ÉDITIONS UMUSOZO

RWANDA, 1994 : LA DESCENTE AUX ENFERS1


Revenons sur le contenu du roman Le monde s'effondre2 de C. Achebe afin de mieux nous représenter, dans la suite de notre réflexion, combien des représentations identitaires peuvent conduire aux massacres collectifs :


Dans la suite du récit romanesque ci-dessus référencé, un des anciens prit la parole lors d'un rassemblement populaire - suite à une sanction que l'administration coloniale avait infligée aux chefs coutumiers : « Vous savez tous pourquoi nous sommes ici, alors que nous devrions être occupés à bâtir nos greniers ou à réparer nos cases (...). Tous nos dieux pleurent. (...) Ce rassemblement est grandiose. (...) Nous qui sommes ici ce matin, nous sommes restés fidèles à nos pères, mais nos frères nous ont abandonnés et se sont joints à un étranger pour souiller leur terre paternelle. Si nous combattons l'étranger, nous frapperons nos frères et verserons peut-être le sans d'un membre du clan. Mais nous devons le faire. Nos pères n'ont jamais rêvé d'une telle chose, ils n'ont jamais tué leurs frères. Mais jamais un homme blanc n'est venu parmi eux. C'est pourquoi nous devons faire ce que nos pères n'auraient jamais fait. (...) A ce moment il y eut une soudaine agitation dans la foule (...). Il y avait un tournant brusque sur la route qui conduisait de la place du marché au tribunal de l'homme blanc (...) si bien que personne n'avait vu approcher les cinq messagers de la Cour (...). Okonkwo était assis à la bordure. Il bondit sur ses pieds (...). Il se dressa devant le messager en chef (...). L'homme n'avait peur de rien et ne recula pas d'un pouce, ses quatre hommes en rang derrière lui. (...) L'enchantement fut brisé par le chef des messagers (...) : L'homme blanc dont vous ne connaissez que trop le pouvoir a ordonné que cette réunion cesse. En un éclair Okonkwo avait tiré sa machette. Le messager se baissa pour éviter le coup. Ce fut inutile. La machette d'Okonkwo descendit par deux fois, et la tête de l'homme gisait près de son corps en uniforme (...) ».3


Avant, pendant et après le génocide au Rwanda, les massacres ont toujours été précédés par diverses campagnes de propagande dans les deux camps opposés : le clan des idéologues Hutu au pouvoir, pour ne rien céder dans les négociations politiques avec l’opposition et la rébellion, créa l’artifice des manifestations politiques pour haranguer les masses. C’est ainsi que l’histoire du Rwanda fut « refaite », chacun y trouva des raisons pour convaincre. Voici l’extrait d’un discours prononcé par un responsable politique lors d’un meeting pour dénoncer, selon les propos repris par les chercheurs de Human Rights Watch, « l’intention » des Tutsi, qui serait celle « [d’] établir dans la zone bantoue de la région des grands lacs (Rwanda, Burundi, Zaïre, Tanzanie, Ouganda) un vaste royaume Hima-Tutsi, ethnie qui se considère supérieure, sur le modèle de la race aryenne et qui a pour emblème la croix gammée de Hitler ».4 De nombreux discours de même nature ont été recueillis dans l’ouvrage de Human Rights Watch auquel nous nous référons dans cette réflexion de recherche. Par ailleurs, d’autres moyens de propagande médiatiques furent mis en place, notamment la célèbre « Radio des Mille Collines » et le journal Kangura.


Dans l’autre camp, celui du Front Patriotique Rwandais - encore dans le maquis - et ses partisans, on ne restait pas non plus les bras croisés : alors que le discours des Hutu au pouvoir était accompagné par la formation d’un corps de milices Interahamwe, la rébellion Tutsi faisait aussi sa campagne au sein de la population mais de manière secrète. Cela parce qu’il ne contrôlait pas encore le pays pour agir en public. Cependant, le Front Patriotique Rwandais réussit à former et à organiser sa propre milice au sein de la population :


