquelle les Bantu de l’Afrique centrale en générale et les Bahutu du Rwanda en particulier, seraient originaires d’Océanie », et « que d’îles en îles, ils auraient atteint Madagascar, et finalement la côte du continent », A. Kagame s’appuie sur les « découvertes archéologiques » pour affirmer que « le point d’arrivée de cette race (les Bahutu) est plutôt l’Afrique nord-occidentale. »6


3. Les Batutsi (les Tutsi)


« Cette race vient de l’Afrique nord-orientale. Ces Hamites se reconnaissent à leur type apparenté aux Abyssins, aux Galla, aux Somali et à tant d’autres races de la civilisation hamitique. La moyenne de leur taille atteint 1,80m. Ils sont éleveurs de gros bétail. Celui d’entre eux qui en est dépourvu, déchoit par le fait même et retombe dans la classe sociale des simples terriens. »7 Quant à la région d’origine des Batutsi, l’auteur décrit une zone assez vaste de l’Afrique nord-orientale pour s’arrêter, en fin de compte, à l’hypothèse suivante :


« Lorsqu’on se rend compte des éléments constituant la culture du Rwanda hamite, et que d’autre part on considère attentivement et consciencieusement ce qui nous est connu de l’ancienne Egypte, ainsi que la culture de l’aire éthiopienne, on constate que les Batutsi pourraient indifféremment se rattacher à l’une ou l’autre zone. Et rien de plus compréhensible, puisque la civilisation du plateau éthiopien fut largement influencée par l’empire des Pharaons. Ce qui veut dire que si même les Batutsi viennent du plateau abyssin, leur culture dépend, en dernière analyse, de la civilisation égyptienne. »8


4. L’étymologie des termes « Hutu » et « Tutsi »


Après avoir exploré différentes hypothèses sur les origines culturelles et géographiques des « races » présentes au Rwanda, A. Kagame a voulu confirmer ses conclusions en partant des données linguistiques relatives à l’étymologie-même des dénominations « Hutu » et « Tutsi ». En effet, les hypothèses géographiques et culturelles sont certes originales, mais elles ne sont étayées d’aucun document scientifique fiable en ce qui concerne la préhistoire et le premier peuplement du Rwanda. En revanche, l’étude sur l’étymologie linguistique des termes « Hutu » et « Tutsi » - à partir des langues actuelles de l’Afrique centrale et celles parlées dans la région des grands-lacs - présente des assises scientifiques assez convaincantes comme nous allons le constater dans les conclusions qui suivent :


La première conclusion de l’étude comparative linguistique de A. Kagame c’est que « le terme Mututsi (Batutsi) signifie un immigré. Il peut signifier également : un riche, ou un suzerain. Les trois sens applicables à ce nom se complètent harmonieusement, car il s’agit d’un immigré, propriétaire de troupeaux et conquérant.


La deuxième conclusion du même auteur rapproche les significations étymologiques de « Hutu » et « Tutsi » par rapport aux classes sociales au Rwanda : « grâce à une étude comparative entre quelques langues bantu et la langue du Rwanda, il nous est possible de trouver une signification étymologique, linguistiquement établie jusqu’à un certain point, applicable au terme Muhutu. Cette signification (manant, roturier), fait pendant à celle que nous avons déjà attribuée au terme Mututsi » :


Mututsi = riche ; suzerain ; immigré.


Muhutu = manant (paysan, roturier).


A. Kagame conclut :


« D’où il appert que les deux dénominations expriment une idée de différence sociale, et indirectement celle de race. On s’explique dès lors les dispositions du Droit politique traditionnel, qui considère comme Mututsi toute personne détenant un grand nombre de vaches, sans faire attention au fait qu’il serait de race Muhutu. Du moment qu’il a accédé à la richesse bovine, il est politiquement Mututsi, tout en restant racialement Muhutu. »9


