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RÉMINISCENCE1
Du mythe à la « réminiscence » : l'« usage critique de la mémoire », formulé par P. Ricœur comme antidote pour guérir les traumatismes d'un passé chargé de souffrances, est le résultat de deux écoles philosophiques sur lesquelles s'appuie la théorie des pathologies liées à la mémoire. En effet, « la Grèce archaïque a divinisé la mémoire (…) et pratiquait des exercices spirituels de mémoration des vies antérieures. »2
Afin de « lever l'objection sceptique qui rendait toute connaissance impossible », Platon effectua « la translation philosophique de l'ascèse remémoratrice. » Ainsi, à l'opposé de la pensée des sophistes « qui nie qu'on puisse chercher ce qu'on ne connaît pas » - car « on ne saurait alors même pas ce qu'on doit chercher », Platon défend la croyance selon laquelle « la recherche et le savoir ne sont que réminiscence. » A partir de cette observation, « la mémoire acquiert (...) une fonction cognitive : elle change d'objet et ne préside plus au rappel de vies antérieures, mais au transport de l'âme des réalités sensibles vers leurs modèles intelligibles contemplés jadis. » Dans ces conditions, même si le « savoir véritable s'exprime encore dans le langage mythique de la transmigration de l'âme, (...) cette théorie de la réminiscence » est « la première expression du rationalisme, dans la mesure où elle dote l'homme d'une capacité d'accès aux réalités intelligibles qui ne doit rien à l'expérience sensible. »3 Par la suite, ce sera le tour d'Aristote de s'intéresser à la question de la mémoire :
Pour parachever « la démythologisation de la réminiscence », Aristote distingue celle-ci de la « mémoire » en lui ôtant « toute dimension métaphysique » : dans son œuvre « De la mémoire et de la réminiscence » Aristote « différencie la mémoire, simple conservation du passé, commune aux hommes et à certains animaux, et la réminiscence, qui n'est plus alors que la faculté proprement humaine de rappeler volontairement et de reconnaître le souvenir. »4
Une autre observation plus importante distingue l'étude d'Aristote de celle de Platon sur la réminiscence : « Alors que la réminiscence platonicienne est arrachement au devenir et accès à l'immuabilité des Idées, la réminiscence aristotélicienne est totalement inscrite dans le flux temporel. Pour expliquer comment on se souvient de ce qui n'est pas là », Aristote propose de « comprendre le souvenir comme une empreinte laissée en l'âme par une sensation passée. » Plus tard, « discutant cette théorie des empreintes qui rend l'âme passive, Plotin – renouant avec la pensée de Platon – affirme l'activité de l'âme qui connaît. » Ainsi, Plotin « fait de la mémoire (...) l'actualisation d'un savoir intemporel toujours déjà en puissance dans l'âme. »5
Par conséquent, « l'usage critique de la mémoire » - comme remède aux « maladies historiques » - s'inspirerait des deux écoles philosophiques ci-dessus présentées, en particulier et surtout, de l'approche aristotélicienne : « comprendre le souvenir comme une empreinte laissée en l'âme par une sensation passée. »
1© SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis aux Éditions Umusozo, Paris, 2013.
2SOLERE-QUEVAL S., article « Réminiscence », in BLAY M. (sou la direction de), Grand Dictionnaire de la Philosophie, Larousse, Paris, 2003, p. 922.
3Ibid.
4Ibid.
5Ibid.
Déogratias
SEBUNUMA : Psychologue
clinicien - Auteur
Titulaire du Doctorat de "Recherche
en psychopathologie fondamentale et psychanalyse".
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La compulsion de répétition dans les violences collectives Cet ouvrage est disponible auprès de l'Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT) - Lille 3, France.
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