« Le FPR, qui craignait que ses adversaires ne respectent pas les Accords, continuait à recruter des jeunes gens et à les entraîner militairement dans la zone qu’il contrôlait au nord du Rwanda. En même temps, il intensifiait ses préparatifs pour le combat politique. Depuis le début de la guerre, un petit nombre de personnes œuvraient en faveur du FPR au Rwanda en collectant surtout de l’argent pour soutenir la guérilla. A la fin de juillet ou au début d’août 1993, le FPR amena un nombre de plus en plus important de jeunes dans la zone qu’il contrôlait, pour en faire des agents politiques qui renforceraient son réseau dans le pays. Après avoir reçu une formation de deux ou trois semaines consistant en des conférences théoriques et marxistes sur la philosophie, l’histoire et l’économie, ces jeunes étaient renvoyés dans leur région d’origine, où ils devaient recueillir des informations sur la situation locale et recruter des sympathisants pour le mouvement. Selon des témoins, qui avaient participé à ce programme ou l’avaient observé, seule une journée ou une journée et demie était consacrée au maniement des armes et la plupart des jeunes n’étaient autorisés à tirer qu’une seule balle (…). Les sympathisants du FPR organisèrent plusieurs centaines de cellules durant l’année 1993, chacune comprenant six à douze membres (…) ».5


Par ailleurs, la « Radio Muhabura » du Front Patriotique Rwandais diffusait une idéologie extrémiste, au même titre que les média des radicaux Hutu.


Toutes ces campagnes de propagande auront comme conséquences l'extermination de la population civile au Rwanda. Mais, chez certains Rwandais, il y aurait eu une attitude sacrificielle aveugle suite aux différentes campagnes de propagande ci-dessus évoquées :


1. Attitude sacrificielle chez certains Tutsi


Nous avons déjà parlé de la formation par le Front Patriotique Rwandais d’une « milice » à l’intérieur du Rwanda qui devait l’aider à asseoir son pouvoir à l’issue du conflit armé. Or, lorsqu’un jeune quittait son village pour se faire enrôler au sein de la rébellion, tous les voisins de sa famille étaient au courant. Ainsi, pour certains Rwandais fidèles au régime des Hutu, celui ou celle qui quittait son village pour aller s’entraîner afin de revenir conquérir le pays par les armes était un « traître », un « ennemi ». D’autre part, rejoindre la rébellion constituait en même temps la mise en danger de sa propre famille, au cas où les Hutu remporteraient la victoire à l’issue du conflit ! Et pourtant, certaines familles étaient fières d’envoyer leurs enfants aux côtés des rebelles ! Juste avant et pendant le génocide, les familles qui étaient soupçonnées d’avoir envoyé leurs enfants faire la guerre au sein du Front Patriotique Rwandais étaient traitées comme « l’ennemi » potentiel ou complices de « l’ennemi », traîtres - « ibyitso »6 : d’abord par certains milieux proches du régime, puis par certains voisins au village. Ces soupçons auraient eu des conséquences directes dans la généralisation des massacres dès le début du génocide. En effet, des centaines de milliers de Tutsi furent massacrés presque dans tout le Rwanda et dans peu de temps lors du génocide de 1994. Sur ce point, l’ouvrage de Human Rights Watch qui nous sert de référence est très édifiant.


2. Attitude sacrificielle chez certains Hutu


D’une part, près d’un million de Rwandais furent massacrés pendant le génocide de 1994. Parmi eux, il y avait des centaines de milliers de Tutsi mais aussi des centaines de milliers de Hutu. D’autre part, poussés par l’irreprésentable tragédie que constituait la disparition de leur monarque-président – « le Père de la Nation », des millions de Rwandais prirent le chemin de l’exil.


Même si les massacres commis par le Front Patriotique Rwandais suffisaient pour effrayer la population, cet exode nécessitait néanmoins une démarche sacrificielle individuelle. Car, l’hypothèse de la propagande hutu pour justifier cet exode ne suffit pas : arrivés à l’est du Congo Démocratique (Zaïre à l'époque) et en Tanzanie au début de l’été 1994, les Rwandais étaient livrés à eux-mêmes et mouraient de faim et de maladies. Les frontières étaient ouvertes, ceux qui souhaitaient retourner au Rwanda le faisaient. Mais, le chiffre de ceux qui ont emprunté le chemin de retour de façon volontaire était très insignifiant. C’est comme si les foules se donnaient un temps, un passage-rituel expiatoire, quels que soient les risques encourus. Signalons que la gestion des camps de réfugiés rwandais a été bien organisée en Tanzanie, même si ce pays a fini par renvoyer chez-eux ses hôtes d’infortune par la force. Mais, cela s’est fait de manière contrôlée et dans le calme.