II. SYSTÉMATISATION POLITIQUE
DU MYTHE DES ORIGINES AU RWANDA


Certaines théories prétendent que les ethnies au Rwanda ont été inventées par les missionnaires et l’autorité coloniale. En effet, au début du 20ème siècle, les ethnies traditionnelles commençaient à disparaître au profit du métissage entre toutes les couches sociales. Ce brassage ethnique était la conséquence-même du mythe des origines exposé précédemment. Car, une fois que tout le monde était considéré comme « sujet du roi », tous les moyens étaient permis au monarque et à son entourage pour maintenir la suprématie. C’est ainsi que beaucoup de « Tutsi insoumis » furent déchus de leur statut de seigneurs pour se fondre dans la masse des « roturiers » cultivateurs. Ils appartenaient désormais à la classe sociale des Hutu. A contrario, des Hutu riches ou vaillants sur le champ de bataille, étaient « anoblis » pour devenir « Tutsi. »


Cependant, ce métissage n’a pas suffit pour effacer définitivement l’appartenance à tel ou tel groupe social. D’une part, même si la majorité de la population était métissée au début du 20ème siècle, les notions de Tutsi et Hutu étaient encore utilisées. Certes, leur sens désignait désormais la classe sociale à laquelle on appartient – les Tutsi étaient des riches et avaient le pouvoir, tandis que les Hutu étaient des sujets rattachés à tel ou tel suzerain – le même terme désignait la masse populaire tout simplement. Néanmoins, deux éléments permettent d’affirmer que les trois ethnies auraient réellement existé dans le passé lointain du Rwanda :


Premièrement, quand bien même il y a eu un « métissage » ethnique important, deux clans représentatifs des anciennes ethnies subsisteraient encore aujourd’hui. Ce sont ces mêmes « irréductibles » au métissage qui auraient servi de « stéréotypes » ethniques aux premiers anthropologues et historiens venus d’Europe. Dans certaines régions du Rwanda, surtout à l’est, il a toujours existé des familles descendantes de la dynastie royale – celle-ci comprend à son tour deux clans ou lignages : le lignage dont étaient issus les rois [Abanyiginya], puis le lignage principal qui donnait des femmes aux rois [Abega]. Cette organisation matrimoniale contrôlée visait à éviter justement que le sang de la dynastie – d’origine céleste – ne se mélange avec le sans des « trouvés-sur-terre. » Pour cela, la dynastie monarchique a été conservée, et selon la tradition orale, il y aurait eu même des mariages endogamiques pour préserver la dynastie. Les descendants de cette dynastie ont toujours été « Tutsi » et ils le revendiquent sans complexe ! Ce sont donc eux, à l’arrivée des premiers européens, qui ont servi de « stéréotype tutsi » au pourvoir colonial et aux missionnaires.


Deuxièmement, au Nord et au Sud-ouest du Rwanda, il a toujours existé de petits royaumes Hutu insoumis au pouvoir central du roi. Ces Hutu « insoumis » revendiquent toujours leur identité. Ceux du Nord se marient entre eux jusqu’à nos jours – sauf quelques cas rares, qui sont d’ailleurs suivis, dans la majorité des cas, par l’exclusion du membre qui ose trahir le clan en épousant un (e) étranger (ère). C’est seulement vers 1910 que ces enclaves Hutu autonomes furent conquises et soumises à l’autorité du roi grâce aux expéditions militaires des troupes allemandes qui colonisaient le pays. Ces Hutu « insoumis » ont servi eux-aussi de « stéréotypes » dans la théorisation abusive des critères ethniques au Rwanda dès le début du 20ème siècle.


1. L’époque coloniale et la structuration
des mythes ethnocentriques au Rwanda
Consolidation du mythe des « clans d’origines célestes » :
La carte d’identité


C’est suite à l’interprétation anthropologique du pouvoir colonial et des missionnaires qu’une théorie ethnocentrique structurée, entre les différentes couches sociales du Rwanda, va apparaître. En effet, avant la colonisation, les classes sociales existaient. Mais il était facile de passer d’un statut à l’autre, par la richesse, le mérite guerrier ou par le mariage. Certains Rwandais pouvaient même falsifier leurs origines en changeant de domicile ! Ainsi, il est devenu difficile de quitter sa condition sociale une fois la carte d’identité établie dès les années 30.10