En revanche, du côté de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), en 1996, une campagne de destruction des camps de réfugiés rwandais fut menée par l’armée rwandaise. Sous le couvert de la rébellion congolaise de L.-D. Kabila, des centaines de milliers de réfugiés rwandais Hutu furent traqués et massacrés dans la forêt équatoriale.7


Aujourd'hui [2011], différents observateurs et enquêteurs autorisés n'hésitent plus à qualifier ces massacres de « crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide ». Les mêmes termes, pour qualifier les massacres subis par les réfugiés rwandais au Congo Démocratique, sont contenus dans le rapport du « Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU », cité par le Journal Le Monde, au sujet des massacres dont les réfugiés rwandais ont été victimes en République Démocratique du Congo. Voici un extrait de ce rapport :


« Les attaques systématiques et généralisées révèlent plusieurs éléments accablants qui, s'ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide. (…) L'ampleur des crimes et le nombre important de victimes, probablement plusieurs dizaines de milliers, sont démontrés par les nombreux incidents répertoriés dans le rapport. L'usage excessif d'armes blanches (principalement des marteaux) et les massacres systématiques de survivants après la prise des camps démontrent que les nombreux décès ne sont pas imputables aux aléas de la guerre. Parmi les victimes, il y avait une majorité d'enfants, de femmes, de personnes âgées et de malades ».8


Signalons aussi que, selon les sources concordantes, le Front Patriotique Rwandais avait déjà commis des massacres au Rwanda avant, pendant et après le génocide de 1994.9


3. La chute de Kigali et la fuite massive
des Rwandais vers l'étranger


Dans la partie précédente, nous avons essayé de donner une interprétation a posteriori à la fuite massive des Rwandais vers l'étranger. Néanmoins, personne ne serait donner une explication unique et exhaustive à l'exode massif de millions d'individus ! Ainsi, 17 ans après le génocide au Rwanda [2011] et avec un certain recul, il appert que d'autres raisons purement historiques et conjoncturelles auraient pu amener les Rwandais à fuir leur pays pour se réfugier à l'étranger.


Dans le cadre de la présente recherche doctorale, une question importante et précise m'a été posée :


« Comment expliquer la fuite massive et suicidaire des Rwandais vers l'étranger, à la fin du génocide de 1994 au Rwanda ? »


D'après les différents témoignages dont nous disposons, il serait impossible d'expliquer les raisons qui ont poussé les Rwandais à fuir leur pays à la fin du génocide de 1994 sans s'intéresser au préalable à ce qui s'est passé durant les trois mois du génocide en question. En ce qui concerne le génocide lui -même, je me permets de recommander à mes futurs lecteurs l'ouvrage de Human Rights Watch – sous la direction de A. Desforges, ouvrage qui me sert de référence dans cette recherche doctorale.10


En effet, d'après quelques informations dont nous disposons 17 ans après le génocide au Rwanda [2011], des raisons purement historiques auraient pu entraîner les Rwandais sur le chemin d'exil : la guerre, les combats et la violence humaine seraient, avant toute autre considération scientifique, les premières raisons qui justifient la fuite massive des Rwandais vers l'étranger dès la fin du génocide de 1994. D'ailleurs, je fais remarquer que ce n'était pas la première fois que des populations entières soient obligées de se déplacer en temps de guerre pour se réfugier à l'étranger.


Malheureusement, l'histoire de l'humanité est pleine d'épisodes tragiques qui ont été suivis d'exodes massifs des populations civiles !


Par conséquent, il serait très hasardeux de ma part de procéder à une étude psychopathologique et/ou psychanalytique sur l'exode massif des Rwandais sans connaître, sur le plan historique, ce qui s'est véritablement passé à Kigali dès la nuit du 6 au 7 avril 1994.


Pour cela, dans les paragraphes qui suivent, essayons plutôt de faire quelques observations sur l'aspect des violences qui ont eu lieu en même temps que le génocide au Rwanda, à savoir l'aspect du conflit militaire. Car, cet aspect est resté sous silence jusqu'à l'heure actuelle. Or, ce conflit militaire expliquerait, du moins en partie, les raisons qui ont poussé les Rwandais à fuir leur pays vers l'étranger :


Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, les Rwandais n'ont pas été informés - du moins dans leur majorité - de la mort du feu président J. Habyarimana. Néanmoins, dans la capitale du pays Kigali, les habitants de cette ville furent indirectement avertis qu'un événement particulier se déroulait très tard dans la même nuit :


Selon différents témoignages, vers 2h du matin, les combats aux armes lourdes et légères ont réveillé tout le monde à Kigali. Par la suite, selon plusieurs témoignages, des roquettes de katioucha tombaient comme la pluie dans tous les quartiers de la capitale rwandaise.