D’une part, les missionnaires considéreront les Tutsi comme étant des descendants « Hamites » venus du rift valley (Afrique de l’est) à la recherche des pâturages dans la région des grands lacs. Cependant, comme nous l’avons vu ci-dessus, le stéréotype « Tutsi » c’était celui de la dynastie royale (composée de plusieurs familles), qui n’aurait jamais été concerné par le métissage de sang ! Le Tutsi c’était aussi l’éleveur de gros bétail. A l’opposé, le stéréotype « Hutu » c’était le roturier, le cultivateur, bref tout le reste de la population excepté les Twa - céramistes ou pygmées. Ceux-ci ont été toujours considérés - par les autres Rwandais mais aussi par les Européens - comme une race inférieure, reléguée au rang des pygmoïdes des forêts équatoriales.11


Or, la masse populaire à qui on a donné la carte d’identité « hutu » ne l’était qu’en partie : tous les Rwandais « métissés » depuis l’époque précoloniale, ne répondant pas véritablement au stéréotype « tutsi » décrit par la dynastie royale, ont été assimilés aux « Hutu » ! De la même façon, certains Hutu riches ou anoblis par la dynastie royale étaient recensés comme Tutsi ! Ainsi, avec la lecture anthropologique coloniale, on est revenu aux catégories des trois ethnies du mythe des origines. Mais, la vraie réalité anthropologique du Rwanda était faussée : on venait de créer une « majorité » hutu là où il y avait la majorité des « sang-mêlés », puis on venait de renforcer la suprématie mythique de la dynastie royale tutsi au détriment des autres catégories sociales.


Comme le soulignent les chercheurs de Human Rights Watch, « en assurant aux Tutsi le monopole du pouvoir, les Belges plantaient le décor d’un futur conflit au Rwanda. Là n’était vraiment leur intention, car ils ne mettaient pas véritablement en œuvre une stratégie consistant à « diviser pour régner », mais se contentaient d’appliquer les idées racistes répandues chez la plupart des Européens au début du 20ème siècle. Ils croyaient que les Tutsi, les Hutu et les Twa formaient trois groupes distincts, de souche ancienne, présentant chacun une cohérence interne (…) : les Ethiopiens, les Bantous et les Pygmées (…).»12


2. Le contre-mythe des années 60 :
« La révolution des Bahutu » ou le mythe de la majorité
Novembre 1959 : naissance du
« mythe de la majorité » des Basangwabutaka


« La Belgique continua à soutenir les Tutsi jusque dans les années 1950. Confrontés ensuite à la disparition du régime colonial et aux pressions des Nations Unies qui supervisaient l’administration du Rwanda placé sous sa tutelle, les administrateurs coloniaux commencèrent à accorder aux Hutu une participation plus large à la vie publique. Ils nommèrent plusieurs Hutu à des postes de responsabilité dans l’administration, admirent un plus grand nombre d’entre eux dans les écoles secondaires et organisèrent des élections restreintes à des conseils consultatifs. Loin d’être révolutionnaires, ces changements suffirent néanmoins à alarmer les Tutsi sans vraiment satisfaire les Hutu. A l’approche de l’indépendance, les Tutsi conservateurs nourrissaient l’espoir de chasser les Belges avant que le pouvoir ne fût confié à la majorité. Les Hutu radicaux espéraient au contraire prendre le contrôle de l’appareil politique avant le retrait de l’administration coloniale. »13


Mais, les changements de régime au Rwanda sont toujours sanglants ! C’est dans cette même « logique » des violences collectives que les Bahutu ont créé leur mythe de majorité politique pour renverser une monarchie séculaire :


« Mutara Rudahigwa au pouvoir depuis 1931, avait servi à rassurer tous les partis et à maintenir le calme. Décédé subitement en 195914, le roi Rudahigwa fut remplacé par son demi-frère Kigeli Ndahindurwa, lequel semble-t-il, était influencé par les Tutsi les plus conservateurs. Les partis modérés qui avaient tenté de s’organiser en dépassant le clivage Hutu-Tutsi s’affaiblissaient, tandis que le Parmehutu (« Parti du Mouvement de l’Emancipation des Bahutu ») composé exclusivement de Hutu, et l’Union Nationale Rwandaise (UNAR), parti royaliste tutsi, se renforçaient. En novembre 1959, un sous-chef Hutu fut agressé par plusieurs Tutsi. A la nouvelle de cet incident, des groupes de Hutu attaquèrent des notables Tutsi et ceux-ci répliquèrent par de nouvelles violences. Plusieurs centaines de personnes furent tuées avant que l’administration belge ne parvienne à rétablir l’ordre. Les Belges remplacèrent alors près de la moitié des notables locaux Tutsi par des Hutu. Grâce à l’aide apportée par bon nombre de ces derniers, le Parmehutu remporta facilement les premières élections qui se déroulèrent en 1960 et en 1961. Environs 80 pour cent des Rwandais votèrent en septembre 1961 pour l’abolition de la monarchie, confirmant ainsi la proclamation de la République faite par le gouvernement du Parmehutu en janvier 1961. Ces événements constituaient « la révolution hutu. »15


3. Le double intérêt des hypothèses de A. Kagame
sur « les races » au Rwanda


Premièrement, la théorie de A. Kagame sur les ethnies au Rwanda a introduit une rupture radicale avec le mythe des « clans d’origines célestes. » En effet, ce mythe n’avait qu’une seule visée, à savoir la légitimation quasi divine de la domination de la dynastie monarchique sur les autres couches de la société rwandaise. En effet, pour la première fois, un scientifique Rwandais osait, au sein même de la dynastie monarchique elle-même, remettre en cause le mythe de Gihanga – le père fondateur de la monarchie qui serait tombé du ciel !


Deuxièmement, A. Kagame a repris les théories des premiers explorateurs et des missionnaires, en ce qui concerne les stéréotypes ethniques au Rwanda, pour introduire une vision nouvelle : loin des clichés de taille, de différences en ce qui concerne la culture ou les aptitudes intellectuelles entre Hutu, Twa et Tutsi, le même chercheur a fait une remise en question des évidences pour démontrer les changements anthropologiques et socioculturels suite aux liens matrimoniaux et aux échanges économiques.


Ainsi, ce rapprochement fait par A. Kagame entre les classes sociales « Hutu » et « Tutsi » est toujours d’actualité. Par ailleurs, le même rapprochement constitue un démenti scientifique contre les critiques tardives de certains chercheurs de nos jours : ces derniers prétendent que c’est l’œuvre de A. Kagame qui aurait introduit les différences ethniques au Rwanda ! Au fait, même si certaines de ses sources sont discutables en ce qui concerne l’histoire du Rwanda, l’auteur a lui-même nuancé ses affirmations et il a été le premier à démontrer, comme nous venons de le voir, que les Hutu et les Tutsi constituent finalement un même peuple. Comme nous le verrons plus loin, c’est la lecture partielle de sa théorie d’une part, puis les commentaires abusifs sur le plan idéologique d’autre part, qui ont radicalisé le discours ethnocentrique au Rwanda.


Notons aussi que les hypothèses de A. Kagame furent confirmées - en ce qui concerne le métissage ethnique et les changements de caractères physiques suite aux échanges matrimoniaux, à l’alimentation et l’environnement - par les travaux du Dr J. Hiernaux en 1956.


En définitive, les critiques actuelles selon lesquelles les travaux de A. Kagame ne seraient pas scientifiquement valides – faute de documents historiques écrits pour les confirmer – viseraient uniquement à réécrire l’histoire du Rwanda selon une nouvelle idéologie ! Car, la tradition orale, quoique imparfaite comme tout autre document « historique », renseigne malgré tout sur des faits historiques ou du moins sur des événements du passé tels que la mémoire collective les a perçus. Et même dans les civilisations où l’écriture existe depuis des siècles, ce n’est pas pour autant que l’histoire de leurs peuples soit totalement fiable ou exempte des « traditions » ! Les difficultés des historiens à reconstituer l’histoire de Jésus-Christ nous offrent un exemple parfait : ce qui compte pour les chrétiens c’est la « mémoire » d’une tradition orale, et cette tradition mobilise les foules depuis des siècles. Ainsi, pour le peuple rwandais aussi, ce qui compte ce n’est pas l’exactitude des faits du passé, mais la transmission des traditions et le sens qu’on leur donne par le biais du récit.