Il existe une confirmation historique et irréfutable à ces événements de guerre : Le 7 avril 1994, tôt le matin, le premier Ministre de l'époque Mme A. Uwiringiyimana fut interrogée au téléphone et en directe par Radio France Internationale. Elle déclara que les combats avaient lieu partout dans la ville et cette courte interview se termina presque en larmes - d'après la voix de Mme A. Uwiringiyimana. Peu après cette interview, elle fut assassinée, ainsi que les casques bleus qui assuraient sa protection, par les génocidaires.


A partir de la précédente preuve historique, ma question est simple :


Si Mme A. Uwiringiyimana, premier Ministre, était terrifiée au point de fondre en larmes au téléphone tôt le matin du 7 avril 1994, quelle était la situation du citoyen modeste sans défense et sans protection officielle ?


Dans les jours qui suivirent, d'autres témoignages indépendants - en particulier ceux des étrangers qui séjournaient au Rwanda au début du génocide - ont confirmé les mêmes informations selon lesquelles des combats intenses avaient lieu à Kigali depuis la nuit du 6 au 7 avril 1994 : les missionnaires européens, puis des dizaines de milliers de civiles zaïrois nous ont témoigné de ce qu'ils avaient vu et vécu en détails à leur arrivée à Bukavu (ville de l'est de la République Démocratique du Congo – ex Zaïre) au mois de mai 1994.


Ainsi, il n'y a aucun doute : après la mort du président J. Habyarimana, la ville de Kigali est devenue un véritable champ de bataille ! Les mêmes combats, dont personne n'a jamais identifié officiellement l'origine jusqu'à ce jour [2011], ont entraîné le chaos général dans tout le pays et ce fut le début du génocide. En témoigne d'ailleurs l'ouvrage très important du célèbre chercheur belge sur la région des grands-lacs d'Afrique, F. Reyntjens : RWANDA Trois jours qui ont fait basculer l'histoire.11


Aujourd'hui, certains témoignages accusent l'ancienne armée gouvernementale au Rwanda d'avoir manipulé la masse populaire pour fuir le pays. Je ne vivais pas au Rwanda à l'époque des faits. Mais, de mon point de vue, affirmer qu'une armée décomposée a réussi à mobiliser les foules pour fuir à l'étranger, cela me parait difficile à croire. Il s'agirait même d'arguments quelque peu fantaisistes :


Premièrement, il serait très difficile d'expliquer comment une armée vaincue aurait pu sensibiliser, voire même obliger les Rwandais à fuir vers l'étranger !


Deuxièmement, les Rwandais qui se sont réfugiés dans la région de Bukavu (est de l'ex-Zaïre) étaient en majorité originaires du sud du Rwanda, le fief de l'opposition politique au Rwanda et région où se trouve la plus forte concentration d'intellectuels du pays : il serait donc impossible d'admettre que ces opposants historiques au régime de J. Habyarimana aient pu obéir aveuglement aux ordres de l'armée gouvernementale !


Troisièmement, au cas où les Rwandais de la ville de Kigali et ceux des régions du sud et de l'ouest du Rwanda auraient été forcés par l'armée à fuir vers l'étranger, qui a contraint les populations de l'est du Rwanda à se réfugier en Tanzanie ? En effet, dès le mois de mai 1994, des centaines de milliers de Rwandais ont traversé la rivière Akagera en crue à la nage ! Certains se seraient même noyés, d'autres auraient été massacrés en essayant de traverser le pont de Rusumo qui relie le Rwanda et la Tanzanie. A la fin de l'année 1994, près d'un million de Rwandais étaient entassés dans des camps de fortune en Tanzanie.


J'attire l'attention de mes futurs lecteurs sur une autre réalité qui pourrait concerner notre débat sur la fuite massive des Rwandais : 17 ans après le génocide de 1994 [2011], les Rwandais continuent de fuir leur pays vers l'étranger ! Certes, il ne s'agit plus de fuites massives comme en 1994. Cependant, les pays limitrophes du Rwanda, puis certains pays d'Europe et d'Amérique continuent d'enregistrer les demandes d'asile des Rwandais. Pour cela, au cas où les réfugiés de 1994 auraient été manipulés par les extrémistes au pouvoir, quelles seraient les raisons qui amènent les Rwandais à s'exiler encore en 2011 ? Notons aussi que le flux des demandeurs d'asile rwandais à l'étranger ne s'est jamais interrompu depuis 1994, même si le chiffre n'est plus le même :


4. « Rafles dans les camps de réfugiés rwandais en Ouganda »
Par Radio France Internationale :