4. Le mythe, la terre et le sang
La complexité d’un conflit régional


Le contexte des conflits actuels dans la région des Grands-Lacs d’Afrique permet de situer le « décor » fatal à l’époque même de la conférence de Berlin en 1885. En effet, le découpage du Rwanda lors du partage de l’Afrique entre les puissances coloniales occidentales à la fin du 19ème siècle, ainsi que la gestion clientéliste du pouvoir colonial, auront surdéterminé le destin des peuples de cette région à jamais :


D’une part, les Hutu et les Tutsi se battent au Rwanda autour des problématiques identitaires et du pouvoir – les premiers revendiquent le statut de « trouvés sur terre » et les seconds seraient les « dépositaires désignés » du règne. D’autre part, après le découpage du Rwanda au début du 20ème siècle, une partie de la population Hutu et Tutsi s’est retrouvée en territoire étranger de facto, au sud de l'Ouganda et à l'est du Congo Démocratique [ex-Zaïre] actuel. Puis, dans les années 30, suite à l’éviction du Roi Musinga et son exil au Congo Belge, d’autres exilés rwandais s’installèrent au Sud-Kivu, toujours au Congo Belge. Enfin, dans les années 60, d’autres exilés politiques rwandais trouvèrent refuge en territoire congolais et dans d'autres pays limitrophes. Tous les Rwandais « exilés de contrainte » à l'est du Congo Belge se donnèrent le nom de « Banyamurenge », littéralement « ceux du terroir » !


Un seul « roi », une seule terre
et deux idéologies ethnocentriques !
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Aujourd’hui, nous avons deux conflits similaires au Congo Démocratique et au Rwanda autour des questions d’identité et de territoire : les Congolais voudraient renvoyer les Rwandais chez eux – au Rwanda, mais certains Rwandais sont autochtones des territoires à l’est du Congo depuis la nuit des temps, c'est-à-dire avant la Conférence de Berlin de 1884 - 1885.


Le découpage du Rwanda aura ainsi pesé lourdement sur l’histoire récente du pays, depuis l’indépendance de 1962 : lors de son attaque à partir de l’Ouganda en 1990, le Front Patriotique Rwandais a enrôlé des guérilleros d’expression rwandaise natifs des pays limitrophes, sous l’étiquette de « réfugiés politiques » des années 60. Or, un grand nombre d’entre eux sont Ougandais et/ou Congolais de par les frontières imposées par le pouvoir colonial depuis 1910. Ce fut une raison de plus, chez certains Hutu extrémistes, de rappeler les théories fantaisistes selon lesquelles les Tutsi seraient des « immigrés » venus d’ailleurs – à partir des travaux anthropologiques du début du 20ème siècle. La masse populaire de paysans qui craignaient de perdre leurs terres - suite à l’invasion du Front Patriotique Rwandais – adhéra sans discernement à ce discours plutôt populiste ! Ainsi, au-delà de l’idéologie ethnocentrique, le lien scellé entre la « Terre et le sang »17 aura influencé le passage à l’acte de certains individus pendant le génocide au Rwanda. Au fait, le conflit psychique des origines resurgit chaque fois que la question du pouvoir et celle de la possession des terres sont posées.


Toutefois, sur ce point précis concernant la possession des terres, l’histoire aura confirmé la crainte des paysans Hutu ! Ayant fui le Rwanda au fur et à mesure que le Front Patriotique Rwandais occupait le territoire en 1994, certains exilés Hutu se sont retrouvés devant un fait accompli à leur retour au pays des mille collines après des années d'errance à l'étranger : leurs parcelles avaient été occupées par « abavuye hanze » (littéralement : « ceux qui sont venus de l’étranger ») !


L’autorité sacrée au Rwanda


Au Rwanda, le roi n’était pas un être humain comme les autres. La dynastie royale descendait, selon le mythe dynastique de la monarchie que nous avons présenté, d’un homme « tombé du ciel » appelé Gihanga. Le mythe de cet extra-terrestre (Ikimanuka) est fondé sur le devoir de tous de se battre pour que quiconque, en dehors de la dynastie royale, ne puisse prendre le pouvoir ! Toutes les autorités subalternes n’exerçaient le pouvoir que par délégation. Car, seul le roi était considéré comme « autorité ». Par exemple, de passage dans un village, le roi exerçait son pouvoir sans consulter le subalterne du lieu. Chaque année les chefs subalternes devaient se rendre à la cour royale pour « kuramya » (dire du bien en se prosternant devant le roi et en se montrant très reconnaissant de sa bienveillance). Comme l’affirme J. P. Chrétien, « les cultes liés à la royauté sacrée ont souvent été décrits comme des superstructures d’une domination politique (…). En fait, ils représentent la constitution non écrite (...), ils manifestent une légitimité faite à la fois d’adhésion populaire et d’intégration à une culture nationale. Les principales cérémonies sont l’intronisation et les obsèques du souverain mais aussi les grands rituels agraires qui, chaque année, renouvellent le lien mystique entre ce dernier et son pays (…). »18


Dans la société rwandaise actuelle, cette image de l’autorité « toute puissante » n’a pas disparu. Ce que dit le chef, personne ne peut le contredire. L’autorité ne se trompe jamais ! Il sait tout, il voit tout et il peut tout avant tout le monde. Pour cela, porter atteinte à la vie de l’autorité c’est s’en prendre à tout le peuple. La mentalité traditionnelle a réussi à faire croire au peuple que « sans la personne-même qui s’identifie à l’autorité, il n’y a plus de vie ni de paix à espérer. » L’autorité-personne est ainsi vue comme étant la source et le sommet de l’existence chez les Rwandais.


5. Mythes et syncrétisme religieux
L’alliance entre le sabre et la croix au Rwanda


La première période de l’évangélisation du Rwanda a été marquée par l’engagement politique et social de l’Eglise catholique à travers l’activité pastorale des missionnaires. Arrivés de l’Afrique de l’Est, les missionnaires catholiques se sont installés au Rwanda alors que leur objectif premier était le vaste Congo Belge de l’époque.


En effet, les missionnaires européens ont trouvé au Rwanda des éléments socioculturels qui promettaient l’accueil facile de l’Evangile. Selon le Père A. Arnoux,19 « les missionnaires ont découvert, dans les mœurs païennes, dans les institutions, des points de comparaison aptes à jeter quelque clarté sur le catholicisme » :


Premièrement, le Dieu unique du catholicisme réclame des Rwandais « des attitudes, des sentiments analogues à ceux que demande le Mwami de ses sujets : amour, fidélité, service jusqu’à la mort... ».20


Favorisé par cette réalité institutionnelle, le Dieu des chrétiens a discrètement pris la place du roi dans la mentalité des Rwandais. C’est ainsi que la première difficulté de l’évangélisation va concerner le catéchisme car, le Dieu des chrétiens sera connu et respecté dans une obéissance naturelle - celle du sujet envers son maître ! Cela, sans que l’Evangile ait remué en profondeur la tradition. D'ailleurs, les premiers responsables autochtones seront choisis par les missionnaires non en fonction de leur adhésion libre à la foi mais plutôt selon leur loyauté et leur dévouement envers l’autorité mise en place par la mission.


Suite à l'adhésion populaire à l'Evangile, le roi Musinga se sentira envahi dans sa « toute puissance monarchique » parce que, dès l’arrivée du christianisme, les missionnaires occupaient une position d’autorité presque parallèle au sein de la population. Ces mêmes missionnaires, soutenus par l’autorité coloniale, l’emporteront sur le Mwami (le roi) qui sera remplacé par son fils Rudahigwa. En contre partie, celui-ci acceptait de se convertir au christianisme. Son geste de conversion a constitué le grand signal qui était attendu par la masse populaire depuis longtemps car, chez les Rwandais, la volonté de Dieu passe par celle du roi avant tout !


Deuxièmement, « le dogme marial » s’est parfaitement intégré dans la culture rwandaise : la place de la Sainte Vierge dans l’Eglise sera un point d’attraction pour les Rwandais dans leur démarche de conversion :


« La place que la Sainte Vierge occupe dans la dévotion, son rôle de médiatrice suscitent une adhésion toute naturelle chez les fidèles d’un royaume où la reine-mère (...) exerce une influence de tous les instants et distribue ses faveurs à ceux qui ont su conquérir ses bonnes grâces. »21


Pour un Rwandais, il ne peut y avoir une institution solide - qu’elle soit humaine ou spirituelle - sans que la mère du chef y joue un grand rôle ! Aux yeux de tous, Dieu prenait la place du roi dans la nouvelle religion, et c’était tout naturel que la mère de Dieu prenne la place de la reine-mère selon la tradition ! Jusqu’ici, l’Eglise était calquée sur le schéma institutionnel préexistant.