« C'est une information de notre correspondant à Kampala. Plus de 2000 demandeurs d'asile et réfugiés rwandais en Ouganda ont été rapatriés de force, mercredi 14 juillet 2010, dans leur pays. Depuis quelques mois, de nombreux Rwandais se sont réfugiés en Ouganda, s'ajoutant aux milliers de réfugiés déjà présents depuis 1960, puis 1994. En mai dernier, lors d'une réunion tripartite entre le Rwanda, l'Ouganda et le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, il a été décidé que ces nouveaux demandeurs d'asile rwandais seraient rapatriés au Rwanda fin juin. L'opération, menée par la police ougandaise et soutenue par l'armée rwandaise, se voulait secrète. Elle aurait fait au moins un mort (...). Mercredi 14 juillet au matin, selon des sources directes et bien informées, une délégation gouvernementale est arrivée dans le camp de réfugiés de Kyaka proposer aux demandeurs d’asile de s’enregistrer pour recevoir des rations alimentaires. Cinq camions sont arrivés dans la foulée, encadrés par des militaires en uniforme du Rwanda, selon des réfugiés. Le HCR, Haut Commissariat aux réfugiés, n’avait enregistré que 45 demandeurs d’asile rwandais dans ce camp mais 150 personnes environ ont été mises de force dans les camions et ont pris le chemin du pays qu’elles tentaient de fuir. Au même moment, dans l’immense camp de Nakivalé, dans le sud de l’Ouganda, les demandeurs d’asile rwandais ont été rassemblés au lieu-dit Base Camp, quand des véhicules de la police ougandaise sont arrivés, suivis par treize camions. Comme du bétail, sans bagages, sans eau ni nourriture, environ deux mille Rwandais ont dû prendre la direction du Rwanda. Un vieil homme qui a tenté de sauter d’un camion est mort ».12


En fin de compte, seules la compréhension et l'explication sur les combats qui ont été déclenchés dans la nuit du 6 au 7 avril 1994 au Rwanda permettraient de savoir les raisons réelles qui ont obligé et qui obligent encore les Rwandais à fuir leur pays massivement.


Certes, certaines raisons seraient de nature irrationnelle. Cependant, avant de constituer un problème de santé psychique, le drame rwandais est avant tout historique : avant et pendant le génocide de 1994, le peuple rwandais a été confronté à une guerre qu'il n'avait pas choisie. Nous ne pouvons donc pas nous intéresser directement aux conséquences de cette tragédie en oubliant les causes historiques des faits.


Pour conclure, seule la Justice - une justice équitable et impartiale - pourra nous expliquer ce qui s'est véritablement passé au Rwanda depuis la nuit du 6 au 7 avril 1994 : nous saurons alors la vérité sur les événements historiques qui ont déclenché le génocide et, à la même occasion, nous comprendrons pourquoi les Rwandais ont pris la fuite en masse vers l'étranger après la défaite militaire de leur armée.


1 © SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de doctorat soutenue en 2011 à l'Université Paris-Diderot Paris 7, publiée ensuite par L'Atelier National de Reproduction des Thèses, Université Lille3 (2012) ; puis aux Éditions Umusozo, Paris, 2013.

2 ACHEBE C., (1959), Things fall appart, New York, Anchor Books Editions, 1994 (publication française : Le monde s’effondre, Paris, Présence Africaine, 1992).

3 Ibid.

4 HUMAN RIGHTS WATCH (sous la direction de A. Des Forges), Aucun témoin ne doit survivre – Le génocide au Rwanda, Paris, Karthala, 1999.

5 Ibid.

6 Ibid., pp. 8 ; 64 ; 312.

7 EL TAHRI Jihan, Film documentaire « L’Afrique en morceaux – La tragédie des grands lacs », une production CANAL + / CAPA PRODUCTION PLANI PRESSE, septembre 2000.

8 CHÂTELOT C., BOLOPION P. et RÉMY J. P., article « L'acte d'accusation de dix ans de crimes au Congo », in Journal Le Monde, vendredi 27 août 2010, pp. 6 – 7.

9 HUMAN RIGHTS WATCH (sous la direction de A. Des Forges), Aucun témoin ne doit survivre – Le génocide au Rwanda, op. cit., pp. 817 – 838.

10 Ibid.

11 REYNTJENS F., Rwanda Trois jours qui ont fait basculer l'histoire, Paris, Harmattan, 1996.

12 RADIO FRANCE INTERNATIONALE, article « Rafles dans les camps de réfugiés rwandais
en Ouganda », publié le jeudi 15 juillet 2010 sur : http://www.rfi.fr/afrique/20100715-rafles-camps-refugies-rwandais-ouganda.

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Déogratias SEBUNUMA : Psychologue clinicien - Auteur


Titulaire du Doctorat de "Recherche en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".

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Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.

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