Troisièmement, l’obéissance de l’homme à Dieu et la bonté de Dieu pour les hommes ne constituaient pas une nouveauté dans la mentalité rwandaise de l’époque : « Nous exploitons l’institution du servage pour préciser nos relations avec Dieu, relations qui nous grandissent, nous engagent au dévouement total et nous assurent des biens de beaucoup supérieurs à ceux dont le Mututsi gratifie le Muhutu »,22 déclara le missionnaire déjà cité ci-dessus.


C’est sans doute cette vision de relation à Dieu et au roi qui va faire basculer l’histoire du Rwanda quelques années plus tard. Comme Dieu avait remplacé le roi dans la mentalité sociale et que les missionnaires exerçaient déjà le pouvoir divin au détriment du pouvoir temporel, l’institution ecclésiastique sera le champ de bataille entre conservateurs Tutsi d’une part, et progressistes Hutu et Tutsi prétendants au trône d’autre part. En effet, éveillés par la notion de « liberté » et grandis par la prise de conscience que le peuple n’est pas la propriété d’un chef quel qu’il soit, puis fortifiés par la « Bonne Nouvelle » selon laquelle Dieu vient établir son règne « égalitaire » sur la Terre, l’élite issue de l’école de la mission va défier la monarchie. C’est ainsi que le peuple trouvera dans l’Eglise un nouveau terrain pour négocier le projet de société !


Quatrièmement, les activités économiques traditionnelles se retrouveront valorisées par l’Evangile du Christ dont l’enseignement tire des exemples dans la vie concrète du Rwandais : le Bon Pasteur qui « connaît ses brebis » est très apprécié dans une société où la vache était le symbole de la richesse ! Plus encore, l’Evangile de la nativité annonce que c’est « à des bergers » que le Bon Pasteur « manifesta en premier lieu sa venue au monde » !


Enfin, pour un peuple de cultivateurs, « les travaux des champs, dont le Sauveur a tiré tant de délicieuses paraboles, servent aussi de point de départ dans l’enseignement... ».23


Remarquons que même si le Rwanda connaissait déjà le protestantisme - suite aux premiers militaires de la colonie allemande - ce sont les missionnaires catholiques qui vont réussir à évangéliser massivement le peuple. Un échange historique est très éclairant sur ce point : « Quel est votre chef suprême, votre pape ? » Demandait le monarque rwandais à un pasteur luthérien. « Nous n’en avons pas », répondit le pasteur. « Oh ! Alors, votre religion ne doit pas valoir grand-chose ! Vous figurez-vous le Rwanda sans le roi, sans moi ? »


Tel est le portrait de la jeune Eglise du Rwanda qui est tombée de pleins pieds dans un système politique et dans une culture qui, certes favorisaient l’accueil de l’Evangile, mais ne permettaient pas nécessairement la conversion et l’adhésion libre des fidèles à la foi.


En réalité, l’Eglise inaugurait une ère nouvelle, celle de la « théocratie » missionnaire au détriment du roi. Ce qui promettait l’égalité de chance à tous, du moins dans l'apparence, à l’opposé des institutions de l’aristocratie dynastique. Mais, l’égalité des chances dont il est question ici c’est l’opportunité qui était offerte à tous – Hutu et Tutsi – de rivaliser de ruses et d’intrigues pour occuper la bonne place auprès des missionnaires détenteurs de tous les pouvoirs !


Sur le plan religieux, le Rwandais se retrouvait réconforté par les similitudes entre les fondements de la religion catholique et les valeurs socioculturelles de son pays; sans oublier les points communs entre le monothéisme chrétien et la religion traditionnelle du Rwanda.


Quant au missionnaire, il était comblé par la souplesse des Rwandais quant à leur adhésion à la Bonne Nouvelle. En fait, le roi néophyte avait réussi à séduire l’autorité coloniale et l’Eglise de telle sorte que son règne était fortifié plus que jamais. Il perdait cependant une partie de ses pouvoirs au profit des missionnaires.


Malgré le fait que l’égalité de tous était prêchée par l’Eglise, celle-ci a néanmoins participé à la systématisation du clivage ethnique entre Hutu et Tutsi. En effet, s’adressant au Résident belge au Rwanda, Monseigneur Classe - vicaire apostolique du Rwanda sous le mandat belge, déclara :


« Si nous voulons nous placer au point de vue pratique et chercher le véritable intérêt du pays, nous avons dans la jeunesse mututsi un élément incomparable de progrès (…). Qu’on demande aux Bahutu s’ils préfèrent être commandés par des roturiers ou par des nobles, la réponse n’est pas douteuse ; leur préférence va aux Batutsi, et pour cause. Chefs-nés, ceux-ci ont le sens du commandement. C’est le secret de leur installation dans le pays et de leur mainmise sur lui. »24


La destitution du roi Musinga fut une erreur de la part des missionnaires et l'administration coloniale belge. En 1959, lorsque celle-ci retourna sa veste contre la monarchie Tutsi pour donner le pouvoir aux Hutu, le divorce entre l'Eglise et la monarchie fut consommé ! Nous verrons plus loin que ce conflit historique a entraîné des conséquences dramatiques 30 ans plus tard, lors du génocide de 1994 au Rwanda.


[P. S. : Pour aller plus loin, veuillez consulter notre livre d'où est tiré l'article].


1 © SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de doctorat soutenue en 2011 à l'Université Paris-Diderot Paris 7, publiée ensuite par L'Atelier National de Reproduction des Thèses, Université Lille3 (2012) ; puis aux Éditions Umusozo, Paris, 2013.

2 KAGAME A., Les organisations socio-familiales de l’ancien Rwanda, Mémoires in-8° - tome XXXVIII, Bruxelles, Institut Royal Colonial Belge, 1954.

3 Ibid.

4 Ibid.

5 Ibid.

6 Ibid.

7 Ibid.

8 Ibid.

9 Ibid.

10 HUMAN RIGHTS WATCH (sous la direction de A. Des Forges), Aucun témoin ne doit survivre – Le génocide au Rwanda, Paris, Karthala, 1999, p. 48.

11 ELIAS M. et GELBIG D., article « Deux mille collines pour les petits et les grands », in Revue Politique Africaine, 1992, n° 42, pp. 65 – 67.

12 HUMAN RIGHTS WATCH (sous la direction de A. Des Forges), Aucun témoin ne doit survivre – Le génocide au Rwanda, op. cit., p. 49.

13 Ibid., pp. 51 – 52.

14 In Ibid. Selon HUMAN RIGHTS WATCH, Rudahigwa mourut « …juste après avoir consulté un médecin belge à Bujumbura, la capitale du Burundi voisin. Les Tutsi conservateurs accusèrent les Belges de l’avoir empoissonné, ce que certains Rwandais croient toujours, bien qu’aucune preuve n’ait été avancée pour étayer cette affirmation. »

15 Ibid.

16 Référence au « Trito-Isaïe » biblique de l’Ancien Testament (Is 62, 1 – 4) : Un seul Dieu, un seul Peuple, une seule Terre. Mais au Rwanda, Dieu a été remplacé par l’autorité sacrée (le monarque – un roi ou un président), la Terre (le pays) a été morcelée par le pouvoir colonial, et le Peuple est divisé par deux idéologies ethnocentriques !

17 FERAOUN M., La Terre et le sans, Paris, Seuil, 1976.

18 LENOIR F. et TARDAN-MASQUELIER (sous la direction de), Encyclopédie des religions, Paris, Bayard, 1997, Tome I, pp. 1192 – 1196.

19 KALIBWAMI J., Le catholicisme et la société rwandaise, 1900-1962, Paris, Présence Africaine, 1991, pp. 529-531.

20 Ibid.

21 Ibid.

22 Ibid.

23 Ibid.

24 Ibid.

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Déogratias SEBUNUMA : Psychologue clinicien - Auteur


Titulaire du Doctorat de "Recherche en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".

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Psychopathologie Descriptive II : essais sur les génocides sociocides


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Le jugement de l'histoire : effets du néocolonialisme multinational au Rwanda


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La compulsion de répétition dans les violences collectives


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La compulsion de répétition dans les violences collectives


Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.

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Rwanda : crise identitaire et violence collective


Cet ouvrage est désormais édité par les EDITIONS UMUSOZO.